‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 200 sur 412 · Strabon, XV · texte numérisé non relu

Strabon, XV

2. J. Darmesteter, Coup iVœil Hur V Histoire de la Perse, p. 14-15.

3. Sur VAvesta, voir Vlntroduclion (cii pages) que J. Darmestetor a mise en lôte de sa traduction du Vendidad, dans le t. IV de la collection des Sacred booksoftfœ east, qui Hi» publie sous la direction de Max Mûller (Clarendon press, Oxford). On lira aussi avec inlérôl A. Hovblacque, VAvesta, Znroastre et le MadziHsme, in-8®, 1880, Maisonneuve.

il4 LA PERSE.

La rédaction que nous en possédons représente l'édition officielle qui en a été donnée sous Sapor II, le quatrième des rois Sassanides. Il est incontestable qu'entre le septième siècle avant et le quatrième siècle après notre ère, les écritures sacrées des Mèdes ont dû subir de nombreux et profonds remaniements; mais ce livre, ou plutôt cette collection de livres, n'en contient pas moins des parties très anciennes, que la critique savante travaille à reconnaître et réussit souvent à distinguer des additions postérieures.

Il ne saurait être question d'exposer ici, d'une manière complète, les dogmes de cette religion, d'autant plus que cette entreprise se heurterait à la difficulté, très réelle, de dégager la doctrine vraiment antique de iout ce qu'y a ajouté, plus tard, le travail successif des collèges de prêtres; il suffira de signaler les traits principaux, les idées fondamentales, celles qui ont eu une influence décisive sur le développement de l'art perse et sur l'état social des peuples de l'Iran.

Dans le système auquel était attaché, nous ne savons ni depuis quand ni à quel titre, le nom de ce Zarathustra que les Grecs ont changé en Zoroastre, le monde est envisagé comme le théâtre d'une lutte entre Ahura-Mazda, « l'esprit sage, » et Angro-Maïnyous, « le destructeur », lutte dans laquelle le bien doit finir par triompher. Les contrastes violents que la nature offre à l'homme sur le plateau de l'Iran ont peutêtre contribué à lui suggérer cette conception. Nulle part il n'y a une opposition aussi tranchée entre la chaleur du jour et le froid de la nuit, entre le roc aride et la prairie verdoyante, entre la brillante parure des plaines que fécondent les canaux d'irrigation et la stérilité absolue des déserts sans eau. Nulle part la vie et la mort ne se touchent d'aussi près, sans nuances intermédiaires, sans transition*.

Avcsta, loi, qui n'est qu'une forme dialectale du mot perse âhastd, « loi », désigne proprement le texte sacré. Le ternie ZemUivesia, qui est d'un usage courant depuis Anquetii Duperron, est une expression vicieuse, à laquelle il convient de renoncer; sem/ veut dire commentaire; il désigne la glose qui s'était attachée aux livres sacrés. La formule ai'esla et zend est souvent employée dans les commentaires pehlois pour dire « la loi avec son explication traditionnelle et révélée ». C'est par une confusion analogue ii celle qui a déjà été signalée que l'on a pris l'habitude d'appeler zend la langue dans laquelle est écrit l'Avesta; on devrait appeler cet idiome le mède. On trouvera dansTiELE» Manuel de l'Histoire des religions, 2* édition, 188:>, pp. 227-232, la bibliographie des principaux travaux qui ont été consacrés, dans ce siècle, à l'histoire du mazdéisme et à l'Avesta.

i. Ces contrastes avaient frappé les anciens. Voici comment Justin décrit le climat du pays parthe (XVI, i) : « Ex quo lit ut ParthiîP pferaque finium aut œstus aut frigoris magnitudo possideat, quippe cum montes nix et campos aistus infestet. » On aura le vif sentiment de ces oppositions en lisant la belle description que Gobineau a donnée de rElbourz. dans son Histoire des Perses, t» I, cli. 8 du livre i.

Les Grecs n'ont pénétré que très tard, bien après Fépoque classique, le vrai sens de cette religion ; Hérodote et ses successeurs, jusqu'à la conquête macédonienne, n'en ont aperçu que les côtés extérieurs, que les rites et les effets. Ce qui les a étonnés et vivement frappés, c'est que les Perses n'élevaient pas de statues à leur dieu suprême, c'est qu'ils ne l'enfermaient pas, comme le faisait partout ailleurs la piété des fidèles, dans un temple qu'il fût censé habitera Cependant, en Médie et en Perse, aussi bien que dans le reste du monde, il fallait à l'esprit de l'homme une forme sensible qui lui représentât son dieu, qui en fût l'image visible; or le premier de tous les biens, n'est-ce pas la lumière, qui révèle à l'homme le spectacle du monde, la lumière avec la chaleur qui en est inséparable et sans laquelle il n'y aurait pas de vie sur la surface de la terre? Le feu est la source tout à la fois de la lumière et de la chaleur ; il est donc devenu le symbole d'Âhura-Mazda, comme la nuit glacée était celui d'Angro-Maïnyous, et c'est le feu, toujours entretenu, toujours brûlant sur l'autel, qui a reçu les hommages destinés à la divinité, le sacrifice du cheval, le plus noble de tous les animaux, et la libation du Haôma, le Sôma védique.

Avec le temps, ce culte se chargea de prescriptions minutieuses, qui le firent dégénérer en un formalisme d'une complication et d'une étroitesse singulières; mais, au début, dans la simplicité de sa conception première, il était certainement plus spiritualiste et moins entaché de superstitions grossières ou inhumaines que celui d'aucun des autres peuples de l'Asie Antérieure. La morale qui se déduisait logiquement de cette croyance à la coexistence et au combat éternel des deux principes avait un caractère très élevé tout ensemble et très pratique. L'homme devait se considérer comme l'allié volontaire d'Ahura-Mazda, dans la lutte sans trêve que celui-ci soutient contre la puissance du mal; c'est ainsi qu'il le sert, qu'il collabore avec lui lorsque, à la sueur de son front, il défriche un terrain jusqu'alors inculte, qu'il y amène de loin l'eau courante et qu'il y trace le sillon où germera la semence : qui laboure fait acte de piété. On comprend que de pareils préceptes ont dû contribuer à la prompte mise en valeur de toutes les terres cultivables de l'Iran, à la création de cette classe rurale, honnête, saine et vigoureuse, qui a fourni aux souverains mèdes et perses les meilleurs éléments de ces armées avec lesquelles ils ont si vite conquis toute l'Asie Antérieure.

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