‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 232 sur 412 · nutoire iU l'Art, t. II, lig. 41 et · texte numérisé non relu

nutoire iU l'Art, t. II, lig. 41 et

tirées de types divers? Or, si Ton examine le peu qui reste de ses portiques, on reconnaît qu'elle y a bien inséré ces figures, mais d'autre façon, en les interposant entre le sol et le fût. A Kouïoundjik et à Nimroudj on a signalé des bases où la colonne reposait sur les reins d'un sphinx ailé; ailleurs, dans un portique que représente un des bas-reliefs qui proviennent du palais d'Assourbanipal , ce sont des lions et des griffons qui jouent ce même rôle*. Ce motif, qui, semblet-il, était d'un usage fréquent sur les bords du Tigre, peut avoir mis sur la voie de celui dont l'origine nous préoccupe; on se serait emparé de la donnée, mais pour en prendre le contre-pied; on aurait imaginé de placer sur le sommet de la colonne ces animaux qui, à Ninive, en soutenaient le poids, et on les aurait chargés de porter l'entablement.

Si, dans cette architecture assyrienne où la colonne tient si peu de place, on ne trouve pas le corps de l'animal mis à cet endroit sous l'architrave, tout au moins, dans les produits de ce que nous avons appelé Tart industriel, ce corps fournit-il parfois les éléments de motifs dont la disposition rappelle sensiblement celle du chapiteau de Persepolis. Pour justifier cette assertion, il suffît de renvoyer à ces paires de lions qui, dans les bas-reliefs assyriens, décorent souvent le fourreau des épées^ Les lions se tournent le dos; la partie inférieure de leurs corps est parallèle au fourreau; mais, dans certains de ces exemplaires, les croupes et les têtes s'en écartent à angle droit. La différence, c'est qu'ici les plans horizontaux ménagés par la nuque des animaux et par l'entre-deux des corps ne portent rien ; les fîgures ne sont que des appliques ; mais la silhouette qu'elles donnent est la même que celle du groupe des taureaux conjugués qui caractérise l'ordre perse.

Ce qui se prête mieux encore à cette comparaison, c'est une sorte d'étendard dont l'image, copiée sur un original de bronze, s'est conservée dans un bas-relief de Khorsabad (fîg. 321). Celte enseigne, dressée sur le char du roi, se termine par un disque qui renferme des emblèmes destinés à effrayer l'ennemi et à rappeler la puissance du dieu qui protège le monarque ; or la hampe est séparée de ce disque par toute une série de formes intermédiaires qui constituent une sorte de chapiteau, dont le membre principal, celui qui a la plus forte saillie et qui attire le plus l'attention, se compose de deux têtes accolées et opposées d'un monstre qui a muHe de lion et corne unique au milieu

! . Histoire de VArt, l. II, fi^. 83, 84, 85, 86. 2. Histoire de F Art, t. H, fif?. 272, 4i2, 'AW,

o08 LA PERSE.

du front, type factice dont nous avons déjà signalé l'emploi à Persepolis (fig. 311). Si les têtes n'étaient pas ici séparées du corps, la ressemblance serait complète; il suffirait d'ajouter et de rattacher à celle-ci le col et la croupe pour obtenir cette forme oblongue que la nature particulière du comble perse imposait au chapiteau qui le supporte.

Si, comme nous serions disposé à le croire, les architectes qui ont bâti les palais des rois Achéménides ont pu trouver en Assyrie, dans les motifs que nous venons de décrire et dans d'autres semblables, comme les premiers linéaments de leur thème favori, ce qui leur est propre, c'est que, dans le groupe qu'ils donnent pour couronnement à leur colonne, ils ne font jamais entrer ce lion duquel l'image s'offrait partout à leurs yeux dans les modèles dont ils s'inspiraient; ils l'y remplacent par le taureau. Si celui-ci a obtenu la préférence, c'est que la forme allongée de sa tête et surtout ses cornes donnaient une masse dont les profils étaient mieux en rapport avec le caractère général du chapiteau. Par leur franche saillie, les cornes le continuaient, en diminuaient la lourdeur, et fournissaient même le moyen d'en relever l'effet par des oppositions de couleur. Oreilles et cornes étaient des pièces rapportées, comme on l'observe au Louvre sur plusieurs des fragments qui proviennent de Suse (fig. 322), et, dans les décombres, on ne les a jamais retrouvées; il y a donc lieu de croire que, là tout au moins, ces accessoires étaient exécutés en bronze. Ce qui confirme la conjecture par laquelle on est tenté d'expliquer cette substitution du taureau au lion, c'est le fait que, dans l'une au moins de ses ordonnances, Tarchitecte perse a conservé la tête du fauve, mais en y plantant une corne au milieu du front (fig. 311). Ce type factice, qui appartient au répertoire de l'art chaldaeo-assyrien, il a pu en tirer parti parce qu'il y trouvait l'élément dont il avait besoin , cette saillie et cette courbure de la corne qui terminent si bien son chapiteau, qui le dégagent et qui l'allègent.

En Egypte aussi, on découvre des motifs qui ont une certaine analogie avec ceux que nous venons d'étudier. Dans ces architectures feintes qu'aiment à représenter les peintures des tombes, il est tel chapiteau où des têtes de lion s'interposent entre l'abaque et la fleur épanouie qui surmonte le fut (fig. 323) ; ailleurs on voit à la même place des têtes de chèvres et d'ibex; mais celles-ci sont perdues dans le fouillis des motifs, entre les volutes et les fleurs de lotus. Dans ces colonnes simulées, l'ornementation est si exubérante, elle se compose de membres si nombreux et qui sont si peu liés les uns aux autres qu'il est difficile de croire à

321. — Étendard assyrien. Botta et Flandin, Monument fJe Nî'nive, II, pi. ir>H.

LA COLONNIi:.

Texistence réelle des types ainsi figurés * ; le décorateur semble avoir réuni des motifs qui ne coûtent rien à son pinceau, sans se demander si le métal même et le bois, malgré leur souplesse et leur légèreté, se prêteraient à Texécution de modèles d'une fantaisie aussi compliquée. Au contraire, les motifs de provenance assyrienne sur lesquels nous avons appelé lattention offrent tous les caractères de copies exactes,

322. — Fragment de taureau. Louvre. Hauteur, 0«n,i*). Dessin de Saint-Elme Gautier.

qui reproduisent fidèlement les formes d'objets en bronze. Ce qui d'ailleurs semble surtout exclure la pensée du rapprochement auquel on a songé*, c'est que les masques de lion, indiqués ici au nombre de six, font à la colonne une sorte de collier et rentrent plutôt ainsi dans la donnée d'un chapiteau dressé sur plan circulaire; il n'y a donc rien là qui mette sur la voie de celte forme barlongue par laquelle se caractérise le chapiteau perse , tandis que celle-ci se laisse tirer sans effort du groupe qui termine la hampe de l'étendard (fig. 321)

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