TOME V
situé sur une hauteur, à une heure de la ville de Gour, près d'une source fort curieuse, où se célébrait tous les ans une fête ». Or la ruine
407. — Firouz-Abad. Vue d'une tour ruinée. Flandin et Coste, Perse ancienne^ pi. XXXV.
en question s'élève au centre de la plaine, entre deux bras de la rivière, là môme où ont dû s'étendre autrefois les marais qu'Ardéchir a suppri-
mes, et, dans tout ce canton, il n'y a pas d'autre source que celle qui jaillit à cinq kilomètres de là vers le nord-est, devant le palais \ 11 faudrait donc chercher remplacement du temple vu par Maçoudi sur un des éperons de la montagne qui avoisinent et dominent le palais*. Quant à la ruine dont nous avons reproduit Timage, ne serait-ce pas la tour élevée qu'Ardéchir avait fait bâtir au milieu de la ville? Tabari dit que c'était une forteresse qu'on appelait terbâl, tour. Maçoudi la mentionne également; mais il ajoute qu'elle avait été détruite par les musulmans. C'était peut-être une tour de guet; après la conquête, les escaliers extérieurs qui servaient à en atteindre la plate-forme et les ouvrages défensifs qui l'entouraient ayant été renversés par les conquérants, ce ne fut plus qu'un débris, dont l'état justifiait l'expression employée par l'historien.
Nous craignons donc qu'il ne faille renoncer à l'illusion de posséder un temple bâti par un prince sassanide; tout ce que nous savons, c'est que la flamme sacrée montait partout vers le ciel dans toute l'étendue du second empire perse, comme jadis dans celle du premier. L'autel du feu est fréquemment représenté sur les monnaies royales de ces princes ; il y a pris des formes moins simples et plus maigres que celles qu'il avait dans ^antiquité^ Quant aux édifices qui lui servaient de base et de cadre, on en ignore la disposition.
Depuis que l'islamisme a triomphé du mazdéisme, et que les derniers sectateurs de Zoroastre, chassés de leur patrie, ont dû se faire humbles et discrets pour être au moins tolérés quelque part, il a fallu que Yatech-gah se rapetissât et redescendît presque au niveau du sol, qu'il se cachât dans une cour sévèrement fermée devant les pas et les yeux de quiconque n'est pas un fidèle; mais sa flamme ne s'est pas éteinte. Il y a quelque chose qui frappe l'imagination et qui l'émeut d'un respect involontaire dans l'étonnante longévité, dans la persistance de ce culte dont les rites se célèbrent tels que les ont vus s'accomplir les Déjocès et les Cyaxare, les Cyrus et les Darius. Cette émotion, un voyageur l'a vivement rendue dans une page qui forme la conclusion naturelle de cette étude ^ : « Mes recherches dans les hypogées de Persépolis furent troublées, raconte Flandin, par un incident qui mérite d'être
1. Voir la carie de la plaine (Flandin et Coste, Ver$e ancienne^ p. 34).
2. Il y aurait lieu d'examiner, à ce point de vue, la ruine, connue sous le nom de Kaleh-doukhtdr (le château de la fille), que Coste indique, au-dessus de la gorge du Khùunaifigan, sous cette rubrique : forteresse ruinée.