‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 207 sur 412 · Sof.RATE, Mémorahlfin, IV, ii · texte numérisé non relu

Sof.RATE, Mémorahlfin, IV, ii

0. Pour l'antiquité, voir E. CuRTirs, Die GHrchm in tler Diaspora (dans les Sitzung^ibcrichlr de l'Académie de Berlin, 1882, pp. 943-957) et, pour les temps modernes, A. Dc- MONT, Le Balkan et VAdriafique, in-S", 1873, p. 30.

de Perse transplantèrent à plusieurs reprises en Chaldée et en Susiane*. Dans ce milieu tout nouveau où ils se trouvaient jetés par un coup de force, ces dépaysés avaient à se tirer d'affaire; il fallait vivre; et, là même où des terres avaient été assignées aux déportés, la culture, ne pouvait guère donner de profits; la nature du sol, le climat, les mé- Ihodes à suivre, tout différait entre ces montagnes de la Grèce où croissait la vigne avec l'olivier et les plaines humides et brûlantes de la Basse Chaldée, avec leur savante irrigation et leurs forêts de palmiers. Mieux valait gagner la ville, où il y a toujours de Touvrage pour tout homme qui sait donner d'habiles façons au métal, au marbre et au bois, surtout quand elle est habitée par des princes magnifiques et grands bâtisseurs de palais. C'était ainsi que les captifs internés dans les provinces centrales de l'empire concouraient avec les émigrés volontaires à fournir aux souverains de la Perse des ouvriers habiles qui, formés dans les meilleurs ateliers de la Grèce, se prêtaient, avec une inventive et souple dextérité, à toutes les exigences de despotes dont les moindres fantaisies faisaient loi.

Les Perses ont donc vu la Grèce d'assez près, assez de Grecs, de gré ou de force, se sont établis dans les provinces intérieures de l'empire, pour que ces relations aient laissé quelque trace dans la seule chose qui nous reste de la Perse, dans les monuments de son architecture et de sa sculpture; il serait surprenant qu'une étude attentive aboutit à ce résultat de n'y retrouver et de n'y signaler nulle part la marque du goût et des doigts de l'artisan grec ; mais les quelques centaines ou, si l'on veut, les quelques milliers d'individus qui ont visité la cour de Perse ou qui parfois même y ont passé toute leur vie, n'ont pas suffi à modifier profondément le milieu où ils se trouvaient jetés ainsi par les circonstances. Il n'y a rien eu là qui se puisse comparer, même de loin, à l'influence que les Ioniens ont exercée sur leurs voisins du royaume de Lydie ou, pour choisir un exemple encore mieux connu, à l'empire que les Grecs ont commencé de prendre, vers la fin du troisième siècle avant notre ère, sur l'esprit des Romains leurs vainqueurs.

Le principe de la monarchie achéménide était, de tout point, le même que celui des autres monarchies orientales qui l'avaient précédée, le despotisme héréditaire et sans contrôle, le pouvoir absolu d'un

I. Sous Darius, les habitants de Milet furent ainsi établis sur le golfe Persique, h IVmbouchure du Tigre (Hérodote, VI, 20), et ceux d'Erétrie dans la Cissie, à 30 kilomtHres au nord de Snse (Hérodote, VI, 119). Alexandre, lors de son entrée à Persépolis, y trouve un millier de ces captifs grecs, dont beaucoup avaient subi des mutilalions injurieuses (Diodore, XVH, 69; Gurtius, V, 5; Justin, XI, 14).

