TOME V. .iT
ioO LA PERSE.
maritime et l'acacia'. La Perse n'est donc pas, même de nos jours, aussi dénuée de bois qu'on semble Taffirmer-. Dans les oasis qui se forment autour du débouché des canots, dans les replis de ces montagnes d'où descendent les fleuves qui vont au Tigre, on trouve maintenant, on devait trouver plus aisément encore autrefois, de quoi suffire aux travaux d'ébénisterie et de menuiserie; mais il a toujours fallu s'y ingénier et prendre quelque peine afin de se procurer les grands madriers qui étaient indispensables pour ménager au toit la forte saillie que le climat rend si désirable et pour supporter le fardeau de lourdes terrasses pilonnées. On avait pu, à cette fin, multiplier, dans les campagnes irriguées, les plantations de cyprès, et tirer du Zagros de grosses pièces de chêne: il est probable cependant que beaucoup des bois dont se servait l'architecte avaient bien plus de chemin à faire pour arriver à pied d'œuvre. Pour renoontrer, sur le territoire de la Perse actuelle, des forêts qui méritent ce nom, qui renferment des arbres d'une belle venue, frênes, chênes et hêtres, il faut aller jusqu'à VElbourz^ et encore ces forêts ne se trouvent-elles que sur les versants septentrionaux, les seuls qui soient généreusement arrosés par les pluies que produit Tévaporation des eaux de la Caspienne ; mais, du Mazendéran au Fars, il y a, en droite ligne, plus de 800 kilomètres, et plusieurs chaînes de montagnes à traverser, dans une contrée qui n'a jamais eu de routes. On a dû cependant mettre à contribution, pour les constructions royales, les forêts de l'IIyrcanie, et ce qui prouve que les entrepreneurs de ces bâtiments n'ont pas dû être arrêtés par la longueur et la difficulté des transports, c'est le fait que les maîtresses poutres de Persépolis n'ont pu venir que de là ou de plus loin encore. Dans les débris carbonisés qui se trouvent sur plusieurs points du plateau de Persépolis, là où le sol n'a pas été déblayé jusqu^au roc, M. Dieulafoy a retrouvé plus d'un morceau de cèdre^; il a reconnu cette essence à la couleur jaune de son bois et à ce qui lui reste de son beau poli, à l'odeur caractéristique qui s'en dégage quand on la brûle. Or il n'y a pas de cèdres dans tout l'Iran méridional; si quelques voyageurs en signalent dans l'Elbourz*, cette essence ne paraît pas y constituer de forêts compa-
1. Sur les arbres que produisent le Fars et la province de Kernian, voir G. Rawllnso.n, Tke five yreat moiuurkies, l. UI, p. ié-O, et surtout la note 18, où, pour chacune des espè d'arbre qu'il énuiuère, il renvoie aux voyaf|[eurs qui eu ont fait mention.