‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 231 sur 412 · TOME V. tt · texte numérisé non relu

TOME V. tt

Cette disposition étant ainsi suggérée ou plutôt imposée par la nature des matériaux, Tarchitecte avait à en tirer parti au point de vue de la décoration, à la tourner en ornement. Pourquoi son choix s'est-il porté sur le motif auquel il est toujours resté fidèle, pourquoi a-t-il placé sur le haut du fût de grands quadrupèdes couchés, ici des licornes, là des taureaux? Les colonnes de Méched-Mouryab ont toutes perdu leur chapiteau ; on ne sait donc pas comment le fût se liait à Tentablement dans les premiers édifices royaux de la Perse.

Peut-être un jour des fouilles nous feront-elles retrouver dans les décombres quelques débris de cette portion de Tordre, ce qui nous apprendrait si ces artistes ont constitué du premier coup ce type singulier ou bien s'ils n'y sont arrivés que par une suite d'ébauches et de relouches. Dans ce dernier cas, il y aurait à tirer de ces premiers essais plus d'un renseignement utile ; suivant qu'ils présenteraient tel ou tel caractère, on aurait à chercher dans tel ou tel art antérieur les antécédents et comme le point d'attache de la forme nouvelle. L'historien n'a pas cette ressource; c'est à Persépolis seulement, dans des édifices dont les plus anciens ne sont pas antérieurs au règne de Darius, qu'il rencontre ce chapiteau, et celui-ci s'y montre dès lors tel qu'il restera jusqu'au dernier jour; l'usage en a déjà fixé la composition et arrêté les lignes maîtresses. C'est une difficulté de plus que de ne pouvoir saisir ce type, pour ainsi parler, à l'état naissant ; l'enquête en devient plus malaisée et la conjecture plus incertaine.

On songe tout d'abord à l'Assyrie, où le chapiteau présente déjà une complication et une superposition de formes qui tendent à élargir le plateau sur lequel reposera l'architrave*; mais ce qui reste propre à la Perse, c'est le parti qu'elle a pris de réserver à ses demi-corps de taureau la place et le rôle de têtes du support. On a beau n'avoir retrouvé ce motif ni parmi les ruines des palais de la Mésopotamie ni dans les figurations d'édifices que présentent souvent les bas-reliefs, on ne peut s'empêcher de croire que les exemples de l'Assyrie soient pour beaucoup dans l'invention et dans l'adoption de ce type singulier. N'est-ce pas à elle que l'architecte perse a emprunté les grands taureaux ailés, gardiens des portes du palais (pi. II et III)? N'a-t-elle pas fait partout, dans la décoration de ses édifices, un emploi constant de ces figures d'animaux, qu'elle a exécutées avec tant de maîtrise, soit qu'elle les copiât sur nature, soit qu'elle y rapprochât des formes

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