seul homme, considéré comme un dieu terrestre. Pour le Grec au contraire, la souveraine maîtresse de la cité, c'est la loi, fille de la haute raison des sages, tels que les Lycurgue et les Zaleucos, les Dracon et les Solon, ou tout au moins expression impersonnelle de la volonté commune, la loi que sont chargés de faire observer des magistrats librement élus. On voit combien diffèrent ces deux conceptions ; les Grecs eux-mêmes avaient le sentiment très vif de la contradiction profonde qu'elles présentent; ils ne l'oublient que quand ils écrivent des romans philosophiques, comme la Cyropédie, où le portrait idéal d'un roi éclairé, qui possède toutes les vertus, permet une critique indirecte des vices de la démocratie. Dans ce qu'il raconte du rôle joué par Démarate auprès de Darius et de Xerxès, Hérodote a d'ailleurs bien marqué comment les hommes politiques grecs, accoutumés à un gouvernement de discussion, où il fallait persuader ses égaux, se trouvaient dépaysés dans une cour où la première règle était de ne jamais rebuter et contrarier le caprice royaP. Loin de se modifier au contact de la Grèce, sous l'action de ses exemples et de ses idées, ce régime ne fit, avec le temps, que manifester plus clairement tous ses mauvais effets, l'amollissement du prince par la vie du harem, les tragédies de sérail, les compétitions entre proches parents prévenues ou réprimées par des massacres, l'incapacité toujours croissante du monarque à régir des peuples qu'il ne connaît pas, à diriger les mouvements d'armées qui ne le voient plus jamais paraître à leur tête.

Les cultes de la Grèce, qui, grâce au prestige de la poésie et de l'art, se répandirent si vite sur toutes les côtes de la Méditerranée, et particulièrement chez les habitants de l'Italie, Étrusques, Sabelliens et Latins, ne paraissent pas avoir pénétré, avant Alexandre, au delà du Taurus, dans rintérieur de l'Asie. Une fois sortis de leurs montagnes, maîtres de toute l'Asie antérieure, les Perses, tout en continuant d'adorer Ahura-Mazda et de lui rendre grâce de leurs victoires, ne restèrent pas insensibles, nous l'avons vu, à la séduction des religions étrangères; mais les divinités qu'ils admirent dans leur panthéon, ce furent celles de ces peuples chez lesquels leurs rois vivaient pendant une partie de ^année^ Anaïtis reçut, par décret, les vœux publics des princes et des satrapes perses; peut-être Mylitta la Chaldéenne et la Syrienne Ashtoret eurent-elles, par endroits, la même fortune. En Egypte, ceux des

\, HéRODOTE, vu, 3, 101-105, 209, 234-237; VUI, 6o.

2. C'est ce qu'indique bien Hérodote (1, 131); il parle d'emprunts faits « aux Assyriens et aux Arabes ».

souverains Achéménides qui eurent Tesprit politique offrirent leur hommages à BaaI-Hammon, à Phtah, à Osiris et à cet Apis dans lequel il s mcarnait, à Isis et à Neith. Au contraire, quand ils envahirent la Grèce, les Perses y brûlèrent tous les temples, et aucun indice ne permet de supposer qu'ils aient jamais tenté de se réconcilier avec ces dieux dont ils avaient profané les autels et qui les avaient punis de ces violences, qu'ils aient jamais appris les noms et invoqué la puissance de Zeus ou d'Apollon, d'Athéné ou de Héra*.

En Asie Mineure, dès le temps du brillant essor qu'y prend le génie ionien, la langue grecque commence à se répandre dans l'intérieur de la Péninsule; elle y gagne chaque jour du terrain, aux dépens de ces langues phrygienne, lydienne, lycienne et autres que, vers le premier siècle de notre ère, elle avait déjà fini de supplanter. Dans une autre direction, vers l'ouest, en Italie, elle ne fait pas moins de conquêtes; si, là, elle ne se substitue pas au parler local, à des idiomes dont l'un, tout au moins, celui du Latium, était appelé à un avenir si brillant, tout au moins, par l'efTet de l'ascendant que lui donne sa littérature, elle amène tous ces peuples à lui faire de nombreux emprunts ; ils tirent de son fonds, outre les noms des dieux et des héros de la Grèce, ceux de beaucoup d'objets que ne connaissait pas, avant que se fussent nouées ces relations, leur civilisation rudimentaire ; ils lui demandent surtout ces termes abstraits que n'avait pas su créer leur pensée trop jeune encore. En Perse, rien de pareil ; à en juger par les plus récentes même des inscriptions de la monarchie achéménide, on ne voit pas que, ni dans sa syntaxe ni même dans son vocabulaire, la langue de la Perse ait, à un degré quelconque, subi l'influence de la langue grecque. Le Grand Roi avait des milliers de sujets qui ne parlaient et ne comprenaient que le grec, et cependant celui-ci n'est jamais devenu une des langues ofticielles de la chancellerie royale. Dans les inscriptions monumentales, comme celles des palais de Persépolis et de ce rocher de Béhistoun où Darius a fait graver l'histoire d'une partie de son règne, les scribes se sont servis du perse, du susien et de l'assyrien. Pour porter les édits et les ordres du roi à la connaissance des

