‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 229 sur 412 · nhtorrc. de VArt, t. II, pp. 20i-2()8, fig · texte numérisé non relu

nhtorrc. de VArt, t. II, pp. 20i-2()8, fig

avait les proportions élancées et la légèreté des constructions où domine le bois, et c'étaient les métaux précieux, découpés en plaques ou en feuilles minces, qui recouvraient partout la charpente et fournissaient ainsi la matière principale de Tornement.

Ce qui peut, dans une certaine mesure, donner Fidée de l'aspect que présentait cette résidence royale, ce sont certains édifices de la Perse moderne, par exemple, à Ispahan, le palais des Tcheel-Souioun ^ ou « quarante colonnes », bâti par Chah-Housseïn, le dernier des Sofis. La grande salle ouverte sur le devant ou talar, qui en forme la pièce principale, est précédée par un large portique dont la toiture est supportée par dix-huit fines colonnes de bois (fig.

320). Partout, sauf dans la corniche, où des bois de diverses couleurs composent une sorte de mosaïque, le bois se cache et disparaît sous des fragments de miroirs taillés en losange. Des prismes de cristal et des glaces biseautées ornent même les plafonds

divisés en compartiments carrés. Le bois n'est pas habillé ici de la même manière qu'il Tétait à Ecbatane; mais il donne des dispositions semblables, et, ce qui ajoute encore à la ressemblance, les glaces, dont le tain est terni, ont aujourd'hui toule l'apparence de vieilles plaques d'argent bruni et oxydé. Il est curieux de pouvoir signaler ainsi sur le sol de la Médie, à tant de siècles de distance, deux édifices où le principe de la construction et de la décoration est le môme. L'analogie persiste jusque dans certains détails qui ont leur intérêt; ainsi ce sont des couples de lions adossés qui servent de base aux colonnes des deux files centrales du porche, motif où l'on reconnaît tout d'abord un souvenir des plus vieilles traditions de la Perse.

Le pavillon des miroirs, à Ispahan. Coupe partielle. Flandin et Coste, Perse moderne^ pi. 34.

On devine pourquoi nous avons tant insisté sur le palais d'Ecbalane; nous le considérons comme le représentant le plus avancé vers TOrient d'un système de construction qui a été en usage, depuis les temps les plus reculés, dans toute une partie de l'Asie Antérieure, système que caractérise l'emploi presque exclusif du bois, comme nous l'ont prouvé l'étude de la tombe rupestre, qui s'applique à imiter dans la pierre les façades en charpente, et celle de l'habitation moderne, où se sont fidèlement conservées, dans les villages, les habitudes primitives'. L'aire où ce genre d'architecture a prévalu et où la tradition en est encore vivante correspond à cette vaste région boisée qui commence à la Propontide et borde TEuxin, qui, par les forêts du Taurus, rejoint la Lycie, et, par celles du Caucase, se prolonge jusqu'à l'Hyrcanie et vient se terminer à la Caspienne. Ecbatane était ou paraît du moins aujourd'hui en dehors des limites de cette zone; mais, si l'on bâtit encore en bois à Ispahan, sur ce plateau où il n'y a pas d'autres arbres que ceux des jardins, à plus forte raison pouvait-on le faire dans la capitale de la Médie, bien plus voisine de ces montagnes du Kurdistan et du Luristan où il existe encore, par places, des chênaies qui doivent être les restes d'antiques forêts, qu'ont fini par détruire, ici comme sur tant d'autres points du monde ancien, l'incurie des hommes et la dent des troupeaux.

Il est aisé de comprendre comment l'architecture royale de la Médie a exercé sur celle de la Perse une influence dont la trace ne s'est point effacée, alors même que l'art, cultivé dans un autre milieu et disposant de bien autres ressources, fut entré dans des voies nouvelles. Les historiens s'accordent à signaler les emprunts que les Perses firent aux Mèdes, quand le génie de Cyrus eut fait passer dans leurs mains l'empire de l'Iran. La royauté perse n'avait point de passé; pour ne point paraître inférieure à sa devancière, elle lui prit la pompeuse ordonnance et l'étiquette de sa cour. Les rudes et pauvres montagnards qui, la veille du jour où ils étaient devenus les maîtres subits de l'Asie, allaient encore aussi simplement vêtus que le sont aujourd'hui les Bakhliaris et les Lurs, adoptèrent la longue robe et la tiare médiqûe. Ce fut en s'appropriant l'armement des Mèdeà et leur tactique que les Perses substituèrent des corps de troupe régulièrement constitués aux contingents capricieux et mal équipés des tribus du Fars\ ils tirèrent des riches pâturages de V Azerbidjan les chevaux destinés à la remonte de

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