‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 322 sur 412 · TOME V. 8U · texte numérisé non relu

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et fières saillies que ne comporte pas la brique, pour ménager au statuaire de larges champs où il répétât, présentée de diverses manières, l'image sacrée de la personne royale ! C'est peut-être, de toutes les hypothèses, la plus inadmissible; elle est en contradiction avec tout ce que nous savons des habitudes du constructeur perse ; elle Test encore plus avec l'idée que nous sommes conduit à nous faire de ce palais, lorsque nous en considérons les parties conservées. Auprès de ces grandes pages de sculpture qui se déroulent le long des rampes, auprès de ces bases, de ces énormes fûts, de ces chapiteaux superbes hardiment découpés dans la plus belle roche que Ton ait pu extraire des flancs de la montagne, comme ce mur de terre, avec ses faces plates, aurait paru lourd et pauvre d'aspect, de quelques couleurs vives que Ton eût cherché à le revêtir ; comme les entrées et les jours du monument auraient manqué de cette ampleur et de ce caractère que les baies des bâtiments voisins doivent aux effets de la modénature lapidaire et aux fermes accents des bas-reliefs qui en ornent le tableau ! Toutes les probabilités sont donc pour qu'il n'y ait eu là ni un mur semblable à celui de la Salle aux cent colonnes, avec an tes et chambranles de pierre, ni un mur tout de brique, dont la disparition serait moins difficile à comprendre, mais qui aurait mal répondu aux conditions générales de l'architecture perse et, en particulier, au luxe déployé dans les parties encore subsistantes du palais. Il importe cependant de faire, comme dirait un mathématicien, la preuve de l'opération qui nous a conduit à ce résultat. Voici, par exemple, le plan restitué de Fergusson (fig. 431) ; entre le quinconce et les portiques secondaires, il interpose un mur dont les extrémités, aux quatre angles, se prolongent, en manière d'antes, sur les petits côtés de ces portiques; ceux-ci restent ouverts par devant; ils forment ainsi, sur trois des faces de l'édifice, comme autant de porches qui précèdent la grande salle. Cette ordonnance, que M. Dieulafoy a reproduite avec quelques variantes, dans sa restitution du grand palais de Suse, prête, par elle-même, à de graves objections. Elle n'offre pas les avantages d'un péristyle continu qui, comme dans le temple périplère, permettrait de circuler à couvert tout autour de l'édifice; elle donne, sur la façade, entre les antes des trois portiques, des angles rentrants qui sont de l'effet le plus désagréable. Pour remplir ces vides, Fergusson y a mis des chambres dont il n'y a pas sur place le moindre vestige; mais ce qui rend surtout inadmissible l'hypothèse du palais clos de murs, c'est la configuration du terrain, ce sont des particularités

dont Fergusson n'a pas tenu le moindre compte. Que Ton regarde le plan de Fétat actuel (fig. 428) ; on y verra marqués des aqueducs dont le réseau a été relevé par Coste ; si Ton accepte la restitution proposée par Fergusson, ces canaux se trouveront courir, entre le pavillon central ef les portiques latéraux, sous Taxe longitudinal des murs, disposition défectueuse et qui témoignerait d'une singulière négligence. Engorgés par une grosse chute d'eau, les égouts auraient risqué de déborder,

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i31. — Plan restauré de la salle hypostyle. D'après Fergusson, Hialory of architecture ^

2« édition, t. I, fig. XC.

de mouiller et de miner le pied du mur qui les recouvrait ; en même temps, celui-ci y eût rendu impossible, sur une longueur d'environ 50 mètres, tout travail d'entretien et de réparation. Dans tous les autres palais, le tracé des canaux coupe à angle droit celui des murailles ou les longe extérieurement, à quelque dislance*. Pourquoi le plus grand et le plus beau des palais serait-il le seul où les eaux souterraines auraient ainsi risqué de mettre en péril la solidité des constructions ?

