‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 219 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

295. — Persépolis. Salle aux 100 colonnes. Corniche des portes latérales. Élévation. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. CL VII bix.

rélémenl principal des créations de Tarchitecte ; soit qu'il en élargisse assez Faire et qu'il en monte assez haut le plafond pour qu elle suffise, avec ses seules ressources, à constituer un édifice indépendant, d'un merveilleux effet, soit qu'il la place au milieu de ses bâtiments, comme le lieu de réunion et le commun rendez-vous assigné d'avance à tous ceux qu'ils couvriront de leur ombre, elle reste toujours son type de prédilection, et c'est l'heureux et brillant parti qu'il en a tiré qui lui vaut l'honneur de ne pas faire, dans l'histoire de son art, une figure désavantageuse à côté de ses rivaux de l'Egypte et de l'Assyrie, de la Grèce et de Rome.

Si, dans les plans dessinés par ces maîtres anonymes qui ont bâti les palais de Darius et de Xerxès, on devine partout un sentiment vif et délicat du rythme architectural, on n'y trouve pas cette symétrie rigoureuse et mathématique à laquelle tient si fort le constructeur moderne. La terrasse de Persépolis rappelle bien, dans l'ensemble, le tracé d'un parallélogramme rectangulaire (fig. 290) ; mais les faces de ce rectangle ne se correspondent pas exactement; elles n'offrent d'ailleurs que des saillies et des rentrants, des redans capricieux ; l'escalier par lequel on aborde le plateau n'est pas placé au milieu de l'une de ses faces. Les propylées que l'on rencontre au seuil de l'esplanade sont bien dans l'axe du perron supérieur; mais l'axe de l'édifice le plus rapproché, de celui qui attire tout d'abord Tattention, la grande salle hypostylc de Xerxès, vient passer à l^jlS de la partie postérieure du pilastre des Propylées. Les bâtiments sont comme semés au hasard sur le plateau, à des niveaux différents; pas de masses qui se balancent et qui se fassent équiHbre. Tandis que les constructions se pressent dans l'angle méridional, tout le nord du terre-plein est vide et parait l'avoir toujours été. Les Persans d'aujourd'hui ont gardé de leurs ancêtres le goût de cette irrégularité pittoresque; autour de leurs capitales, les palais et les kiosques sont répandus sans ordre dans des jardins ombreux ou entre des cours spacieuses de dimensions différentes.

La dureté des roches que fournit en abondance le sol montueux de la Perse permettait et conseillait l'emploi des grands matériaux. Les plus hautes colonnes de Persépolis, celles même qui atteignent presque 20 mètres d'élévation totale, ne sont pas (aites, comme les colon-

il?

nés grecques, de tambours cylindriques d'une médiocre hauteur; elles ne se composent que de trois ou quatre segments tout au plus. Il y a, dans le soubassement de la terrasse du Takhi-i-Djernchid, des blocs qui mesurent jusqu'à 4°", 50 de long \ Les chambranles des fenêtres et des niches, au palais de Darius (fig. 294), sont taillés dans un seul bloc.

C'est dans les soubassements des terrasses et des palais que l'on peut étudier la construction en pierre de taille. On en trouve un premier et fort bel échantillon dans le Taklit-i-madéré-i-Soleiman (fig. 297).

297. — L'appareil du Takht-i-madéré-i-Soleîman. Dieulafoy, L'Art antique de la Perse, I, pi. IV.

Ce qui caractérise surtout cette maçonnerie, c'est Thorizontalité des assises. Les pierres, toutes posées sur lit de carrière, ont parfois une longueur de 4°, 20 sur près de 1 mètre de haut. Elles sont jointes sans mortier ; mais elles étaient autrefois reliées entre elles par des crampons de fer enveloppés de plomb, en double queue d'aronde - (fig. 298); presque partout le métal a disparu, arraché par les mains qui ont pillé ces ruines; on ne voit plus que l'entaille qui avait été pratiquée dans la pierre pour recevoir ces scellements. Les travaux entrepris en ce lieu ayant été interrompus, sans doute par la mort du prince qui les avait

^. Flandin [Relation, t. II, p. 150) parle de blocs qui auraient 15 et 17 mètres de long. Je ne trouve rien, ni dans les planches de Coste, ni chez les autres voyageurs, qui justifie celte^ assertion.

2. RïcH, Narrative of a jowney to Fersepolis, «829, 8«, p. 243.

commandés, le ravalement même des blocs qui formaient le parement extérieur du mur n'a pas été terminé. Là où il a été poussé jusqu'au bout, chaque bloc est entouré d'une étroite ciselure à vive arête. Là au contraire où il n'a été que commencé, comme dans la partie supérieure du dessin, il y a double ciselure, l'intérieur ne servant que de point de repère pour indiquer à l'ouvrier dans quel plan il devait se tenir, quand, les pierres une fois mises en place, il achèverait le travail déjà commencé sur le chantier. Ce n'était pas sans raison qu'on avait laissé subsister le bossage jusqu'à ce que tout le mur fût monté; par son relief, il protégeait les faces qui devaient plus tard être apparentes, il les défendait contre les chocs qui pourraient se produire au cours des opérations. Le remplissage intérieur est exécuté en moellons maçonnés à sec et arasés suivant des plans horizontaux qui font suite à ceux des assises du revêtement. Le parement intérieur du mur est vertical; toutefois, afin de donner à la base un certain empattement, les assises inférieures ont été disposées en légère retraite les unes sur les autres, pratique dont les exemples abondent, aussi bien dans les constructions de l'Orient que dans celles de la Grèce *.

A Persépolis, on a suivi le même système de construction pour l'établissement de la terrasse. Derrière un mur de soutènement, exécuté en matériaux calcaires de forte dimension, appareillés aussi à joints vifs, il existe un second mur en pierre sèche contre lequel viennent s'appuyer des remblais composés en partie de pierraille et de terre. Même emploi des crampons à scellements métalliques^; ceux-ci servaient aussi, sur l'esplanade, à maintenir rapprochées les plaques du dallage (fîg. 299). Le travail a donc été fait, de part et d'autre, par des ouvriers qui avaient les mêmes traditions et les mêmes procédés ; il y a cependant des différences. A Persépolis, le parement extérieur est lisse et layé avec soin; mais il n'est pas encadré dans une ciselure'. C'est que le mur a ici un tout autre développement. Vouloir décorer de refends tous les

4. DiErLAFOY, VArt antique de la Perae, I, pp. 6-10. Beaucoup de ces pierres portent des marques d'ouvriers, dont un certain nombre ont été relevées (Ibidem^ pp. ll-!2 .

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