‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 247 sur 412 · Fî.ANDiN et CosTK, Perse aneienne, pi. CI.XXXII · texte numérisé non relu

Fî.ANDiN et CosTK, Perse aneienne, pi. CI.XXXII

moulure est très usitée à Persépolis; mais c'est dans les parties secondaires des btUiments, au-dessus du chambranle des baies. On a pu la prêter à la brique comme amortissement, là où le mur, d'une médiocre élévation, n'avait pas à porter un de ces empilages de bois qui surmon-

343. — Façade du Tagh-i-Bostau. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. III.

tent les hautes colonnades; mais il est malaisé de comprendre comment elle se serait liée à ces énormes combles en charpente que nous avons décrits. Là, pour qu'elle fût en rapport avec les autres membres de l'architecture, il aurait fallu lui donner une hauteur et une saillie très fortes; que l'on y eût employé la brique ou le bois, les difficultés

d'exécution eussent été presque insurmontables. Posé à plat, le créneau ne donne au contraire point de peine à monter; pour qu'il fût à la proportion voulue, on n'avait qu'à augmenter le nombre des briques qui le composaient, à mesure que croissaient les dimensions de l'édifice. En même temps, la ligne brisée que dessinait ce crénelage avait son élégance; que l'argile y fût couverte d'émail ou qu'elle y gardât ses tons naturels, cette crête dentelée se détachait, avec une netteté merveilleuse, sur le bleu sombre du ciel de la Perse.

S 6. — LA DÉCORÂT lOxN

Par les études que nous avons consacrées à la colonne et aux autres formes secondaires de l'architecture, on a pu déjà se faire une idée de ce que sera la décoration perse. L'art transporte ici dans la pierre des formes nées du bois, comme le prouve la proportion qu'il donne aux supports de ses portiques ; grâce aux ressources presque illimitées dont il dispose, il emploie les matériaux les plus variés, ceux mêmes que ne lui oflFrait point le milieu où il se développe, ceux qu'il était contraint d'aller chercher très loin de ses chantiers, et c'est ce qui lui permet de prendre un peu partout les ordonnances et les motifs qui lui plaisent. On s'explique ainsi l'effort auquel l'historien est condamné, les perplexités qu'il éprouve, lorsqu'il cherche à faire le départ des différentes influences dont il saisit la trace dans les monuments qu'il analyse. Ce caractère de complexité n'est pas moins sensible dans ce que l'on peut appeler l'enveloppe et la parure du bâtiment que dans les méthodes qui ont été appliquées à sa construction, dans le choix des éléments qui ont été appelés à le constituer et dans la disposition qu'ils ont reçue. C'est ainsi que, pour donner à ses édifices une richesse et un éclat qui soient en rapport avec l'ampleur du plan, ici l'architecte livre la pierre au ciseau de l'ornemaniste et du sculpteur, comme l'ont fait l'Egypte et la Grèce: là, imitateur de ces Chaldéens qui devaient tout tirer de Targile, il répand sur la brique un indestructible et brillant émail; ailleurs, comme l'avaient déjà fait les Mèdes à Ecbatane, il couvre le bois de plaques et de feuilles légères de métal qui en dissimulent les pauvretés et qui en assurent la durée.

Nous avons eu déjà l'occasion de signaler les plus importantes des moulures qui décorent et qui couronnent les faces des édifices perses ; au cours de cette revue, nous n'avons guère rencontré qu'un seul motif

qui ait une saveur vraiment originale, c'est celui que nous ont offert les rampes des escaliers (fîg. 340 et 341). Partout ailleurs, c est toujours ce mélange singulier de formes qui n'ont pas même provenance, qui ne paraissaient pas destinées à faire partie d'un même ensemble. Celle sorte d'incohérence qui lient à la diversité des sources où l'on a puisé, nous la retrouvons partout. Étudiez, par exemple, la composition très savante et très soignée de cette estrade sur laquelle, dans les tombes do Nakch-i-Rousteniy le roi est représenté en adoration devant le feu sacré (fig. 324). Les montants qui servent de soutien au plancher supérieur rappellent, à s'y méprendre, ceux des meubles assyriens; ils se terminent, à leur sommet, par les mêmes bustes de monstres factices; ils ont les mêmes pieds en griffe de lion; les mêmes anneaux superposés, les mêmes collerettes de feuilles tombantes en ornent la tige*. Quant à ce double étage de figures humaines qui portent sur leur tôle et sur leurs bras le fardeau de la majesté royale, c'est encore l'artiste ninivite qui a imaginé ce thème, si expressif dans sa naïveté *.

Au milieu de tous ces emprunts faits à l'art décoratif de la Mésopotamie, vous trouvez, dans la traverse sur laquelle reposent le roi et l'autel, une baguette où des disques alternent avec des perles, puis, au-dessous, des oves que séparent, à leur extrémité inférieure, des fers de lance (fig. 324). On vous montrerait cette moulure sans vous dire où on l'a prise, que vous risqueriez de la croire détachée de quelque édifice grec. En revanche, ce qui y correspond, sur la traverse du milieu, ce sont ces enroulements dont nous avons déjà fait remarquer l'analogie avec la partie moyenne du chapiteau perse, enroulements qui rappellent ceux que l'ornemaniste assyrien ciselle sur ses chapiteaux et sur ses bases (fig. 323)*.

La rosace, où le nombre des pétales varie, est toujours très simple; elle garde partout l'aspect d'une de ces larges fleurs de la famille des synanthérées qui brillent au printemps parmi les hautes herbes dont se couvrent, aux premières pluies, la plaine de la Susiane et les plateaux de l'Iran. Dans les carreaux de terre émaillée, rapportés de Suse, elle revient aussi souvent que dans l'ornementation lapidaire des palais du Fars (fig. 344). Peut-être, si les dallages de Persépolis s'étaient conservés comme ceux des palais de Calach et de Ninive, y

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