‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 272 sur 412 · LES IDÉES DES PERSES SUR L'AUTRE ME. 5'M · texte numérisé non relu

LES IDÉES DES PERSES SUR L'AUTRE ME. 5'M

OU son châtiment, que convient-il d'en faire, quel ordre la loi religieuse donne-t-elle à ce sujet? Rien de plus formel que ses prescriptions; VAvesta interdit également les deux modes de sépulture que pratiquent et entre lesquels se partagent les autres peuples de lantiquité, l'incinération et l'inhumation ; il ne veut pas que l'on profane par le contact du cadavre ni le feu, qui est l'élément pur par excellence, le symbole même de la divinité, ni la terre, qui est la source de toute vie'. Pour épargner cette souillure aux éléments, ce seront les chiens et les oiseaux de proie qui seront chargés de faire disparaître, en les transformant, les chairs qui se décomposent. On sait comment les sectateurs du culte mazdéen s'y sont pris pour régulariser ce procédé d'élimination ; tous les voyageurs qui ont visité les contrées où subsistent encore des groupes de Parsis ont décrit les Dakhmas ou Toin^s du silence.

C'est là que, loin des regards humains, sur quelque colline dont se détournent les passants, corbeaux et vautours, prompts à s'abattre dans l'intérieur du monument dès qu'ils ont vu arriver un convoi, se livrent à leur funèbre travail. Au milieu de l'enceinte, il y a un puits dont les parois sont dallées, comme est pavé tout le terrain de l'enclos ou sont couchés les morts. Au moyen de ce revêtement, on est censé avoir isolé le cimetière; on se croit en droit de le considérer comme suspendu en l'air, comme ne touchant pas la terre sur laquelle il repose. Deux fois par an, les ossements, dépouillés et nettoyés par le bec des rapaces, sont précipités dans le trou béant. Lorsque le puits est comble, on abandonne l'édifice, et l'on en construit, à quelque distance, un tout semblable, qui servira à son tour pendant un plus ou moins grand nombre d'années, suivant que sera plus ou moins nombreuse la communauté dont les membres viendront lui demander un dernier asile -.

De telles croyances et les rites qu'elles ont suggérés n'étaient pas de nature à favoriser le développement de l'architecture funéraire. Supposez que, dès le temps des Achéménides,les règles que nous voyons posées dans l'Avesta eussent été déjà acceptées et appliquées dans toute l'étendue de l'Iran, nous n'aurions rien à dire aujourd'hui de la tombe perse; elle n'existerait pas. Si nous avons au contraire à l'élu-

1. Mettre le cadavre en contact avec le feu ou avec Teau est, pour les rédadeurs do TAvesta, un de ces péchés dont aucune expiation ne rachète (Vanjard, 1, 17, VIII, 74; Pargard, L 13).

2. De nombreux extraits des voyageurs qui ont décrit les rites funéraires des Parsis sont reproduits dans Hovelacque, VAvesta, Zoroastre et le mazdéisme (S'*, 1880, Maisonneuve), pp. 469-480. Voir aussi V Introduction de Darmesteter à la traduction du Vendidâd, p. SOI, note .S.

dier dans deux ou trois types différents, c'est que, pendant le cours de cette période, ces doctrines et les prescriptions qui en découlent n'avaient pas encore conquis cet empire absolu sur les esprits qu'elles prirent plus tard sous les Sassanides; elles n'étaient encore observées dans toute leur rigueur que par les prêtres, par ce clergé des Mages qui se recrutait en Médie*; les laïques, comme nous dirions, en prenaient plus à leur aise. C'est ce dont nous étions avertis par les historiens grecs, et leur témoignage est confirmé par celui des monuments.

Hérodote raconte que les Perses, lors de l'expédition de Cambyse en Egypte, s'indignaient de le voir livrer aux flammes le corps d'Amasis. « En effet, dit-il, les Perses regardent le feu comme un dieu, et il n'est pas plus permis par leurs lois que par celles des Egyptiens de brûler les morts. Cela est défendu chez les Perses parce qu'un dieu ne doit pas, selon eux, se nourrir du cadavre d'un homme^ » Pas un bûcher ne s'allumait donc en Médie ni en Perse; mais il semble que, surtout dans cette dernière contrée, la pratique de l'inhumation fût encore assez générale. Après avoir relevé différents traits de mœurs qui distinguent les Perses, Hérodote conclut en ces termes : « Voilà ce que je puis dire des Perses pour le savoir de source certaine ; mais pour ce qui est de leur manière d'ensevelir les morts, voici ce que l'on raconte comme un secret et ce qui pour moi présente quelque incertitude : le cadavre d'un Perse, dit-on, n'est pas enseveli avant d'avoir été déchiré par les oiseaux de proie ou les chiens. Pour ce qui est des Mages, je sais, de source certaine, qu'ils agissent ainsi; ils le font ouvertement. En tous cas, c'est après avoir couvert de cire le cadavre que les Perses l'enfouissent dans la terrée » Le passage est curieux, et nous avons tenu à le citer tout entier; on y sent quels efforts l'historien s'imposait pour obtenir des renseignements exacts et pour ne rien dire qui ne fût vrai; on y devine, à travers ces hésitations, parmi ces assertions qui semblent contradictoires, quel était alors l'état des usages funéraires chez ce peuple qu'Hérodote essayait de faire connaître aux Grecs. Les Mages, en suivant de conséquence en conséquence les idées que comporte le développement logique du dualisme, en étaient déjà arrivés à proclamer que la terre, cette bienfaitrice de l'homme et cette collaboratrice d'Ahura Mazda, devait, elle aussi, être préservée

i. Darmesteter, Introduction, p. xlv.

2. Hérodote, III, 16. Ctésias (fr. 57 de Texlrait fait par Pholius) el Strabo.n (XV, m, 14) attestent aussi que brûler un cadavre était un crime puni de mort.

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