‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 302 sur 412 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

En Perse, comme en Assyrie, c'est sur Thabitation du souverain qu'a porté le principal effort du constructeur. Les croyances religieuses, qui déconseillaient Finhumation, n'avaient pas favorisé le développement de l'architecture funéraire, et ce culte à tendances monothéistes, qui d'abord n'avait pas eu d'autres sanctuaires que les cimes nues des grands monts, en était toujours resté, alors même qu'il disposait des ressources d'un puissant empire, à la forme élémentaire et primitive du temple, à l'autel monté sur un socle plus ou moins haut, qui se dressait sur une esplanade à ciel ouvert. Cette simplicité, cette uniformité étaient bien dans l'esprit du culte mazdéen et en rapport avec le caractère de ses rites. En vertu du même principe, le palais ne pouvait manquer de prendre une grande importance dans une société où le monarque jouait un si grand rôle. Il semblait qu'aucun bâtiment ne pût jamais être assez vaste et assez beau pour servir de domicile à la majesté du prince, pour lui fournir des cadres qui rehaussassent l'éclat de ses pompes et qui la fissent valoir dans tous les aspects sous lesquels il lui plaisait de se montrer.

C'est donc surtout pour le palais que l'architecte s'est mis en frais d*invention. Il avait partout répété, presque sans aucun changement, le même type de tombe et le même type de temple. Au contraire, quand il a eu à loger ses princes et à mettre en scène la royauté, il a su varier son thème de manière à en tirer plusieurs types secondaires, dont chacun a sa disposition particulière et sa physionomie originale. C'est que les occasions ne lui manquaient pas de s'exercer, de se corriger, de se renouveler en essayant les unes après les autres toutes les combinaisons possibles, toutes celles du moins que permettaient la nature des maté-

riaux et le choix des emplacements. D'une part, la vie royale était très compliquée ; les édifices où elle était appelée à se dérouler devaient pourvoir aux nécessités de services très divers; il fallait y trouver assez d*espace pour placer le roi, sa famille et son harem dans des conditions d'ampleur et de richesse qui se prêtassent à ces raffinements de volupté dont les Perses, jadis si sobres et de mœurs si rudes, ne surent plus se passer, quand ils eurent fait avec Cyrus la conquête de l'Asie* ; autour du maître, il fallait grouper, dans un ordre que déterminaient la tradition et l'étiquette de la cour, tout un peuple d'officiers, de gardes et de serviteurs; enfin, auprès des appartements privés, il fallait construire et décorer de vastes pièces destinées à la célébration des cérémonies publiques, des fêtes nationales. Suivant les lieux, ces résistances comportaient des distributions plus ou moins spacieuses, plus ou moins complètes. Ce n'était pas seulement dans des capitales comme Ecbatane, Persépolis et Suse, que les rois avaient des palais; ils en possédaient aussi dans des villes plus petites, où les amenaient à séjourner pendant quelques jours les voyages périodiques qu'ils faisaient dans leurs États '. Sans sortir de ceux-ci, ils pouvaient aisément fuir les températures extrêmes, qui auraient été pour eux une cause de gêne et de souffrance; il leur suffisait de mettre à profit les différences si marquées que présentait le relief du sol, depuis les plages marines et les plaines de la Mésopotamie jusqu'aux premières terrasses du plateau de l'Iran et au pied des hautes montagnes qui en dominent la partie septentrionale. Us se partagaient donc, pendant l'hiver, entre Babylone et Suse; c'était sans doute au printemps qu'ils allaient s'établir, pour quelques semaines, à Taocé, sur le golfe Persique, non loin de l'endroit où est aujourd'hui Bender-bouchir ; ils remontaient ensuite vers Ecbatane, où ils jouissaient, pendant tout l'été, de l'air vif des hauteurs, sous les beaux arbres qu'arrosent les eaux fraîches et limpides qui descendent à grand bruit des gorges de Démavend; pendant l'automne, ils habitaient Persépolis ^ Une sorte de maison de campagne, comme celle que les rois avaient sur la côte, ne pouvait offrir les mêmes dimensions que ce palais de Suse, où le grand roi tenait le plus souvent sa cour et recevait les ambassades étrangères; une demeure d'hiver, même à Suse ou à Babylone, devait différer à certains égards de la demeure d'été, être mieux close, plus garantie contre le froid et l'humi-

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