I. Hifiloire de l\Art, t. V, p
miné, se prêtent à toutes les conjectures. C'est en vain que vous chercheriez, ici, sur les points où vous devriez les trouver d'après l'analogie des autres bâtiraenls persépolitains, quelques restes de ces hauts piliers de calcaire qui jouent ailleurs le rôle d'antes. Rien non plus, pas une assise, pas un linteau, pas un panneau sculpté, qui donne à croire qu'il y ait jamais eu là des portes, des niches ou des fenêtres appareillées en pierre de taille; aucune trace des substructions en grands matériaux qui formaient, entre ces édicules, le soubassement continu du mur de pierre. C'est ce que Ton constate sur tous les plans qui ont été levés de cette partie du plateau, comme sur toutes les vues que nous devons soit au crayon des anciens explorateurs, soit aux clichés photographiques des plus récents*.
On allègue que ces piliers, que ces chambranles ont pu disparaître, enlevés pierre à pierre par les habitants des villages voisins; mais
1. 11 y a parfait accord, sur ce point, entre les plans de Texier (pi. 93-94), de Coste (pi. 90) et celui de tous qui est certainement le plus minutieux, qui reproduit avec le plus de fidélité les moindres vestiges de constructions et les moindres accidents de terrain, le plan photogramtnétrique de Stolze, qui résume le résultat fourni, nous dit l'auteur, par plus de 300 clichés pris avec le théodolite photographique de A. Meydenbauer (pi. 148-1 oO). Sur les deux vues photographiques qui, dans le même recueil, représentent les ruines de la salle hypostyle (pi. 74, 7o), j'apei-çois nombre de bases et de fragments de fût, mais rien qui ressemble aux débris d'une porte ou d une fenôtre; il en est de même dans le panorama de M. Dieulafoy (VArt antique, II, pi. VIII-Xl). A ces témoignages je ne trouve à opposer que le carnet de voyage de M. Dieulafoy; d'après un croquis qu'il a bien voulu me communiquer, il y aurait, entre le quinconce et le portique de gauche, les restes d'une fenêtre, et ceux d'un mur entre ce même quinconce et le portique de droite. Nous nous bornerons à remarquer que, dans le chapitre qu'il a consacré aux édifices duTakht (l*Art antique, II, § 3), cet explorateur ne dit pas un mot de l'observation qu'il aurait faite, observation qui aurait eu pourtant une grande valeur, puisqu'elle était de nature à soulever une grave objection contre le parti que Coste avait pris pour la restitution de l'édifice. Qui plus est, ces indications du carnet ne sont pas reportées, au moins d'une manière exacte, sur le plan général du Takht {Ibid., pi. II). M. Dieulafoy y marque bien deux baies, mais c'est entre le quinconce et l'aile droite; entre l'aile gauche et le pavillon central, là où il aurait retrouvé une fenêtre, il n'indique rien de pareil. Ce silence, ce désaccord entre les données du croquis levé sur les lieux et celles du plan restauré sont de nature à faire croire que les vestiges notés par M. Dieulafoy étaient assez indistincts pour qu'il n'ait pas cru devoir en tenir grand compte; il nous permettra de n'y pas attacher plus d'importance qu'il ne l'a fait luimême lorsqu'il a décrit les ruines du Takht. Photographies et plans indiquent tous les substructions placées en arrière de l'aile antérieure; comment personne n'aurail-il m les restes d'une baie, analogue à celle des autres palais persépolitains, devant le portique oriental? M. Dieulafoy a pu être trompé par des apparences, attribuer à certaines traces, dans des notes prises à la hâte, un caractère qu'un examen plus attentif n'aurait pas permis de leur laisser; là où il a relevé ces traces, il y avait peut-être un podium, destiné à porter des figures ou un autel, quelque disposition dont le caractère nous échappe; ce qui est certain, c'est qu'il n'y a là ni substructions continues, ni édicules lapidaires.
comment expliquera-t-on que celte dévastation ait porté sur cet unique édifice, qu'elle ail épargné. lous les autres bAliments? Si les ruines de Persépolis avaient été mises ainsi en coupe réglée, ne trouverait-on pas aussi la trace de ces ravages dans les palais voisins ? Or le palais de Darius, qui touche à la salle hypostyle de Xerxès, a toutes ses antes et lous ses chambranles, et, à quelques pas plus loin, quarante de ces édicules sont encore rangés, tous debout et presque intacts, autour de la Salle aux cent colonnes. Dira-t-on que l'on a commencé par piller la salle hypostyle, parce qu'elle était plus rapprochée du bord de la terrasse? Mais, à ce compte, on aurait dû commencer par dépecer les Propylées qui louchent presque à l'escalier ; or, dans ceux-ci, on n a pas touché aux gros blocs qui formaient les jambages des portes. Qu'était-ce d'ailleurs, pour les pjiysans en quête de matériaux, qu'un peu plus de chemin à faire sur le plateau, qu'une dislance de cent mètres? En admettant qu'ils aient pris tout d'abord ce qu'ils avaient sous la main, est-il probable que celte destruction se soit arrêtée juste à l'heure où avait achevé de s'épuiser la carrière que l'on avait exploitée en premier lieu?
Rien n'est donc plus contraire à toutes les vraisemblances que celle disparition totale des antes et des chambranles de la salle hypostyle, antes et chambranles qui auraient été, sans aucun doute, de plus grande dimension que ceux du palais de Darius et de la Salle aux cent cor lonnes. Si l'on s'obstine à vouloir clore le quinconce et les portiques latéraux, sur le modèle de la restitution qui s'impose pour la Salle aux cent colonnes, il faut donc supposer une construction où la brique aurait, comme en Chaldée, fourni la matière non seulement du mur proprement dit, mais aussi des portes, des fenêtres, des niches et des antes, où il ne serait point entré de pierre, et où, par conséquent, la sculpture n'aurait pas fait sa partie dans le concert.
La salle hypostyle de Xerxès était le plus somptueux et le plus grandiose des monuments du plateau, comme le démontrent la majestueuse ordonnance et la riche décoration de l'escalier qui y donne accès, l'étendue de la surface qu'elle occupe, la hauteur exceptionnelle et la magnificence de sa quadruple colonnade. El ce serait là, là seulement, dans cet édifice qui devait être le chef-d'œuvre de l'architecture perse, que l'on aurait renoncé à une disposition qui partout ailleurs avait été employée avec succès pour donner aux antes et aux chambranles cet air d'indestructible solidité qui est inséparable de l'emploi des grands matériaux, pour y ciseler des profils qui eussent ces franches