tome v. H
418 LA PERSK.
du nord et celles du sud. Quand les unes étaient amollies et usées par la possession du pouvoir et par les vices qu'elle amène à sa suite au bout d'un certain nombre de générations, c'étaient les autres, mieux préservées de ce mal chronique par une vie plus simple, qui reprenaient le dessus. Ainsi ce sont les Mèdes qui, au septième siècle avant noire ère , ont les premiers assuré cette prépondérance à Tlran ; ils suppriment Ninive et l'empire assyrien. Vers le milieu du siècle suivant, ils sont remplacés par les Perses ; ceux-ci, sous leurs princes Achéménides, ne se contentent pas de réduire la fière Babylone au rang secondaire d'une ville de province : avec eux, les armées des rois de l'Iran parcourent toute l'Asie centrale et entament même l'Afrique et l'Europe ; elles se heurtent alors aux républiques grecques ; la lutte dure près de deux siècles : Alexandre y met fin par ces coups de fortune et de génie que l'on appelle Issus et Arbèles (334-330 avant Jésus-Christ). Pour la première fois, l'Iran obéit à un mattre qui n'est pas un adorateur d'Ahura- Mazda ; mais, moins d'un siècle après, comme un rocher sur lequel la vague a passé, l'Iran reparait indépendant avec son idiome, ses mœurs et le vieux fonds de ses antiques croyances. C'est par l'action des Parthes, tribu septentrionale, que s'opère cette restauration, et ceux-ci gardent la suprématie jusqu'en l'année 226 de notre ère. Alors, pour la quatrième fois, la balance trébuche et la prépondérance se déplace. Le premier rôle est ressaisi, avec les Sassanides, par les tribus du sud (226-652). C'est alors qu'achève de disparaître la couche très mince de culture grecque qu'avaient paru étendre sur la surface de l'Iran la conquête macédonienne et la prétention des rois Parthes au philhellénisme ; les dernières écailles de ce vernis se détachent et tombent. La vie et la faveur reviennent à ces doctrines qui, sous les Séleucides et sous les Parthes, n'avaient pu que durer et se maintenir dans les provinces reculées et avaient eu à lutter, non sans effort, contre le prestige des cultes de la Grèce, servis par une poésie et par une plastique que les princes affectaient de goûter. La religion du feu redevient la religion officielle de l'empire, et l'art, tout en subissant, à son insu, l'influence des modèles grecs et romains, s'applique, avec un parti pris très marqué, à s'inspirer des types de la période achéménide et à en ressusciter les symboles.
La conquête arabe vint jeter dans l'état de l'Iran une perturbation bien plus profonde et plus durable que ne l'avait fait la conquête grecque. Le culte du feu fut proscrit; le peu d'Iraniens qui lui restèrent fidèles furent réduits à en célébrer les rites à la dérobée, sous le coup d'un
péril toujours présent, ou à s'exiler jusque dans Tlnde ; presque toute la population finit par embrasser Tislamisme, et continua depuis lors d'en faire profession, sous les dynasties aombreuses, presque toutes arabes et turques, qui se sont depuis lors succédé dans ce pays. Cependant, malgré ce changement de religion, malgré le mélange des races qu'ont amené de nombreuses invasions, le génie de la Perse s'est défendu, avec une persistance étonnante, contre toutes les forces conjurées pour sa ruine. La Perse n'est mahométane qu'en apparence et à la surface ; son attachement passionné à la mémoire d'Ali et de ses lils, dont l'un avait épousé une fille du dernier roi sassanide, lui a servi de biais pour se détacher et s'isoler de la masse du monde musulman. « Quoique subjuguée par une religion sémitique, la Perse sut maintenir ses droits de nation indo-européenne, et se créer une philosophie, une mythologie, une épopée*. » Celle-ci, le Châh-nameh ou « Livre des rois », remonte jusqu'aux héros légendaires de la race et raconte, sans souci aucun de la chronologie et en donnant aux acteurs du drame des proportions plus qu'humaines, les luttes séculaires qu'ils ont soutenues pour l'indépendance de l'Iran. On y voit que, si le peuple a presque oublié les noms des plus glorieux de ses rois, s'il les remplace, dans ces chants qu'a mis en œuvre le génie poétique de Firdousi, par le fabuleux Djemchid, il a cependant, à sa manière, gardé conscience de son passé, de son ancienne unité historique et religieuse. Il n'est pas jusqu'à l'art de la Perse moderne qui n'atteste cette indestructible continuité de la tradition. La disposition des palais du Châhin-chah ou « Roi des rois » nous aidera plus d'une fois à comprendre celle des palais de Darius et de Xerxès. Feth-Ali-chah, qui régnait au siècle dernier, faisait, comme jadis Darius ou Châpour, sculpter dans le roc l'image de ses victoires ; jamais la Perse hérétique ne s'est soumise à larrêt par lequel partout ailleurs l'islamisme a proscrit la représentalion de la figure humaine. Il est aussi tels motifs de décoration qui se sont conservés avec une étonnante fidélité ; l'estrade qui sert de trône au prince, dans la salle de réception à Téhéran^ a le même agencement et les mêmes supports que celle sur laquelle se dressent les rois Achéménides, dans les bas-reliefs funéraires de Persépolis *. Enfin, dans YOrdre du lion et du soleil^ ce blason d'une dynastie turque et d'un
1. Renan, Esmi mr AverrhoéH, p. 68; J. Darmrstetrr, Coup tVml mr V Histoire th la Perse, pp. 35-43. On trouvera une très fine analyse du caracti^re persan, de ses traits originaux et permanents dans Touvrage de M. do (iobineau, Tiws a/is-^n. 4 .s?V, in-8®,18:)9.