‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 197 sur 412 · CARACTERES GENERAUX DE LA CIVILISATION LYCIENNE · texte numérisé non relu

CARACTERES GENERAUX DE LA CIVILISATION LYCIENNE

On a pu s'étonner de la place qui a été faîte ici à la Lycie, alors que le plan suivi dans cette histoire ne comportait pas Tétude actuelle de ceux des monuments de provenance lycienne qui ont le plus occupé les archéologues. C'est que la Lycie, par ses origines, par sa langue, par son écriture et par certains côtés de son œuvre plastique, appartient à ce monde très ancien de l'Asie antérieure dont le développement a précédé et préparé celui de la civilisation hellénique. Ce qui révèle surtout un état social très primitif, ce sont les curieuses transcriptions lapidaires des édifices en charpente par lesquelles se caractérise l'architecture funéraire de la Lycie.

Les charpentes figurées sur ces tombes diffèrent profondément des charpentes égyptiennes. Tous les assemblages, en Egypte, se font à angle droit; par goût pour les lignes verticales et horizontales, le charpentier s'y est interdit, dans les combles aussi bien que dans les parois de ces bâtiments, l'emploi des pièces obliques. Faute de matériaux d'un fort calibre, il cherche la solidité dans le rapprochement extrême des éléments, des montants et des traverses. Il n'a sous la main que des bois très médiocres, dont il ne peut tirer ni belles poutres, ni longues planches, ni, à plus forte raison, de pièces courbes. Ainsi s'explique 1 aspect fermé que présente sa maison de bois, un vrai coffre. Ce sont encore ces mêmes éléments qu'il emploie dans des constructions d'un tout autre aspect, dans ces èdicules ouverts et légers que nous avons rétablis d'après les peintures où ils sont souvent reproduits. Dans l'un comme dans l'autre groupe d'édifices, on ne rencontre que des faces presque unies, avec des combles plats. Ce sont les montants, très serrés, qui jouent le rôle principal ; ils ne laissent entre eux que des intervalles très étroits, qui forment portes et fenêtres là où des vides sont nécessaires, et qui partout ailleurs sont remplis par des panneaux de faible dimension.

Au contraire, dans les charpentes lyciennes, montants et traverses

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se font équilibre et ont même importance. Les traverses, à leur extrémité, ont une forte saillie; enfin la forme du toit offre souvent soit des pièces obliques, soit même ces pièces courbes qui ne se laissent obtenir que de très bons bois habilement travaillés. La maison est couverte tantôt par une terrasse, tantôt par un toit à double versant; mais, dans l'un comme dans l'autre type, au lieu de ces petites planchettes, de ces minces filets et de ces fines baguettes qu'assemblaient les menuisiers égyptiens, on a de larges panneaux, comme ceux que peuvent donner des planches sciées dans le tronc d'un gros chêne ou d'un énorme sapin.

C'est surtout par la qualité différente des matériaux que s'expliquent ces différences du procédé. Les charpentes lyciennes, taillées dans des bois excellents, donnaient des formes plus amples et plus fermes que les égyptiennes. Le constructeur y avait pris résolument de grands partis ; la franche saillie des membres de la charpente produisait, dans ses façades, des effets d'ombre et de lumière mieux caractérisés. L'arl du charpentier est ici plus avancé ; les types qu'il crée sont plus beaux, parce que le travail en est moins minutieux et que le regard y saisit mieux le dessin général de la construction, l'ossature de ces corps.

Si nous avons insisté sur ces singuliers monuments, c'est surtout parce que nous aurons plus tard à chercher comment étaient faites les charpentes des architectes grecs. Les Grecs n'ont jamais eu, comme les Lyciens, l'idée de contraindre la pierre à imiter le travail du bois ; mais le constructeur grec était placé dans un milieu qui rappelle celui où se trouvait le constructeur lycien ; il avait, quoique peut-être en moindre abondance, les mêmes bois à sa disposition. Lors donc que nous aurons à restituer une charpente grecque, nous pourrons demander plus d'un renseignement utile aux charpentes lyciennes; en attendant, celles-ci nous aideront à reconstituer les empilages de bois qui portaient les terrasses des palais de la Perse.

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