‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 204 sur 412 · UéRODOTE, m, 9o · texte numérisé non relu

UéRODOTE, m, 9o

2. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l^Oinent, 2" édition, p. 017.

et la décoration fastueuse relevassent leur prestige, en plaçant dans un cadre digne de sa majesté Théritier de Cyrus, le maître redouté auquel obéissaient tant de nations, des rives de Tlndus aux plages de la mer Egée, des bords de TOxus et du Danube au golfe Persique et aux cataractes du Nil?

Pour contenter ce désir et pour obtenir ce résultat, où cherchèrentils leurs modèles, quels artistes et quels ouvriers appelèrent-ils à être les exécuteurs de leurs royales fantaisies? C'est ce qu'eux-mêmes ont négligé de nous dire dans les inscriptions qu'ils ont gravées sur leurs palais, et ce que ne nous apprennent pas non plus les écrivains grecs. Ce problème, on ne peut donc espérer le résoudre que par une autre voie, par l'étude même des ruines de ces imposantes constructions. Il n'est d'ailleurs pas de question, dans l'histoire de l'art antique, dont les données soient plus complexes et sur laquelle il soit plus difficile et plus délicat de se prononcer. L'empire perse, par la date à laquelle il se constitue comme par la plus vaste étendue du territoire qu'il soumet, pendant plus de deux siècles, à une domination unique, se trouve placé dans des conditions qui diffèrent, à beaucoup d'égards, de celles où avaient vécu ces empires assyrien, chaldéen et mède dont il s'est porté le successeur. D'une part, il est contemporain des plus beaux siècles de la Grèce, de ceux où sa plastique produit ses ouvrages les plus originaux et, de Cyrus à Darius Codoman, il entretient avec les Grecs des relations qui se terminent par le triomphe brillant et momentané de l'hellénisme ; d'autre part, il a son centre dans les contrées où étaient encore vivantes les traditjons de l'art oriental et où celui-ci, s'il ne créait plus de types nouveaux, était représenté par des monuments grandioses, encore presque intacts, legs de nations puissantes et glorieuses qui comptaient par milliers d'années. La séduction des arts de la Grèce a-t-elle pu se faire sentir jusque dans ces capitales qui, comme Suse, Persépolis, Ecbatane, étaient plus éloignées de l'Occident que Memphis de Thèbes, que Babylone et que Ninive ? Quelle résistance ont dû opposer à cet attrait les espaces à parcourir, les habitudes prises, les exemples du passé? Ce sera surtout aux monuments qu'il appartiendra de répondre et de trancher le débat ; mais on sera mieux préparé à en comprendre le témoignage si, après avoir interrogé la littérature classique sur ce qu'elle sait au sujet du concours que la royauté perse aurait demandé à la main-d'œuvre grecque, on définit avec précision les caractères qu'a présentés, dès le début, la monarchie des Achéménides et qu'elle a conservés, sans notable changement, jusqu'à la dernière heure.

La chute du royaume lydien, renversé par Cyrus en une seule bataille, la campagne d'Harpagos en Asie Mineure et, bientôt après, la conquête de l'Egypte par Cambyse, créèrent dans le monde ancien, au sixième siècle avant notre ère, une situation toute nouvelle; pour la première fois, des bouches du Nil au Bosphore, toutes les côtes orientales de la Méditerranée étaient au pouvoir d'un grand empire asiatique. Jusqu'alors, ceux de ces puissants États qui avaient eu l'ambition de s'étendre jusqu'à la mer du couchant, comme disaient les Assyriens, ne l'avaient atteinte que sur le littoral de la Syrie ; quand ils étaient arrivés à se rendre maîtres, pour quelque temps, des plages de la Phénicie, ce qu'ils avaient là en face d'eux, s'ils tournaient leurs regards vers le large, c'était une vaste nappe d'eau, un horizon vide, derrière lequel on ne devinait, on ne sentait pas l'Europe. L'Europe est loin, très loin de la Palestine ; entre celle-ci et la pointe méridionale de la péninsule hellénique, point d'Iles qui abrègent le chemin en y mettant des jalons, en y ménageant des lieux de repos. Cypre n'est pas sur la route ; la Crète n'est guère plus près que le continent auquel on la rattache ; aussi, jamais, dans l'antiquité, les flottes de guerre ou de commerce ne se seraient-elles hasardées à cingler tout droit, de Tyr ou de Sidon, vers les terres du Péloponèse, vers les golfes de Sparte ou d'Argos. Plutôt que de courir cette aventure, on montait vers le nord, on longeait les rivages, ceux de la Syrie et ceux de l'Asie Mineure; on passait auprès de Cypre, de Rhodes et de Cos ; on gagnait ainsi les Sporades, puis les Cyclades ; une fois là, on était en Grèce. Au prix de ce détour, on était sAr de ne pas manquer le but et l'on ne craignait pas les tempêtes : pendant le trajet, on avait toujours à portée des détroits et des havres où il était facile de se mettre à l'abri, jusqu'à ce que le vent fût tombé ; mais le détour était long ; voulez-vous évaluer ce qu'il exigeait de temps, ce n'est pas par jours, c'est par semaines, on pourrait presque dire par mois que vous aurez à compter.

Quelle différence, et comme tout était changé, le jour où l'Asie Mineure se trouva soumise au roi qui régnait à Suse, le jour où deux satrapes perses se la partagèrent et résidèrent l'un à Sardes, tout près des golfes de Milet et de Smyrne, l'autre à Daskylion, sur la Proponlide, presque en vue des rives européennes de l'Hellespont et du Bos-

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