‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 249 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

familier aux yeux des habitants de cette contrée^; mais, quelle que soit Tespèce qui ait été prise pour modèle, ce motif est loin d avoir Télégance du rinceau assyrien.

A Suse, sur les briques émaillées, on trouve, partout prodigué, un motif qui offre quelque analogie avec celui de Persépolis, mais qui s'en distingue pourtant à certains traits. Même superposition de formes terminée par la même palmette (fig. 346); la différence est dans le dessin des éléments dont se compose celte série ascendante. A Suse, on ne saurait croire à Tinterprétation d'une plante réelle; ce sont des fleurs empilées les unes au-dessus des autres, des fleurs dont les pétales se

346. — Suse. Fragment de la décoration d'un escalier. Louvre. Dessin de Saint-Elrae Gautier.

recourbent au sommet en manière de volute. 11 semble y avoir là une de ces modifications systématiques de la corolle du lotus où se sont complu les ornemanistes égyptiens ; on dirait que cet ornement a été emprunté aux plafonds des tombes thébaines, où il offre souvent le

1. M. Dieulafoy paile « d'une graniinée très abondauto dans la plaine de Mervdaclit »; mais on ne reconnaît ici ni le port ni la lloraison des graminées. Voici ce que veut bien m'écrire à ce sujet un savant botaniste, M. Francliet: « Il semble que le motif en question pourrait avoir été emprunté à quelque palmier, hyphwné ou chamxrops; }e pencberais pour ce dernier, à cause des ornements squameux du fût de cette espèce de colonne. Si cette opinion est fondée, ne pourrait-on pas admettre que la feuille flabelliforme du chamaprops a suggéré le motif qui tient ici la place du cbapiteau et que le tronc du même arbuste, avec les bases pei-sistantes des pétioles, a fourni Tidée du fût avec ses ornements à base équitante et a sommet arqué au dehoi-s? C'est bien à peu prè^ là ras|)ect (|ue présente le tronc du chamaMops. >»

même contour*. Les émailleurs chaldéens, les maîtres de ceux qui ont décoré Suse, se sont peut-être inspirés d'objets de luxe apportés des bords du Nil, où figurait cet ornement. Quant aux palmettes qui surmontent et qui terminent cette série verticale de feuilles ou de fleurs, elles servent encore, sur les carreaux émaillés, à composer un autre motif d'ornement, celui où deux d'entre elles, opposées par la base, sont séparées par une barre horizontale et par une suite de cercles dont la couleur variie (fig. 347). Enfin, elles entrent dans la composition du rinceau qui règne au-dessus et audessous, soit de la frise des archers (fig.

348), soit delà frise des lions (pi. XI); elles y sont accostées de deux folioles légères et reliées les unes aux autres par une tige flexible qui court le long du panneau en décrivant une courbe toujours pareille. On remarquera aussi dans cet ensemble , comme éléments secondaires, le fer de lance qui orne le milieu du créneau, et les

dents de scie, qui forment cadre tout autour du tableau que remplissent ici les gardes du corps, là les animaux marchants.

C'est à peine si l'on peut regarder comme un motif d'ornement l'arbre pyramidal qui, sur les soubassements des palais de Persépolis, mêlé à l'ornement que nous venons de définir, sert souvent à remplir le champ qu'offre le mur de façade (fig. 349). Le même arbre joue un autre rôle dans les longues bandes de sculpture qui couvrent ailleurs ces mêmes espaces ; il y sépare les groupes; il y joue le rôle d'une sorte

1. Histoire de VArt, t. I, lig. 54i, u" 4; Prisse crAvKNNKs, Histoire de Vart égyptien, t. I» planclios inlitiiléos : Ornniieiïtntinti dea plafonds.

Suàc. Ornement émaillé. Louvre. Dessin de Saint-Elme Gautier.

de signe de ponctuation*. Je serais disposé à voir là le cyprès, essence qui est aujourd'hui encore très commune dans certaines parties du Fars; par la constante régularité de la masçe, cet arbre est d'ailleurs un de ceux qui se prêtent le mieux à une représentation conventionnelle. L'art assyrien en avait donné une traduction où ce caractère est sensible^; l'art perse Ta interprété d'une manière un peu différente et plus éloignée encore de la nature; il lui a donné l'aspect d'une pomme de pin, et, dans l'intérieur du contour, toujours le même, il a ciselé les branches et les fruits^

Quand nous aurons rappelé les analogies que nous avons cru saisir entre la partie inférieure du chapiteau de Persépolis et la tête du palmier, le compte sera fait, et il n'est pas long, des motifs que les créateurs de l'architecture royale des Achéménides ont tirés du monde des végétaux. Leur faune n'est d'ailleurs pas plus variée que leur flore. Choix des types, qui sont en petit nombre, et mode d'interprétation, tout ici rappelle l'art de ces empires dont héritait la monarchie perse. Le sculpteur, quand il avait à représenter un être réel, ne parait guère s'être inspiré directement de la nature, et il ne s'est pas mis en frais d'imagination lorsqu'il voulait introduire dans son décor quelqu'un de ces êtres factices qui réunissent les attributs d'espèces différentes. Les deux animaux que l'on aperçoit le plus souvent à Persépolis, c'est le lion et le taureau ; or on sait quelle figure l'un et l'autre font en Ghaldée, en Assyrie, en Phénicie et en Asie Mineure, aussi bien dans l'ornementation des édifices que dans celle des étoffes, des meubles, des armes et des bijoux. Le lion parait ici dans les mêmes attitudes et engagé dans les mêmes groupes. Tantôt on le voit tendant le col au glaive du héros qui le terrasse (fîg. 332)*; tantôt il égorge le taureau qui se débat en vain sous l'étreinte de ses redoutables

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