DiKULAFOY, VArt antique. II, p
LES FORMES SECONDAIRES
devinssent pas encombrants. Pour obtenir ce résultat, les Perses imaginèrent de faire évoluer leurs anciens escaliers et de les appuyer contre les parois des soubassements; ils adoptèrent un système très simple de rampes divergentes et convergentes, séparées par de larges paliers, type dont l'exemplaire le plus beau et le mieux conservé est Tescalier grandiose qui met la plaine de Mervdacht en rapport avec Taire du Takht-i-I)jemchid (fig. 299). Sur celle-ci, on trouve, devant les palais, plusieurs autres escaliers conçus dans celte même donnée (fig. 340et 34i).
On signale cependant une exception à cette règle : les deux rampes qui raccordent le gradin supérieur au gradin inférieur du Takht sont perpendiculaires au mur de la terrasse.
C'était une heureuse idée que celle de ces escaliers à rampe double, qui sont un des traits originaux de rarchiteclure persépolitaine. « Cette modification permettait au constructeur de multiplier les volées sur une superficie relativement restreinte et de préparer néanmoins aux sculpteurs de larges surfaces, qui ne tardèrent pas à se couvrir d'inscriptions et de bas-reliefs \ »
Ces textes épigraphiques et ces sculptures, nous les retrouverons en décrivant les palais; mais il convient d'appeler dès maintenant
Persépolis. Escalier du palais de Darius. Dieulafoy, VAH antique de la Verse, III, fig. Hl.
\. DiKiJLAFOY, VAi't antique, II, p. 2S.
rattention sur la forme très particulière que présentent, dans ces escaliers, les détails de la main-courante, au palais de Darius, par exemple (tig. 290, n° 3). Là celle-ci se termine par un quart de rond godronné, dont les ressauts sont décorés d'un fleuron, sur les petites faces que voit se succéder devant lui le visiteur qui gravit les degrés (fig. 340). Au-dessus, une moulure brisée que sur m<>nle luw suile di crénoiuix, ilans quelle l'irihhi moilon esl cnloun'» iViîu
341. — Pei^sëpolis. Palais a© 2. Détail de la rampe des escaliers. Flandin et Costa, Pêne ancienne, pi. XCIV.
listel qui dessine comme un chambranle de fenêtre*. L'emploi du crénelage est un souvenir de TAssyrie et de la construction en brique; mais, dans Tencadrement du merlon et dans ces godrons qui rappellent des oves très allongés, il y a la marque d'un goût indépendant, qui sait être inventif jusque dans Timitation.
Nulle part on n'a retrouvé en place le balcon qui terminait le mur de façade, ce mur contre lequel étaient appliquées les rampes de Tes-
\, DiEULAFOY, VXrt antique, III, pp. 78-79.
LES FORMES SECONDAIRES
calier. Le crénelage qui surmontait certaines de ses rampes ne pouvait se continuer le long de ce parapet, où devaient pouvoir s'accouder ceux qui se tenaient sous le péristyle du palais. On ne peut supposer là qu'une forme analogue à celle que présente la main-courante dans lescalier du grand palais de Xerxès (fîg. 341).
Si le créneau n'est pas de mise en cet endroit, il nous paraît s'imposer, comme le couronnement nécessaire des combles, à qui tente de restaurer les édifices de Persépolis et de Suse. Nous l'avons partout dressé sur nos toitures (planches IH, V, VI, IX, X). Ce parti nous était commandé par toutes les traditions de cette architecture chaldapoassyrienne à laquelle l'architecture de la Perse se rattache par tant de liens. Le créneau surmonte tous les édifices assyriens ; on remarquera qu'il couronne ces édicules, représentés dans les bas-reliefs ninivites, où règne un entablement à encorbellement continu, lequel a quelque rapport avec celui des édifices de l'Iran ^ Ce ne sont d'ailleurs pas les seules rampes des escaliers qui nous prouvent que la Perse avait adopté le créneau, qu'elle en faisait un fréquent usage. Il orne, à leur sommet, ces autels du feu dont quelques-uns sont peut-être antérieurs au palais de Persépolis*; à Suse, on le voit
partout, au-dessus des décorations en faïence émaillée (fig. 342). Il reparaît dans les monuments sassanides ; c'est ainsi qu'on le retrouve dans la façade d'un hypogée, dit le Tagh-i-Bostan^ qui appartient certainement à cette période (fig. 343). Il se rencontre aussi, vers le même temps, dans des détails de costume qui témoignent de la persistance des vieilles formes auxquelles s'attache le prestige du passé. Dans ces tableaux où la coiffure des prêtres affecte le profil de la gorge égyptienne, on voit la couronne murale crénelée ^
Un des architectes qui ont essayé de restituer les palais de la Perse, Texier, avait mis partout, comme couronnement de ses combles, la grande gorge des édifices de la vallée du Nil. Sans doute cette
342. — Suse. Brique ëmaillôe formant créneau. Louvre. Dessin de Saint- Elme Gautier.
\. Uhtoire de VArt, t. Il, fig. 41 et 42.