Athénée, XII
dite. Il y avait là un élément de diversité dont nous serions plus à même d'apprécier les effets si Tœuvre des architectes royaux était tout entière sous nos yeux ; mais nos observations ne portent que sur les édifices de Persépolis et sur un seul des bâtiments qui couronnaient le tertre de Suse.
Ce qui concourait encore à provoquer des tentatives qui tournaient au bénéfice de Tart, c'était ce caractère personnel et viager du palais que nous avons déjà signalé à propos des édifices royaux de TAssyrie *. Là, il nous avait été révélé par les bas-reliefs et par les inscriptions ; ici, les textes gravés sur les murs nous auraient bien permis de Ten^ trevoir; mais nous étions déjà avertis par un écrivain grec, par ce Polyclète, contemporain et historien d'Alexandre, qui parait avoir été très bien informé des clioses de la Perse. « A Suse, dit-il, sur le sommet du tertre, chaque roi se fait construire un bâtiment séparé, avec trésors et magasins de dépôt, bâtiment destiné à recevoir les tributs levés pendant son règne et qui doit rester comme un monument de son administration -. » Les fouilles n'ont pas encore été poussées assez loin, à Suse, pour que l'on puisse y chercher une confirmation de ce témoignage; mais il est bien d'accord avec l'étendue du terrain que couvrent les débris des anciennes constructions et avec l'épaisseur de la couche que forment leurs décombres. Quant à Persépolis, quatre princes y ont laissé des édifices signés, et il y a plusieurs ruines anonymes. Parmi tous ces bâtiments, il n'en est pas un qui soit pareil à l'un de ses voisins. Ceux qui paraissent avoir été des maisons d'habitation diffèrent les uns des autres par leur orientation ou par l'ensemble de leurs dispositions ; il y en a de plus ou moins grands. Leurs édifices colossaux étaient ce que nous appellerions des appartements de réception, des salles du trône ^; ils n'ont ni le même plan, ni les mêmes dimensions. Chaque prince avait le désir très naturel de donner à son œuvre un caractère qui lui fût propre, de faire mieux que ses prédécesseurs ou du moins de faire autre chose ; c'est par exception que parfois le souverain régnant se préoccupe de terminer ou même d'entretenir les bâtiments antérieurs. Plusieurs des palais de Persépolis semblent inachevés. A Suse, le superbe palais érigé par Darius fils d'Hystaspe était déjà
i. Histoire de VArt, t. U, pp. 122, 421.
2. Polyclète cité par Strabon, XV, m, 21. CVst par suite crune erreur de copiste que les manuscrits de Strabon portent là, au lieu du nom de Polyclète connu par d'autres citations, celui d'un Polycrite dont il n'est nulle part question. Les fragments de Polyclète ont été réunis par Ch. Muller (Scrip/ores rerum Alexamiri Mayni, p. 130-132).