Flandin, Relation, t. II, p
raconté. J'aperçus, gravissant le sentier qui y conduisait, deux individus dont le costume me parut de loin différent de celui des Persans ; c'étaient deux vieillards de petite taille, mais robustes et à l'œil vif.,.. Aux questions que je leur fis, ils répondirent qu'ils étaient des marchands de Yezd, où ils se rendaient après avoir parcouru le nofd de la Perse; ils ajoutèrent que, comme presque tous les habitants de Yezd, ils étaient de religion guèbre; ignicoles, comme Djemchid, le grand roi qui avait élevé les palais de Persépolis, ils n'avaient pas voulu passer près de ces ruines sans y faire une pieuse visite. A peine avaient-ils achevé, qu'ils se mirent à ramasser du menu bois et des herbes sèches, en formèrent une espèce de petit bûcher sur le bord de l'escarpement du roc où nous nous trouvions, et l'allumèrent en murmurant des prières en une langue que je n'avais pas encore entendu parler dans ces contrées. Ce devait être du zend, la langue de Zoroastre et de l'Avesta, une langue qui diffère à peine de celle dont les caractères sont gravés sur les murs de Persépolis. « Pendant que ces deux Guèbres priaient devant leur feu, je levai les yeux sur le bas-relief supérieur de la façade du caveau funéraire devant lequel nous étions. La scène qui s'y trouvait figurée était toute semblable h celle dont j'étais le témoin. Ce culte avait donc encore, après un si long temps, des adeptes dont la foi s'était conservée malgré les persécutions des sectateurs de Mahomet et d'Ali. Les deux Guèbres étaient partis; mais le petit bûcher brûlait encore. Je me sentis sous l'empire d'une impression vraiment religieuse, en me retrouvant seul à côté de ces cendres invoquées qui avaient reçu l'hommage des deux vieillards prosternés devant elles; la fumée du sacrifice s'élevait lentement, en colonne bleuâtre, au-dessus des rochers sauvages qui dominent la plaine silencieuse, couverte de ruines au milieu desquelles étaient encore les débris des antiques autels du feu. »