Voici une autre observation que suggère également l'étude du

1. Flandin et CosTK, Ferse ancienne^ pi. 67. Si nous n'avons pas reproduit ce tracé dans notre figure, c'est que réchelle reproduite de notre plan d'ensemble ne comportait pas ce détail.

terrain. Dans Thypothèse que nous discutons, les portiques sont clos sur les côtés et par derrière ; il n'y a, pour les mettre en communication avec là pièce centrale, que quelques portes percées dans le mur de fond. C'est donc surtout par devant que doit se faire la circulation; sur ces faces, point de barrière; toute une foule peut affluer ou s'écouler entre les fûts largement écartés, sans risque d'encombrement. Pour le portique antérieur et pour celui de droite, point de difficultés; il y avait, sur le front de la colonnade, une terrasse assez spacieuse pour que le flot des allants et venants s'y répandît à l'aise, dans tous les sens; mais il n'en est pas de même du portique de gauche. Là, entre le bord de la plate-forme et les bases des colonnes de la file extérieure, l'intervalle n'est guère que d'un mètre ; à la moindre poussée, les visiteurs risquaient de s'entasser et de s'étouffer contre le parapet. Supposez au contraire que les deux ailes ne soient pas fermées du côté du quinconce; alors il importe peu que celle de lest soit plantée sur le terre-plein de façon à presque toucher au mur qui le limite ; on y entre et on en sort par l'avenue, large de plus de vingt mètres, qui règne entre les portiques latéraux et la grande salle.

Dans cette salle, on s'accorde à reconnaître une salle du trône où, à certains jours, le roi recevait les hommages de ses sujets, de ses vassaux et des ambassadeurs étrangers ; on peut se faire une idée de la pompe de ces cérémonies et du concours de spectateurs qu'elles provoquaient par la description de ce qu'on appelle aujourd'hui, dans l'Inde, un durbar. Assis sur une estrade élevée, le roi était alors le point de mire de tous les regards. Plus il y avait de personnes qui apercevaient, de près ou de loin, sa face auguste, cachée d'ordinaire à tous les yeux, plus l'édifice était approprié à sa destination. Or, ce semble, il n'y aurait répondu que d'une manière bien imparfaite, si l'on acceptait la restitution de Fergusson. L'écran des hautes murailles aurait caché le souverain à tous ceux qui n'auraient pas réussi à pénétrer dans les nefs du quinconce, et ce n'est pas par les portes, dont une seule, sur chaque face, se serait trouvée dans l'alignement du trône, que l'on aurait pu suivre les différentes phases de la fête. Des portiques latéraux, on n'aurait rien vu de ce qui se passait dans l'intérieur. Tout Tespace qu'occupent ces portiques, les deux tiers environ de la superficie de l'édifice, auraient été pour ainsi dire de la place perdue.

C'est ainsi que Ton se trouve ramené, par l'étude critique de ce que Ton peut appeler le système fermé, à une autre solution du problème, à celle qui s'était offerte tout d'abord à l'esprit de Coste, solution dont

nous avons adopté le principe, tout en nous réservant de la modifîerel de la perfectionner à plus d'un égard. Entre la salle centrale et les trois portiques dont elle était flanquée, il n'y aurait pas eu de clôture proprement dite; tout au plus une simple balustrade à hauteur d'appui aurait-elle séparé les divers quartiers de l'édifice et marqué les rangs entre les spectateurs. Ce n'étaient donc pas seulement les hôtes de la grande salle qui voyaient le roi, lorsqu'il avait pris place au centre de cette pièce; ceux mêmes qui étaient relégués dans les portiques secondaires l'apercevaient aussi, entouré de ses serviteurs et des premiers personnages du royaume. Le roi, du haut de son trône qui dominait toutes les tètes, découvrait jusqu'aux plus humbles de ceux qui assistaient à la fête, groupés entre les fûts des dernières files de colonnes. Celles-ci, dans leur partie inférieure, devaient être reliées par des tentures montées sur un bâti de charpente; la toiture était posée trop haut pour défendre, à elle seule, contre les rayons du soleil le* peuple qui se pressait dans ces nefs. Cette légère et mobile clôture suffit, parla place qu'elle occupe dans nos dessins, à définir le caractère de notre restauration. Dans le plan de Fergusson, les portiques ont vue sur l'extérieur; ici ils sont comme retournés : leur façade à tous les trois regarde l'intérieur, le pavillon royal. Il n'y a qu'une différence entre eux : celui qui se dresse en arrière de l'escalier devait servir aussi de passage pour arriver à la salle du trône. Nous avons donc ménagé, dans la clôture, trois larges portes au-dessus desquelles les draperies, maintenues par des cordes, se relèvent comme elles le font encore au-dessus des entrées de la maison persane (pi. X et fig. 408).

