‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 323 sur 412 · Flandin et Coste, Perse ancienney pi. 130 et i · texte numérisé non relu

Flandin et Coste, Perse ancienney pi. 130 et i

images pour qu'elles fussent en proportion des colonnes et des chapiteaux; mais à Hamadan, Tancienne Ecbatane, il existe encore un lion qui, tout mutilé qu'il soit, mesure encore près de quatre mètres de long : ces deux fragments suffisent à prouver que le travail de la ronde bosse n'a pas dépassé les moyens du statuaire perse.

Nous avons rendu raison du parti que nous avons pris ; il ne nous reste plus qu'à ajouter quelques explications destinées à faire mieux comprendre les planches où nous avons présenté l'ensemble de notre restauration. La première (pi. IV) offre l'élévation géométrale du palais. Dans cette vue, il a dû être fait abstraction du portique antérieur, dont les colonnes sont dans le même axe que celles du quinconce et les auraient par conséquent recouvertes et cachées. On s'est abstenu aussi de restituer les taureaux, sur la forme desquels on manque de données. Quant à la banquette qui a dû supporter ces figures décoratives, elle est cachée par le parapet du soubassement.

On remarquerai combinaison que nous avons cru devoir adopter pour que, en regard des trois ailes, les chapiteaux de la

colonnade principale faS- *32. ~ Fragment de taureau. Longueur, l^.M.

Flandin et Coste, Pei^se ancienne, pi. CXXXV.

sent pendant a ceux des

portiques latéraux (fig. 433). A chacune des extrémités de la façade principale, il y a un chapiteau où le taureau est vu de face au lieu de l'être de profil. On obtient ainsi un relief de l'entablement qui renforce les angles de la construction ; c'est à peu près l'efTet de l'ante, mais atteint par un autre moyen. Cette disposition est aussi à rapprocher de celle que les architectes grecs ont parfois appliquée aux colonnes angulaires de leurs ordonnances ioniques*; la même idée, la même préoccupation les a suggérées toutes les deux à des artistes qui employaient d'ailleurs des formes très difTérentes. Ici, point de difficulté pour arriver au résultat cherché; les quatre consoles en croix permettaient de tourner à volonté le groupe des deux d^mi-taureaux , en lui faisant décrire un quart de cercle; quelque position qu'on lui assignât, ses relations avec la partie moyenne du chapiteau restaient toujours les mômes. Les poutres qui constituent le ressaut du comWe paraissent porter sur la nuque du taureau; mais,

{, Ch. Chipiez, article Colonne dans le Dictionnaire des antiquités de Dareraberg et Saglio, p. 1342.

en réalité, elles ne reposent que sur le coussinet placé dans la fourche du chapiteau. En se recouvrant et en se dépassant les unes les autres, de bas en haut, les pièces dont était composée la charpente arrivaient à déborder fortement sur Taplomb des colonnes. Il n'y a là qu'une application plus hardie de ce procédé de Tencorbellement, dont l'emploi donne, aujourd'hui encore, un caractère très particulier à la couverture des édifices de la Perse*.

Cette charpente, nous en avons déjà expliqué la composition par un diagramme où tous ses éléments sont distingués et rassemblés

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IQ rg-1 ryi CE C3D B 433. — Plan des chapiteaux dans lensemble de la colonnade.

(fig. 307). Ses faces externes étaient cachées sous un revêtement très riche, fait de faïences, de métal, et peut-être d'ivoire. La terre cuite est tout indiquée pour les créneaux, qui se construisent si facilement avec la brique, et pour la frise décorée de lions passants. Cette frise, l'entablement des tombes rupestres nous commandait de la mettre à cette place (fig. 350), et les fouilles de Suse ont rendu au jour les carreaux d'argile émaillée qui la constituaient (pi. XI). La même matière a dû donner cette image symbolique d'Ahura-Mazda que nous avons

1. On remarquera que Coste, dans sa restauration {Perse ancienne, pi. 112), place comme nous les avons placés nous-mômes les chapiteaux qui font en façade la léte des deux portiques latéraux; il les montre de face, ce qui prouve tout au moins qu*il n*y a rien, dans Tétat actuel de Tune de ces colonnes d*angle encore aujourd'hui debout, qui contredise notre hypotht^se.

empruntée au panneau central du perron pour la répéter sur le faîte même de l'édifice, où les grandes ailes du dieu semblent s'ouvrir et s'étendre comme pour mieux protéger les hôtes du palais. Des plaques métalliques défendaient peut-être contre les intempéries les bouts des solives ; partout multipliées, les rosaces de bronze servaient à encadrer la tête des clous. D'ailleurs le bois était peint, mais il fallait en renouveler souvent la couleur; les anciens ne savaient pas employer à cet usage l'huile, qui a de bien autres vertus préservatrices.

La face inférieure du comble était ornée dans le même goût et non moins richement que la face verticale. La nature même des matériaux employés et les exigences de l'assemblage imposaient le principe du caisson. Là où, comme dans ces intérieurs, les bois étaient à l'abrî de la pluie, le métal était moins nécessaire, ou du moins il n'avait pas le même rôle à jouer. S'il faisait sa partie dans un décor dont les fonds étaient coloriés et les lignes maîtresses tracées au pinceau, c'était surtout comme rehaut, dans les incrustations qui dessinaient les contours des panneaux ou qui en faisaient valoir le compartiment central. La planche VI donne le caractère général du lambris : un diagramme montre comment, au centre du quinconce, une disposition spéciale distinguait les travées où le prince se trouvait entouré des grands du royaume (fig. 434): Le plafond y est légèrement surélevé; des lames d'or ou d'argent lui font un revêtement dont l'éclat répond à celui dont brillent le trône royal et la haute estrade sur laquelle ce trône est posé. Cette estrade, on peut s'en faire une idée par celle qui surmonte le frontispice des tombes creusées dans le roc à Nakch-i-Roustem et derrière Persépolis (fig. 392). La tradition s'en est d'ailleurs conservée dans la Perse moderne; voyez le takht^ comme on dit aujourd'hui, où siège le chah, lorsque à Téhéran, dans son palais, il donne ses audiences solennelles (fig. 435). Le caractère des formes est ici sans doute moins noble et moins pur que dans la statuaire perscpolitaine ; mais le principe est le même. Le plancher sur lequel vient siéger le souverain a pour supports des figures de lions et des cariatides qui représentent des serviteurs ou des sujets; c'est toujours ce motif dont les plus anciens exemples se trouvent en Assyrie.

Au-dessus du trône nous avons placé un baldaquin formé d'une ample et somptueuse tapisserie (pi. IV); c'est celui que le sculpteur a ciselé sur le tableau des portes de la Salle aux cent colonnes (fig. 436). Considéré dans son ensemble, le pavillon central, tel que nous l'avons restauré (pi. V), n'est pas autre chose qu'un agrandissement de ce dais.

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