i. H n'y eut qu'une exception; en 490, Datis épargna le sanctuaire délien et y brûla même de l'encens sur l'autel d'Arlémis et d'Apollon (Hérodote, VI, 97); mais il ne faut roir là qu'une mesure de prudence et de précaution politique, conseillée au f^énéral pei-s*- par les Ioniens qui l'accompagnaient et aux yeux de qui Délos avait un caractère particulier de sainteté. Dans cette même cam])agne, Datis détruisit les temples de Naxos »-t ceux d'Erétrie, pour venger, disait-il, ceux de Sardes incendiés par les Grecs (Hérodote, VI, 96, 100). Dix ans après, Xerxès lit de même en Grèce (Hérodote, VllI, 32, 3.'!, o3, IX, 13'.

nations qui parlaient un dialecte sémitique, ils employaient la langue et récriture araméenne. Le prince avait certainement, attachés à sa personne, des interprètes par Tintermédiaire desquels il négociait avec les ambassadeurs qu'envoyaient à Suse Athènes, Sparte et Thèbes; mais il ne semble pas qu'il y ait eu, pour le grec, une secrétairerie d'État analogue à celle qui correspondait, en araméen, avec les provinces occidentales de l'empire et avec l'Egypte*. C'était peut-être à Sardes et à Daskylion que l'on traduisait les rescrits expédiés de la capitale et destinés aux villes éoliennes, ioniennes et doriennes de la côte. Il en est de même de l'écriture. C'est encore dans l'héritage des civilisations de la vallée de l'Euphrate que les Perses ont été chercher

«ÏÏ^TfïïftfT<TTTV<Tr??TnrfT<Tm<-VM-^H

Kh-s-ya-â-r -s-â . Kh-s- â-ya -th - i-y a . Va - za - r-

ka . Kh - s - â - ya -th - i - ya . Kh - s - â - ya - th - i - ya - ft-

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- i-ya -h-ya -â. p - u-tra . Ha -kh -â-ma-n - i - s-i -va .

283.— Inscription du palais n» 5 du plan général, à Persépolis. Transcription de J. Menant^.

les matériaux du premier système de signes qu'ils aient appliqué à la notation des sons de leurs langues (fig. 283). Tard venus, dans un monde où le principe de l'alphabétisme commençait à triompher, ils se sont

1. Thucydide (IV, 50) raconte que les Athéniens prirent, en 424, un ambassadeur perse porteur d'une lettre pour les Lacédémoniens; or cette lettre était écrite en lettres assyriennes, dit l'historien, cVst-à-dire en caractères cunéiformes perses, et elle n'était pas accompagnée d'une traduction; ce qui le prouve, c'est que l'on dut la faire traduire sur l'original (ex 'z(av 'Aaoypiwv Ypoi[x{xaTwv ti; IniTroXà; p.sTaypatl'a^isvot àve'Yvwaav'. Même quand il s'agit évidemment de textes rédigés en langue perse, comme les stèles élevées par Darius au bord du Bosphore (Hérodote, IV, 87), ou bien la lettre expédiée par le Grand Roi à ses alliés, les écrivains du cinquième siècle avant notre ère nVmploient jamais que l'expression 'Awjpia ^pà[jL|jiaTa ; elle est juste, en tant qu'elle indique bien l'origine de ces lettres. Plus tard, on parait avoir deviné que plusieui^ systèmes d'écriture différents se cachaient sous une apparence commune, car le terme mp^atk Ypa{ji|jiaTa, lettres perses, se rencontrait chez les historiens d'Alexandre, à en juger par les citations de ces écrivains que Ton trouve chez Arrien {Anabase, vi, 29) et chez Strabon (XIV, m, 7).

