‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 210 sur 412 · SI. — LES MATÉRIAUX · texte numérisé non relu

SI. — LES MATÉRIAUX

Devenus, grâce à Cyrus, les maîtres incontestés de TAsie antérieure, les Perses devaient aspirer à construire, sur le plateau de riran,et parliculièrement dans cette province du Fars qui était le berceau de leurs rois, des édifices qui fussent Texpression visible de leur richesse et de leur puissance. La nature du sol favorisait cette ambition. Quels que fussent les emplacements choisis, partout, dans ce pays de montagnes, larchitecte trouvait, à pied d'oeuvre, la pierre qui manquait à la Chaldée, un calcaire compact et dont certaines variétés très dures méritent presque le nom de marbre. Les tons de ces roches varient du gris clair au gris foncé ; parfois ils présentent des teintes jaunâtres ; par endroits ils sont presque noirs. Dans les édifices soignés, on a pu tirer parti de ces différences pour donner à certaines parties importantes, par exemple aux figures décoratives, plus de résistance et une taille plus fine, ou pour obtenir des contrastes et d'heureux effets de coloration. Disposé en assises épaisses, ce calcaire est facile à débiter en gros blocs*.

1. Ce calcaire compact forme la plus élevée des assises géologiques qui constituent le plateau de la Perse, au sud de Téhéran. On pourrait presque l'appeler le calcaire des monumaih; il a servi à bâtir les palais de Pasargade, de Persépolis et de Suse. C'est sur le revers des falaises qui en terminent les bancs, au-dessus des vallées, que sont sculptés les bas-reliefs de Béhistoun, de Chàpour et de Malamir; c'est dans ses flancs que sont creusés les caveaux des tombes de Nakch-i-Roustem et de Persépolis. La Perse n'a pas d'autre bons matériaux de construction. Dans la plaine de la Susiane, il existe un grès dont sont faites les maisons de la ville de Chouster; mais cette roche est très friable et n'aurait pu fournir les éléments de vastes et solides édifices. Une statuette sassanide de la collection Dieulafoy, au Louvre, qui est taillée dans ce grès, pst devenue, sous l'action du temps, tout à fait informe. Comme roches éruptives af- Ueurant dans des parties accessibles de la Perse occidentale, il n'y a que le granit de Korotid, entn» Ispahan et Téhéran, et les trachytes et porphyres du Demavend, qui «*sl encore plus loin du Fai*s. Étant données la configuration du territoire île l'Iran et

us LA PERSE.

D'autre part, les conditions de la vie royale, telle que la toujours pratiquée TOrient, tendaient à donner aux édifices des dimensions telles, que l'emploi exclusif de la pierre aurait risqué de faire durer trop longtemps les travaux; ici, comme en Assyrie, chaque prince, aussitôt après son avènement, se mettait à bâtir un palais qui serait son oeuvre propre et où serait partout sculptée son image et gravé son nom*; à peine Tédifice commencé, il était impatient de le voir terminé, de sS installer et d'en jouir. Pour obtenir une exécution plus rapide, on eut donc recours aussi à la pierre artificielle, à la brique cuite ou crue. De cette dernière, façonnée dans des moules et séchée au soleil, on passe, par des transitions presque insensibles, au pisé, à ces terres pilonnées qui, dans les remparts de Suse, forment la partie postérieure et comme le soutien des murs d'enceinte*. Enfin une sorte de fritte, qui a presque la blancheur du plâtre et la dureté de la pierre, constitue la pâte de ces carreaux, émaillés sur une de leurs faces, qui, à Suse et sans doute ailleurs encore , décoraient les rampes des escaliers et les parois des portiques ou des salles hypostyles^

Si le corps des édifices a été bâti en pierre et en brique, de quelle matière en étaient faits les combles? Pour répondre à cette question, il suffirait presque de noter les proportions de la colonne perse; elle esl si svelte, si mince, qu'elle aurait eu peine à soutenir le poids d'un entablement lapidaire. On n'a d'ailleurs pas recueilli, sur l'emplacement de ces édifices, le moindre débris de corniche ou d'architrave eu pierre, tandis que l'on observe, au sommet d'antes et de piliers qui sont demeurés intacts, des intailles qui ne peuvent avoir été pratiquées que pour recevoir les extrémités des pièces de la charpente, et celleci , étant données la disposition de ces crans ainsi que les dimensions mêmes des bâtiments, avait beaucoup d'importance et comportait des pièces nombreuses et habilement assemblées (fig. 288). Les constructions royales de la Perse ont donc nécessité l'emploi d'une quantité considérable de bois, d'un bois susceptible de fournir des poutres d'un fort calibre, d'une longue portée et d'une résistance suffisante: or le

l'iibsence de routes carrossables, on ne pouvait songer à aller chercher loin ses niahriaux. Les carrières d'où ont été tirés ceux des palais de Persépolis ne sont pas â un kilomètre de la terrasse qui porte ces hàtiments; c'(»st à quelques lieues que Ton a été prendre les pierres qui sont entrées dans les édifices de Suse (Notes communiquées par M. Houssay).

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