‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 282 sur 412 · L'expression est de Ker Porter · texte numérisé non relu

L'expression est de Ker Porter

Si l'on admet comme très probable Tidentité du tombeau de Cyrus et du Gabré, la question du véritable emplacement de Pasargade est tranchée, sans que Ton ait à s'engager dans cette discussion géographique qui ne peut guère aboutir à des résultats certains. La carte de celte région est encore très mal connue ; on ne saurait d'ailleurs rien tirer, tant ils restent secs et vagues, des renseignements que donne Arrien sur la marche qui conduisit Alexandre de la Carmanie, où il était arrivé par la Gédrosie, jusqu'au cœur de la Perse, à Pasargade et à Persépolis. M. Dieulafoy, qui a vu le pays, a bien senti que la haute vallée du Polvar offrait à Cyrus, préoccupé d'une révolte possible des Mèdes, qui hier encore étaient les maîtres de l'Iran, le mieux choisi de tous les sites pour y bâtir une ville forte qui, placée à la tête des défilés où le fleuve s'engage en aval, couvrirait la Perse contre une attaque venue du nord *. Il finit donc par admettre que cette ville, représentée par les ruines qui couvrent la plaine de Méched-i-Mourgab, serait l'une des deux cités qui portaient le nom de Pasargade ; mais il accuse Strabon d'avoir confondu la ville fondée par Cyrus dans l'endroit où il avait vaincu Astyage et celle où s'éleva plus tard le tombeau du conquérant*. A première vue, il parait pourtant assez naturel que le fondateur de la monarchie perse ait eu son monument durable là même où, par un coup de génie, il avait remporté la victoire qui eut de si belles conséquences. M. Dieulafoy croit retrouver h Méched-i-Mourgab les sépultures de Mandane, la mère de Cyrus, et de son père, Cambyse; pourquoi aurait-on séparé le fils de ses parents? La plaine de Mervdacht possède toutes les tombes des princes qui composent ce que Ton peut appeler la seconde dynastie achéménide, celle qui commence avec Darius fils d'Hystaspe; n'est-il pas vraisemblable que les tombes des rois de la première dynastie, de Cyrus et des personnages qui tenaient à lui par le sang, étaient de même réunies près de cette première capitale que Persépolis supplanta après l'avènement de Darius ?

C est une de ces tombes d'un membre de la famille de Cyrus qu'il convient de chercher dans l'édifice ruiné qui se dresse à peu de dislance du Gabré (fig. 378). Tout mutilé qu'il soit, il représente, à Pasargade, une autre forme de la tombe construite, un type que nous connaîtrions mal, si nous ne trouvions à l'étudier que là. Par bonheur, il existe à Nakch-i-Roustem, où elle est d'une conservation merveilleuse, une réplique de ce modèle (fig. 301 et 384). « Les plans des deux édifices,

i. DiEL'LAi'uY, VAH antique de In fersc, I, pp. 25-27. 2. Strabon, XV, iri, 8.

les élévations, les détails d'architecture, sont presque superposables ; la description de Tun d'eux s'appliquera donc au second*. »

L'un et l'autre monuments, construits en belle pierre de taille, ont

378. — Pasargade. Tour funéraire. Texier, Description, pi. LXXXV.

la forme d'une tour carrée qui a environ sept mètres de côté, avec une hauteur d'une douzaine de mètres ^ Des piliers saillants renforcent les

i. DiEULAFOY, CAvt antique de la Perse ^ I, p. i4.

2. Voici les dimensions exactes données par Coste. Tour de Pasargade : largeur, 7™, 10; longueur, 7™, 40; hauteur, 12^,88. Tour de Nakch-i-Roustem, 7", 29 sur tous les côtés;

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angles de la construction. Le couronnement est constitué par un ornement denticulé qui forme corniche (fîg. 379). Les baies que l'on aperçoit sur une des faces latérales de la tour de Nakch-i-Roustem, dans la vue perspective que nous en avons donnée (fîg. 301), sont des baies simulées, qui ne traversent pas le mur, lequel a plus de 2 mètres d'épaisseur. Avec leur double encadrement et leur accoudoir, elles ne jouent qu'un rôle décoratif. Tout le bas de la tour est plein , tandis que la partie supérieure est occupée par une chambre dont le dallage est à 5"^, 10 au-dessus du sol de la plaine et qui ne prenait de jour que par la porte. Cette pièce, dont les parois n'ont reçu aucun ornement, a 3", 77 sur chacun de ses côtés; on y arrivait autrefois par un escalier extérieur dont les fondations et les arrachements sont encore visibles ; cet escalier est restauré dans les deux figures, une coupe et une vue de l'entrée, que nous empruntons à M. Dieulafoy (fîg.

380, 381). La restitution qu'il présente est fondée sur une observation qu'il paraît avoir été le premier à faire : à Nakchi'Roustenij dans l'épaisseur de la dalle qui forme le seuil, sont ménagées deux glissières parallèles disposées suivant un plan incliné de manière à faciliter l'entrée d'un objet très lourd dans le petit édifice (fig. 380). Ce fardeau à introduire, ce ne pouvait être qu'un cercueil; la coupe ci-jointe représente cette opération (fig. 381). Celle-ci terminée, la baie se refermait au moyen de vantaux en pierre qui ont laissé leur trace dans une rainure longitudinale qui servait à emmancher dans les crapaudines les tourillons auxquels tenaient les battants*.

hauteur, ^",60. Une troisième tour, qui parait à peu près pareille aux deux que nous décrivons, est figurée dans Stolze, PersépoUSy pi. i47; à en .jufj;er par la photof?raphie, oUe est d'une construction moins soignée; mais la hauteur et la disposition semblent être les mômes. Ce monument, sur lequel on ne nous donne aucun détail, se trouve à deux heures de marche vei-s l'ouest de Ndrdbdd, au pied du Ruh-i-pir-i-mard.

\. DiKULAFoY, VArt antique^ UI, p. 2, note 2. Ker Porter avait déjà remarqué cette rainure {TraveLs, t. I, p. .)6).

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