2. Khsayârsâ. khsayathiya. vazar- Xerxès, roi grand, ka. khsayathiya. khsâyathiyaà- roi des rois, nâm. Dârayavahus. khsâyath- (ils de Darius, iyahyaâ. putra. Hakhâmanisiya. roi, Achéménide.

donné, dès le temps de Cyrus,un alphabet que Ton peut comparer à celui de la Phénicie*. Composé de trente-six caractères, dont les uns représentent les voyelles et les autres les consonnes, il pousse presque aussi loin la méthode de décomposition des éléments de la voix articulée; mais ces caractères n'ont aucun rapport avec ceux de ces alphabets phrygien, lycien et carien qui sont dérivés de Talphabet grec; ils ne sont pas même empruntés à cette écriture araméenne qui commençait dès lors à être d'un usage courant jusqu'en Mésopotamie : c'est du système babylonien qu'ils ont été tirés ; le perse est la seule langue arienne qui s'écrive avec un alphabet cunéiforme ^

On devine où tendent ces observations. La Grèce, avant Alexandre, napas exercé sur la Perse ce genre de séduction auquel avaient cédé, dès le septième siècle, les maîtres de l'Egypte, de la Phrygie et de la Lydie. Pour les Grecs, malgré les couleurs poétiques dont ils ont

i. Sur les origines de cet alphabet, J. Darmesteter, Rapport annuel fait à laSociHè asiatique, le 21 juin 1888, p. 39-40. Sur la méthode qui a été suivie pour faire cet emprunt, on n'est pas encore tombé d'accord. On serait d'ailleurs tenté de croire que, cet alphabet gardant toujours un caractère officiel et monumental, le perse s'écrivait aussi, dans les usages courants de la vie domestique, avec les lettres araméennes \ihidtm, p. 16). C'est ce qui avait lieu pour l'assyrien, dans une certaine mesure, dès le temps des Sargonides, comme le prouvent les inscriptions des poids de Sennachérib découverts à Nimrowt, les légendes de cert<iins cylindres et cônes, et enfin les quelques mots en caractères araméens gravés par les scribes, comme mémento, sur la tranche de maintes tablettes d'aigile où sont inscrits des contrats d'intérêt privé rédigés en caractères cunéiformes (voir Histoire de rArt, t. Il, p. 630, et note 2, p. 687-689).

2. Cette langue, que Ton appelle le perse ou l'ancien perse, diffère à certains égards du zendj ou pour mieux dire du mède; ce sont deux dialectes contemporains, dont l'un était usité dans le sud et Tautre dans le nord de l'Iran. !.es textes qui font connaître la langue perse ne consistent d'ailleurs qu'en inscriptions, la plupart très courtes et répétant les mêmes formules; la plus importante par son étendue et son contenu est celle de Darius à Béhistoun, qui comprend à elle seule dix fois plus de mots que toutes les autres ensemble ; en réunissant tous ces textes, on n'arrive pas à un total de plus de 400 mots (J. Darmesteter, Études sur la Grammaire historique de la langue persane, dans los Études iraniennes, t. I, Paris, Vieweg, pp. 4 et 7). On trouvera toutes ces inscriptions i-éunies dans les recueils qu'ont publiés Spigel [Die altpersische Keilinschriften, in Grundtext tnit Uebersetzung, Grammar und Glossar, Leipzig, 1862, 2c édition, 1882, et C. Kossovicz {Inscriptiones palxopersicx Achxmenidarum, edidit et explicuit, Pétersbourg, 1872). M. Menant en a donné la traduction dans le volume intitulé : Les Achàndnides et les iiw:riplions de la Perse, in-8*, A. Lévy, 1872. Cet ouvrage, auquel nous nous référerons plus d'une fois, ne renferme pas seulement la traduction des textes épigraphiques qui ont été retrouvés et déchiffrés sur les monuments de l'Iran; il contient aussi une description sommaire, illustrée par de nombreuses vignettes, des édifices et des sculptures rupeslres où ces inscriptions se sont conservées, et un essai sur l'histoire des princes qui les ont fait giaver. Dans un écrit plus récent, le môme auteur a très bien exposé rhisloire de la suite d'efforts et de découvertes qui ont conduit & lire et à traduire VAvesta d'une part, et de l'autre les inscriptions lapidaires de la Perse {Les langues perdues de la Perse et de C Assyrie. Perse, in-32, Leroux, 188.*), dans la Bibliothèque orientale eizéviricnne).

