Histoire de VArt, l. V, ch. v
t>3!2 LA PERSE.
Par les parlis qu'avaient pris l'architecte et le sculpteur, interprètes de la pensée royale, cette création avait quelque chose de très particulier et de très original; c'était bien le palais perse que représentait, c'était le culte national que mettait en scène ce décor si patiemment taillé dans la roche vive ; mais comment est venue au second fondateur de la monarchie perse la fantaisie de substituer la tombe creusée dans le flanc de la montagne à la tombe construite, à celle de Pasargade? Pourquoi s'est-il écarté ainsi de l'exemple que lui avait donné Cyrus, son illustre prédécesseur? On a supposé, et la conjecture est très vraisemblable, que la pensée première de cette innovation a été suggérée à Darius par les souvenirs que lui avait laissés son voyage en Egypte où il servait sous Cambyse*; avec ce prince, il avait sans doute visité, à Thèbes, la Vallée des Rois et ses tombeaux, une des curiosités que de bonne heure on montra aux étrangers ; mais ce ne fut pas là qu'il chercha ses modèles. Dans la nécropole coyale de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie, la façade n'avait point d'importance ; tout le luxe du ciseau et de la brosse était réservé pour l'intérieur du monument, et l'entrée de la syringe était obstruée, après l'achèvement des travaux, par un éboulis de rocs, qui devait la cacher à tous les yeux*. Ces précautions avaient pour objet de défendre contre toute atteinte la momie, que les Égyptiens avaient si fort à cœur de conserver éternellement intacte. On ne saurait s'étonner que les Perses aient été moins préoccupés d'obtenir à tout prix ce résultat; ne voyaient-ils pas tous les jours les mages livrer à la dent des carnassiers les cadavres de leurs proches? Il leur était indifférent que l'entrée du caveau fût apparente et que celui-ci fût très simple et très peu profond, pourvu que la façade donnât une haute idée de la majesté de ces princes dont elle perpétuait l'image et la mémoire; il fallait que, même couchés dans le sépulcre, les nouveaux maîtres du monde oriental ne parussent pas inférieurs à ces Pharaons légendaires dont ils avaient admiré en Egypte les effigies partout répandues et dont ils avaient entendu raconter, par les prêtres de Memphis, les exploits et les conquêtes. Parmi tous les types d'architecture funéraire que l'Egypte offrait aux regards, s'il en était un qui répondît aux données de ce programme, et qui parût propre à fournir les premiers éléments d'une sépulture royale ainsi conçue, c'était celui dont les plus beaux exemplaires se trouvent aujourd'hui à Beni-Hassan, dans ces hypogées dont Darius, lorsqu'il remontait le Nil,
i. HÉRODOTE, m, i30.
2. Uiiitoire dr l'Art, 1. 1, p. 284, Vin. 178, 179, 180, 182.
avait vu les colonnes massives se détacher sur rombre noire des porches, parmi les rouges escarpements de la chaîne qui borde le fleuve*. Mettez au-dessus d*un de ces portiques un de ces tableaux comme le sculpteur thébain en a tant ciselé sur les pylônes de ses temples; joignez-y une inscription historique analogue à ces longues suites d'hiéroglyphes qui expliquent le sens des bas-reliefs, et, à la différence près du thème et de l'écriture, vous aurez les tombes royales de la Perse.
Pourquoi n'y a-t-il d'inscription que sur la tombe de Darius? Pourquoi ses héritiers, qui continuaient à graver leur nom etlcur généalogie sur les édifices qu'ils bâtissaient dans le voisinage, n'ont-ils pas fait parler aussi la pierre de leurs sépulcres? S'étaient-ils contentés d'une stèle de bronze ou d'une plaque d'émail qui, ne faisant pas corps avec la roche, aura disparu aussitôt la dynastie renversée? On l'ignore; mais il paraît raisonnable de supposer que les trois autres tombes de Nakch-i-Roustem, exactes copies de la plus ancienne, sauf qu'elles sont anépigraphes, remontent aux successeurs immédiats de Darius. Quant à la tombe en forme de tour, ce pourrait être celle de quelque personnage qui, sans avoir régné sur la Perse, tenait de près à la famille royale, d'Hysdaspc par exemple, que son fils aurait enseveli dans un monument semblable à celui qui avait reçu, à Pasargade, la dépouille du père de Cyrus,
Après qu'eurent été exécutés les quatre hypogées, il restait encore, dans la falaise, la place de plusieurs autres ouvrages du môme genre; ce n'est donc pas faute d'espace que d'autres souverains s'attaquèrent à la montagne même qui dominait leur palais. Trois autres tombes ont été taillées dans le massif auquel s'appuie la terrasse de Persépolis. L'une d'elles n'est qu'ébauchée* ; il suffira de considérer les deux autres (n*^ 10 et 11 du plan, fig. 290). La façade y reproduit le môme type et y a sensiblement les mêmes proportions qu'à Nakch-i-Roustem (fig. 391); mais la décoration y est plus compliquée. C'est là seulement que l'on voit paraître les rosaces dans le chambranle des portes et, dans l'entablement, les frises de lions passants (fig. 338 et 350) ^ Enfin, la falaise n'offre pas ici la même coupe verticale que sur l'autre rive du Polvar, et par suite les tombes, en avant desquelles de larges