‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 3 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

10 LA PHRYGIt:.

reporté vers la fin du huitième siècle, et, justement, par t

contre qui fournit en quelque sorte la preuve de Topération,

même résultat que Ton arrive quand on dégage et que Ton rs

les quelques données historiques qui se trouvent mêlées au

tissu de ces contes où s'esljouée, à propos de Midas et de la Fin

riche et capricieuse imagination du drame satirique athéniei

par exemple, une indication qu'Hérodote jette dans son r

événements qui firent passer le trône de Lydie des Héracli<

Mermnades. Le fondateur de la nouvelle dynastie, Gygèî

d'abord vu son autorité contestée par les partisans de Fai

famille ; puis un oracle rendu par la Pythie de Delphes l'ayant

désarmer ses adversaires, Gygès fit présent à l'Apollon Delpl

riches offrandes, d'objets d'or et d argent que l'historien déci

quelque détail, puis il ajoute : « Gygès fut, à notre connaissance,

mier des barbares qui ait envoyé des offrandes à Delphes, le p

du moins après Midas, fils de Gordios, roi de Phrygie. En effet I^

avait consacré son trône royal, celui sur lequel il siégeait pour

la justice, trône qui était très digne d'être vu, et ce trône estexj

même où sont les cratères de Gygès »*, c'est-à-dire dans le très

Corinthiens. Si, comme on le croit, Gygès a régné de 687 à 653

vers 700, au plus tôt, qu'il convient de placer le règne de Midas*.

cette date, l'influence de la civilisation grecque n'avait pas e

pénétré dans l'intérieur de la péninsule: on n'y avait pas c

entendu parler de ce sanctuaire qui joua dans le monde helléi

avant les progrès de la philosophie et du scepticisme, un rôle analo

celui que la papauté a rempli dans l'Europe du moyen âge. Le me

où la prospérité de l'ionie et sa puissance d'expansion atteignen

apogée, c'est la seconde moitié du huitième et la première moif

septième siècle. L'ionie avait déjà produit l'incomparable mervei

l'épopée; avec Archiloque, elle crée la poésie lyrique. Dans k

maine de l'art, elle commence à tailler le marbre de Paros ; des fo

complexes et sans rapports définis que leur offrait la décoration

tique, ses architectes s'essayent à tirer les éléments de leur coli

et de leur entablement; ils sont à la recherche des proportions el

!. Hérodote, I, 14.

2. Ces dates de 687 et 6.')3 sont celles que fixe, d'après les documents assyi Gelzer, l'auteur d'un récent travail, très étudié, qui a pour titre : Das Zdlaltcr des i [Rheinisches Mumm, N. F. t. XXX, p. 231-268 et t. XXXV, p. 5U-528). C'est dans le mier de ces deux articles qu'il étudie la chronologie de la dynastie des Mermnades.

lignes dont Fheureux choix fera la fortune de ce type noble et charmant auquel leur nom restera toujours attaché. A ce déploiement d activité féconde et de génie inventif correspond un hardi mouvement d'expansion; les cités ioniennes poussent leurs vaisseaux et répandent leurs comptoirs des bouches du Phase et du Borysthène à celles du Nil, elMiiel devient, avec Tyr, le plus grand entrepôt du bassin oriental de la Méditerranée. Les villes doriennes de la Carie, les éoliennes de là Mysie s'associent, quoique avec un moindre élan, à l'effort et aux succès de cette production variée, aux risques et aux bénéfices de ces entreprises commerciales. Bâties sur la côte, là où celle-ci, avec ses conlours sinueux, offre aux navires un abri favorable, la plupart de ces cités n'ont autour de leurs murs qu'une banUeuc plus ou moins étroite; leur population n'est pas assez nombreuse pour qu'elles entreprennent de s'étendre dans l'intérieur du continent, où elles se serai <înt heurtées à des tribus belliqueuses, aux Cariens et aux Lydiens, uu\ Phrygiens et aux Mysiens. Tous ces peuples, maîtres des hauteurs qui séparent les unes des autres et dominent les basses vallées du Caystre, de THermos, du Caïcos et du Méandre, l'étaient par là môme des plaines fertiles que ces fleuves arrosent dans la partie inférieure de leur cours. C'était donc surtout du côté de la mer que s'échappaient et que se donnaient libre carrière le* habitants des villes du littoral ; mais il leur fallait tirer des territoires limitrophes et souvent faire venir de très loin la majeure partie des denrées qu'ils consommaient et de ^es marchandises variées qui faisaient la matière de leurs échanges. I^our se nourrir et pour alimenter leur trafic, ils étaient donc obHgés (l'avoir des amis ou, comme on dirait aujourd'hui, des correspondants (lans les districts où ils ne pouvaient pénétrer et s'établir en conquérants. C'est ainsi que des relations personnelles, relations d'affaires et de mutuelle hospitalité, 5*établirent entre les chefs des grandes maisons achéennes et les princes des moins barbares parmi les peuples du haut pays; ces liaisons furent môme parfois cimentées par des alliances matrimoniales.

Au septième et au sixième siècle, les rois de Lydie et leurs proches parents prennent volontiers leurs femmes dans les familles de l'aristocratie ionienne ou y font entrer leurs filles; plus tôt, avant que la puissance lydienne, en se développant, se fut interposée entre les villes maritimes et les populations fixées sur le plateau central, ces Codrides et ces Néléides qui détinrent longtemps le pouvoir dans les colonies grecques eurent des rapports du même genre avec

les souverains de l'Étal que devait plus tard détruire et abs< Lydie.

Au septième siècle, un roi de Phrygie épousait la fille d'Aj non, roi de la ville éolienne de Kymé, Hermodiké, dont la et la beauté étaient restées célèbres*.

Dans une anecdote que Plutarque a empruntée à quelque historien, on voit figurer à Milet, comme le plus puissant nobles qui prétendaient tirer leur origine de Nélée, un certain gios *; or, à lui seul, ce nom suffit à témoigner de l'enteni diale qui régnait entre les souverains de la Phrygie et les | ioniens dont les ancêtres jouent les premiers rôles dans V homérique ^ Les noms de Gordios et de Midas ne sont pai nonces chez Homère, soit que le poète n'ait pas eu l'occasion mentionner, soit plutôt que cette dynastie ait commencé de seulement après le temps où les aèdes ont réuni les matériai ont pris dans ï Iliade leur dernière forme; c'est même là ur meilleures raisons que Ton puisse invoquer pour rajeunir la sation phrygienne. Si les chantres épiques avaient été contemp de ces rois, tout au moins trouverions-nous, dans l'un ou l'aut poèmes, quelque allusion à cette fabuleuse richesse que, grâce au tige de l'éloignement, l'imagination grecque prêtait aux souverai la Phrygie; Midas, ce Midas qui change en or tout ce qu'il te paraît avoir été pour les Ioniens, avant Crésus, le type du mon qui puise sans compter dans un trésor inépuisable. L Iliade ment bien, à plusieurs reprises, les Phrygiens comme alliés de Priam place certaines de leurs tribus dans l'Ascanie, dans ce que appela plus tard la Phrygie hellespontique*; elle en connaît d'à

1. HéRACLiDE DE PoNT, ^spi jîoXiTsiwv (dans Fragmenta historié, graec. de Mulleb p. 216). PoLLUx (ÏX, 83) appelle cette môme femme Démodiké. Il doit s'agir du d des rois qui portaient le nom de Midas, car on attribuait à cette femme l'inlroducl la monnaie à Cumes.

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