revêtu la ligure de Cyrus l'ancien, malgré Tintérêt que leur avaient inspiré (lyrus le jeune et sa destinée tragique, les Perses sont toujours restés des barbares. En revanche, les Perses n'ont jamais cessé de mépriser CCS Grecs qui les avaient, il est vrai, battus en tant de rencontres, mais qui n'en venaient pas moins, au lendemain de leurs victoires, faire du vaincu l'arbitre de leurs dissensions intestines, solliciter son intervention, mendier sa faveur et son or. D'illustres émigrés grecs ont bien pu vivre, pendant quelques années, à la cour perse, où on leur demandait des conseils, quitte à ne pas les suivre quand ils déplaisaient; des satrapes, tels que Tissapherne et Pharnabaze, ont pu s'entourer de Grecs, qui cherchaient à les exploiter et qui finissaient souvent par être leurs dupes; mais nous ne voyons pas qu'aucun de ces grands seigneurs perses, hors peut-être Cyrus le jeune, ait appris la langue de ses hôtes, ait adopté leurs mœurs et leur costume, ait subi l'attrait de leur poésie et de leur plastique; on ne se comprenait, on ne se goûtait, on ne s'estimait pas de part et d'autre; il ny a pas eu rapprochement intime et fécond. Aucun prince achéménide n'a eu l'idée d'envoyer, comme l'avaient fait Amasis, Midas et Crésus, des présents aux oracles des grands sanctuaires de la Grèce; aucun d'eux n'aurait songé à prendre ce titre de roi philhellène dont se sont parés plus tard leurs successeurs, les rois Arsacides.

Malgré les relations qu'il a entretenues avec la Grèce dès le premier jour, malgré ce contact étroit et presque quotidien, l'empire de Cyrus et de ses successeurs est donc toujours resté un empire asiatique, plus étendu et mieux organisé peut-être que ses devanciers, mais administré d'après les mêmes règles, vivant sur le même fonds d'habitudes et de pratiques séculaires, épris enfin du môme idéal, lequel est bien différent de celui qu'a conçu la Grèce et qu'elle a poursuivi en politique, dans les lettres et dans les arts. Étant donnée cette continuité d'où naissent tant de ressemblances qu'il est inutile de relever en détail, on est fondé à présumer, jusqu'à preuve du contraire, que les éléments empruntés aux civilisations antérieures domineront de beaucoup dans les créations du génie plastique de la Perse.

NOMENCLATURE DES MONUMENTS A ÉTUDIER. i3a

g 5. R^:P.\nTITION A LA SURFACE DT SOL ET NOMENCLATURE DES MONUMENTS A ÉTIDIER

Quoique rhistoiredeTIran, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, ait une suite et une unité que nous avons cherché à mettre en lumière, les seuls monuments que nous nous proposions d'étudier ici sont ceux qui datent de la période antérieure à la conquête macédonienne, ceux qui appartiennent à l'empire mède et ceux qui sont l'ouvrage de la dynastie des Achéménides. Ces monuments sont les seuls qui soient nés avant T heure où le génie hellénique a traversé, en conquérant, toute l'Asie antérieure, et où, par l'effet de ces succès prodigieux qui l'ont amené à fonder des royaumes grecs jusque dans l'Inde, il a conquis un tel ascendant, que l'on retrouvera désormais partout sa marque, là même où régneront des princes ennemis déclarés des Séleucides et des Romains, leurs successeurs en Syrie; ce sont les seuls qui relèvent directement de cet art oriental dont l'étude devait précéder relie de cet art de la Grèce dont nous nous proposons d'écrire l'histoire.

