TOME V
antérieures à Tépoque partlie*. Enfin, il ne paraît pas être jamais arrivé que la charrue ou la pioche du paysan aient mis au jour, comme c'est si souvent le cas en Grèce ou en Italie, une de ces séries de fosses où dorment, couchés dans leur dernier lit, les hommes d'autrefois, et cependant la population ne s'est jamais déplacée; les parties du plateau qui sont encore aujourd'hui habitées et cultivées doivent cet avantage à des canaux creusés il y a trente siècles et plus, par les premiers émigrants de race arienne qui se soient établis dans cette région.
11 n'y a donc pas, en Perse, de cimetières antiques; mais on y connaît des tombes isolées, dont plusieurs méritent d'être comptées parmi les monuments les plus importants et les plus curieux du premier empire perse. Trois d'entre elles sont des édifices construits avec les mêmes matériaux et dans le même appareil que les soubassements des palais et que les autels du feu; sept autres sont des hypogées, que l'on a les plus sérieuses raisons d'attribuer tous à ces rois Achéméuides dont l'un a gravé sur une de ces façades rupestres son nom et l'histoire glorieuse de son règne; enfin quelques caveaux, que les voyageurs ont remarqués sur divers points de ce vaste territoire, peuvent passer pour de modestes imitations des sépulcres royaux.
Si ces sépultures, bâties ou creusées dans un mur de roc, sont en si petit nombre, ce n'est certes pas que ce genre de travaux ait dépassé les moyens de l'ouvrier perse ; par les échantillons que nous avons donnés de ses bâtiments, de ses colonnes et de ses chapiteaux, on a pu juger de l'habileté avec laquelle il travaillait et il appareillait la pierre de taille; quant à la roche vive, on voit par l'inscription et par les sculptures de Béhistoun comme par les façades des tombes persépolitaines avec quelle hardiesse et quelle patience son ciseau a su l'attaquer pour la charger de transmettre à la postérité l'image de ses princes et le récit de leurs hauts faits. Si les sépultures bâties ou souterraines sont donc ici très rares, si l'on n'a pas découvert et si l'on ne peut guère espérer découvrir en Perse de ces nécropoles qui gardent dans leurs retraites longtemps inviolées tout le matériel d'une civilisation disparue, ce n'est pas à l'impuissance de l'artisan qu'il faut s'en prendre de cette lacune; il y a là un naturel effet de ces croyances dont nous avons indiqué le caractère. L'inhumation, sous les Achéménides, n'était pas encore regardée comme un acte impie et sacrilège, puisque les rois et peut-être, à leur exemple, quelques satrapes se préparaient,
1. DiEL'LAFuY, Denxi«'*m<' rapporl, Revue ai'vhéoloniqne, 1886, l. Vlll, pp. 2"o-276.
de leur vivant, des tombes qu'ils dressaient dans le voisinage de leurs palais; mais s'ils agissaient ainsi, c'était surtout à l'imitation de l'étranger; ils voulaient, eux aussi, parler à l'imagination et l'étonner par le déploiement de ce luxe funéraire. Quantaux simples particuliers, ils n'avaient pas les mêmes raisons de ne point accepter des pratiques qui rentraient si bien dans l'esprit de la religion qu'ils professaient. Beaucoup d'entre eux, c'est ce qui semble résulter du texte d'Hérodote, suivaient l'exemple de ces Mages qui, chargés d'oflFrir le sacrifice, étaient ainsi les intermédiaires attitrés entre eux et la divinité : ils donnaient leurs corps à dévorer aux chiens et aux oiseaux rapaces. Si d'autres continuaient à les ensevelir, ils le faisaient sans appareil : les cadavres étaient enterrés revêtus de cette enveloppe protectrice qui devait tout au moins atténuer l'injure faite à l'élément nourricier. Dans de telles conditions, il suffisait d'une simple fosse, creusée comme à la dérobée, le plus loin possible des habitations et des cultures.
Étant données ces tendances, la Perse n'a point eu, elle ne pouvait avoir son architecture funéraire privée; on ne sera donc pas surpris que la tombe n'y ait pas fourni son contingent ordinaire à la restitution de l'art national et de l'industrie qui s'en inspire. Pour être l'œuvre presque exclusive de la royauté, les quelques tombeaux sur lesquels portera notre étude n'en resteront pas moins d'un haut intérêt; on y retrouvera, comme dans les palais, ce mélange d'imitation directe et d'intelligente adaptation à des usages et à des besoins spéciaux qui fait le caractère propre et l'originalité de toutes les créations de l'art perse.
§ 2. — LA TOMBE CONSTRriTE.
Tous les explorateurs, ceux qui croient reconnaître Pasargade dans les ruines signalées près de Méched-i-Mourgab aussi bien que ceux qui sont d'un autre avis, s'accordent à regarder la ville dont les débris couvrent là le sol comme antérieure à Persépolis (fig. 374). On ne lit pas ici, sur la pierre, d'autre nom que celui de Cyrus, tandis qu'à Persépolis il n'est plus question du fondateur de l'empire et que ce sont les noms de Darius, de Xerxès et de ses successeurs qui s'étalent partout, gravés le long des escaliers et près du seuil des palais. Les édifices qui dominent la plaine de Mervdacht paraissent d'ailleurs avoir été plus vastes et plus richement décorés. L'art perse y dit son dernier mot,
cet art qui, dans la haute vallée du Polvar, ne sait pas encore parer d'élégantes cannelures la colonne de pierre. Les inscriptions, Tordonnance et le style même des bâtiments, tout concourt donc à rendre très vraisemblable Thypothèse depuis longtemps émise que les restes voisins de Méched-i-Mourgab seraient ceux d'une ville et d'un groupe d'édifices royaux construits par Cyrus et Cambyse; c'est là, au cœur de la Perse proprement dite, dans une plaine étroite que couvrent de