Les colonnes des propylées
Dieulafoy, rArt antique, II, pi. XXII.
litude (planche III). Les quatre piliers en pierre de taille sont les piedsdroits de deux grandes portes, percées à travers deux corps de bâtiment dont la largeur est indiquée par les blocs qui restent apparents en arrière de la façade occidentale; quelques coups de pioche donnés à l'endroit correspondant, de l'autre côté, y découvriraient une substruction pareille. Dans cette assise, on reconnaît les fondements sur les-
quels, ici comme dans les autres édifices de la terrasse, reposait le massif de briques; on voit saillir, sur le flanc du pilier, plusieurs pierres d'attente, qui aidaient Targile à se marier au calcaire. Quant aux colonnes, ce n'étaient pas des colonnes isolées, comme celles qui, en avant des temples de la Phénicie et du temple de Jérusalem, remplaçaient les obélisques égyptiens*; l'étude des plans de l'architecture perse démontre que cet art a toujours assigné à la colonne le rôle de support. C'était bien la fonction qu'elle remplissait ici; elle soutenait un entablement qui reliait les deux pavillons, et ainsi se trouvait constitué un ensemble où l'élégance et la légèreté du portique central offraient un beau contraste avec la puissante ampleur des deux frontispices. Le caractère du monument est bien en rapport avec ce que l'on devine de sa destination. Celle-ci est indiquée tout à la fois par la place même qu'occupe l'édifice et par la singularité de ses dispositions. Il avait été érigé devant l'escalier, au bord de l'esplanade. Largement ouvert sur ses quatre faces, il ne peut avoir été ni une salle du trône ni un palais d'habitation; il n'a ni les dimensions ni les distributions intérieures que présentent les bâtiments dans lesquels le roi tenait sa cour ou vivait au milieu de ses femmes ^ Ce n'est qu'une entrée monumentale, quelque chose d'analogue à ces pylônes qui se dressent devant les temples de TÉgypte, et il est vraisemblable que nous avons ici, comme dans les tombes royales, un souvenir de l'architecture égyptienne, l'imitation habile et discrète d'un de ses thèmes favoris. On a pris l'idée; mais on l'a pliée aux habitudes et aux exigences d'un art qui, par un naturel eflfetde ses origines, affectionné des formes plus élancées et plus légères que celles où Ton se complaisait dans les constructions de la vallée du Nil. Nous n'emploierons donc pas ici le terme pylône^ qui évoquerait l'image d'un type assez différent de celui que nous avons restauré. Le mot qui parait le mieux convenir, c'est propylées; les Grecs l'ont appliqué à des édifices qui, comme celui-ci, se composaient d'un portique servant de passage et compris entre deux ailes massives»
Il est à peine besoin de justifier les partis que nous avons pris dans notre restauration. Elle donne aux ailes plus d'assiette et de hauteur que celle qui avait été proposée par Coste^ ; celui-ci n'avait pas compris qu'ici, comme dans tous les palais de l'enceinte, le chambranle de