Avant de nous appliquer à définir les caractères qui font l'originalité de la plastique iranienne et à restituer quelques-uns des types qu'elle a créés, nous donnerons une brève énumération des monuments dont se compose cette série, de ceux que nous connaissons surtout par les descriptions que les anciens en ont laissées et de ceux dont il subsiste des débris importants ; nous indiquerons comment ils se répartissent entre les provinces du nord et celles du midi, entre la Médie, la Susiane et la Perse'.

{. Au ï]*»but de cette étude, il convient d'indiquer les principaux ouvrages auxquels nous aurons Toccasion soit de faire des emprunts, soit de renvoyer le lecteur. Pour riiistoire des voya^res successifs qui ont fait connaître aux savants de l'Europe, jusqu'au commencement de ce siècle, les ruines de la Perse, ses monuments et ses inscriptions, on n'a qu'à se reporter à une note très complète de l'édition de Chardin qui a été donnée par Langlès en iSll (40 vol. in-4«» et i atlas in-fol.); elle se trouve au t. VUI, p. 244. Le premier voyageur qui ait rapporté des copies des inscriptions perses qui puissent servir à l'étude de ces textes, c'est Cartens Niebuhr, qui visita Persépolis en i8fKi (Reispfwsnkreibung nach Arabien uwi iimliegenden Laender, 2 vol. in-4®, Copenhague, 1774-4778; 3« volume supplémentaire publié à Hambourg, en 1837); mais ses dessins ne valaient pas mieux que ceux de ses prédécesseurs. Pour trouver des images qui soient à l'échelle et qui donnent une idée fidèle du style de l'architecture et de la sculpture perses, il faut descendre jusqu'à Ker Porter {Travrls in Gf^orgia, Prrsia, Armenin, ancient Bnbylonia, etc., during the years 1847, 1848, 4849 and 4820, mth numerom engrarings ofporlraits, costumes, aniiquHics, 2 vol. in-4'>, Londres, 4824 . 4 822). Viennent

La capitale de Tempire mède était Hagmatana ou Hagmataa; c'est ainsi que la désigne Tinscription de Béhistoun, et les Grecs ont à peine modifié la forme indigène; ils en ont fait Agbatana ou, plus communément, Ecbatane. On est d'accord pour admettre qu'elle occupait à peu près le site de la ville à'Hamadan, dont le nom même serait une altération du nom ancien*. La ville s'élevait au pied de VElvend, TOrontès des géographes grecs, dans un site bien choisi pour la fraîcheur de son climat et l'abondance des eaux que verse la montagne. Création de ces princes mèdes qui ont les premiers mêlé les populations de l'Iran au mouvement et à la vie du monde asiatique, son palais, qui, d'après la tradition, remontait jusqu'à Déjocès, le fondateur légendaire de la monarchie, était célèbre dans l'antiquité. Après la chute de la dynastie