On alléguera peut-être, comme dernière objection, que l'on ne rencontre rien, ni dans lart égyptien, ni dans l'art assyrien, qui ressemble à ces portiques ouverts ; mais l'art perse, qui a emprunté certains éléments à ses devanciers, se distingue par des dispositions qui lui sont particulières, et l'une de ces dispositions originales est celle que nous avons cru devoir introduire dans la restitution du palais de Xerxès. Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter aux Propylées de l'esplanade; nous y retrouvons le portique qui ne s'appuie pas à un mur, qui n'est qu'un passage; seulement, dans les Propylées, qui ne sont qu'une porte colossale, quatre colonnes suffisaient, au lieu des douze que comptent les portiques latéraux du palais. A cela près, le principe est le même.

Que si enfin Ton s'étonnait de voir le palais de Xerxès, tel que nous l'avons rétabli, si différent de celui que l'on appelle la Salle aux cent

colonnes, nous tirerions de cette dififérence même un argument de plus en faveur de notre hypothèse. Il ne s'est pas conservé d'inscription qui permette de fixer la date de ce bâtiment anonyme, mais c'était certainement aussi une salle de réception, et l'édifice, fermé sur toutes ses faces, était précédé d'une colonnade qui jouait le rôle de porche (pi. VII, VIII et X). Or, quel que soit, des deux monuments, celui qui a précédé l'autre, est-il vraisemblable que l'on ait renouvelé un pareil effort pour reprendre, à une échelle différente et avec quelques variantes secondaires, un thème déjà traité? N'est-il pas plus naturel de supposer que celui des deux architectes qui est postérieur à l'autre a entrepris de créer une œuvre qui offrît un aspect nouveau. La Salle aux cent colonnes est un agrandissement de la salle hypostyle autour de laquelle les chambres se groupent, dans les palais d'habitation (fig. 293) ; avec ses soixante-douze colonnes, le bâtiment construit au bord du plateau par Tordre de Xerxès rentre dans les données d'un type tout autre, qui a reçu ici un développement d'une singulière hardiesse; c'est un kiosque d'une richesse et d'une dimension prodigieuses.

Il n'y a, sur le terrain, qu'un seul indice qui puisse, à première vue, sembler favorable à la théorie que nous combattons; c'est la présence, entre le portique antérieur et la colonnade principale, de ces quatre massifs de maçonnerie que séparent des intervalles qui ont la largeur d'un entre-colonnement. Sans doute, si l'on avait d'ailleurs des motifs valables pour se représenter l'édifice comme clos de murs, on serait en droit de chercher ici les fondations des deux portes principales ; mais ces substructions ne deviennent pourtant point un embarras pour ceux qui, comme nous, sont arrivés à se faire une idée très différente de la disposition du palais. On peut alors voir, dans ces massifs, les restes d'une sorte de podium qu'interrompaient deux larges passages analogues à des portes. Sur ce socle, on est tenté de placer, avec Coste, des images colossales de taureaux, qui, ici comme aux Propylées et à la Salle aux cent colonnes, auraient été, suivant la tradition orientale, les gardiens de l'entrée*. N'étant pas appuyés contre un mur, ces taureaux auraient dû être exécutés ici, non plus en moyen ou en haut relief, comme dans les autres édifices, mais en ronde bosse; or, dans les ruines d'un autre des palais de l'esplanade, on a trouvé un fragment considérable d'une figure de ce genre (fig.432)^. La dimension, il est vrai, en est fort au-dessous de celle qu'il a fallu donner ici à ces

i. Flandin et Coste, Perse ancienne^ pi. 112.

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