ensuite les ouvrages de deux architectes franç<iis, Texier et Cosle, qui sont encoie aujourd'hui la source principale : Texier, Description de l'Arménie, (k la Perse et de M Jf»'sopotamie, 2 vol. in-f*, Didot, i842-18,*)2, 151 planches gravées, dont quelques-unes en couleur. Voyage en Perse, de MM. Eugène Flandin, peintre, et Pascal Coste, architecte, pendant les années 1840 et 1841 , gi-and in-fo, 6 vol. Gide et Baudry. Perse ancienne, lexlp, 1 vol. (188 pages, par Flandin). Pcr.se ancienne, planches, 4 vol. contenant 229 planche-. Perse moderne, 1 vol. 100 planches. Le recueil des dessins originaux de Coste existe à la Bibliothèque de Tlnstitut de France, à laquelle il a été légué par Tauteur; il donm* une haute idée du soin avec lequel Tauteur a exécuté ses relevés sur le terrain; il M accompagné de notes manuscrites que nous n'avons pas consultées sans profit. On y trouve un certain nombre de dessins, notamment plusieurs perspectives restaurées, qui n*ont pas été gravées. Le môme artiste a encore publié un autre ouvrage où 1 on put chercher d'utiles éléments de comparaison; il a pour titre : Monuments modernes d^ in Perse, mesurés, dessinés et decnts par Pascal Coste, architecte (Paris, Morel, 1867, in-^. o7 pages et 71 planches, la plupart en couleur). E. Flandin a donné, chez le même nliteur, une Relation du Voyage, en 2 vol. in-8'», qui est utile à consulter. 11 n'a depuis rien été fait qui se puisse comparer à ce grand travail. On ne trouvera pas autant de secoure qu'on pouvait l'espérer dans le recueil de 150 photographies qui a été publié à Berlin, par la librairie Asher, sous ce titre ; Persepolis, die Achœmenidischen und Sassanvti^if'kn Denkmœler und Inschriften von Persepolis, Istakhr, Pasargadw, Shâhptîr, zttm ersten Mai'' photographisch aufgenommen von F. Stolze, im Anschlusse an die epigraphisch archasologi^h'! Expédition in Persien von F. C. Andréas, fierausgcgeben auf Veranlassung der funflf^ internationalcn Orientalistencongresses zu Berlin, mit einer Besprcchung der Inschnften vnn Th. Nœldekk, 1882, in-fol. Les photographies ont été souvent mal prises; certains chché> ont souffert; il y a beaucoup de planches où l'on ne distingue rien. Le plus récent ouvrage qui ait été consacré à l'ensemble des monuments de la période qui nous occupe, est celui de M. Marcel Dieulafoy, Vart antique de la Perse. Achthnénides, Perses, Sa&s^nides, 5 parties, in-4o, Pans, 1884-1889, 103 planches, dont un certain nombre se rapportent non pas à la Perse, mais aux monuments que l'auteur compare à ceux de la Ppr>e. On ne s'étonnera pas que la plupart de nos dessins soient empruntés à l'omTape «!*' Coste; celui-ci a passé 44 jours, avec Flandin, à relever les ruines de Persepolis. Texier y est resté 10 jours, et M. Dieulafoy 4 jours (Jane Dieulafoy, La Perse, la Ckaldéeet U Susiane, pp. 382 et 414).

1. Les quelques antiquités et les inscriptions cunéiformes {VHamadan sont figun''*^ dans Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. 24-26 bis. Voir aussi Kkr Porter, Travels, l. IL p. 115 et MoRiER, A second joumey through Persia, p. 268. Texier ne donne d'Hamadau que des vues pittoresques.

mède, il servait de résidence aux rois de Perse. Plus tard, cet édifice, quoiqu'il eût souffert au cours des guerres entre les Séleucides et les Parthes, fut encore habité par les rois parthes. Il n'a jamais été fait de fouilles sur l'emplacement d'Ecbatane, et les ruines où l'on croit reconnaître les restes de cette capitale n'ont été relevées et décrites que d'une manière très insuffisante; mais on a, dans Hérodote et dans Polybe, deux descriptions qui renferment certainement des données dont l'exactitude ne saurait être révoquée en doute*.

A l'ouest et au sud-ouest de VElvend^ dans la province que Ton

C ^1,-r-rû

284. -- Carte de la province de Kermanchah. Reclus. Nouvelle Géographie, t. IX, p. 288.

appelle aujourd'hui le Kurdistan perse et qui répond à une partie de la Grande Médie des anciens, parmi les vallées du Zagros, on rencontre partout la trace des princes achéménides, arsacides et sassanides (iig. 284). Il y a le temple de Kangovar^ un vaste téménos, tout entouré de colonnades, au centre duquel se trouvait le sanctuaire. Celui-ci renfermait-il des autels où brûlait le feu sacré? Était-il consacré à Anaïtisou à quelque autre divinité? C'est ce qu'aucune inscription n'est encore venue éclaircir, et les fouilles seraient difficiles, toute une ville moderne s'étant bfttie sur les ruines de l'édifice. Il est possible que le culte qui s'y célébrait datât d'une très haute antiquité ; mais, à en juger

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