‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 324 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

Les deux montants, sveltes tiges de métal ou de bois doré, se sont changés en une forêt de colonnes gigantesques; celles-ci soulèvent et main-

43i. — La salle hypostyle. Plan et coupe du plafond. Dessin de Ch. Chipiez.

tiennent dans les airs, à une telle hauteur que d'en bas Tœil distingue à peine les détails du plafond, un énorme comble en charpente qui

joue ici le rôle de la planche sur laquelle étaient clouées les tentures, dans le léger abri que les serviteurs du roi portaient partout sur ses pas, pour le dresser au-dessus de sa tête là où il lui plairait de s'asseoir. Ces tentures elles-mêmes ont dû prendre ici des proportions colossales. La partie supérieure de Tentablement, avec ses modillons, avait beau faire saillie sur les colonnes, tout autour du bâtiment; à elle seule, elle n'aurait pas suffi à empêcher le soleil de darder ses traits brûlants dans rintérieur, jusque sur la personne du souverain. Entre lui et la foule qui se pressait dans la salle ouverte sur toutes ses faces, il fallait un voile

MVj. — Le trône du chah. Flandin et Coste, Perse moderne, pi. XXXII.

qui, sans barrer la vue, descendît assez bas pour faire de l'ombre sous la colonnade pendant les heures chaudes du jour; ce voile tombait au moins jusqu'au milieu du fût. Il était suspendu à des crochets enfoncés dans la face inférieure de l'architrave, entre les chapiteaux. Dans la planche VI, pour laisser voir les plafonds, nous avons dû le déplacer, reporter les points d'attache sur la face externe des cours de poutres ; mais la draperie occupe sa vraie position dans l'élévation géométrale (pi. IV) et dans la perspective (pi. V). Quant à sa constitution et à son aspect, on peut s'en faire une idée très vraisemblable si, d'une part, on tient compte de la grandeur des vides qu'elle servait à boucher, et si, d'autre part, on se rappelle ce que l'on sait, par les monuments et parles textes, du style des étoffes orientales.

La tenture, pour remplir utilement sa fonction, avait de neuf à

436. — Le dais royal. Flandin et Costa, Perse ancienne, pi. CLIV.

dix mètres de haut (fig. 437); la largeur des entre-colonnements ,

437. — La tenture de la salle hypostylc. Dessin de Ch. Chipiez.

mesurée sur le plan, est d'environ sept mètres. Il va de soi qu'une tapisserie de cette dimension ne pouvait être d'une seule pièce, et d'ailleurs, en examinant le baldaquin reproduit ci-contre (fig. 436), on devine que Toriginal copié par le sculpteur était composé de plusieurs bandes cousues Tune à l'autre; au-dessous de celle d'eu bas pendaient des effilés qui se terminaient par une rangée de glands. Ici, le principe était le même, avec celte différence que, pour former l'ensemble monumental qui remplissait chaque travée, il fallait employer beaucoup plus de morceaux. La tenture a pour base un système de tringles métalliques disposées sur un réseau de cordelettes; de nombreux et solides anneaux la fixent sur ces tiges; des poids de plomb, en forme de fleurs, et des glands dont les passementeries renferment un noyau de métal, tiennent l'étoffe tendue (fig. 437). C'est entre ces supports et cette garniture qu'est comprise la tapisserie ; elle comporte des bandes horizontales, qui forment frise, et des bandes verticales; celles-ci sont faites d'autant de tapis séparés, que relient parleurs bords des lacets qui se croisent à larges mailles. Dans les premières de ces bandes, les lions passants avaient leur place marquée ; c'est eux qui, avec les rosaces et le globe ailé, décorent dans le bas-relief le baldaquin royal (fig. 436). Dans les lés verticaux, des cadres où s'épanouit la rosace entourent des champs où figurent à deux, affrontés à la mode assyrienne et séparés par une palmette, ces « animaux sacrés des Perses et des Susiens » dont parle un écrivain grec et que les artistes persépolitains ont sculptés à la porte de leurs palais*. Le modèle du griffon (fîg. 438) qui occupe ici le centre des panneaux a été fourni par un fragment de bas-relief trouvé à Athènes et où l'on ne saurait hésiter à reconnaître un motif emprunté à quelque tapisserie asiatique*.

i. Histoire de l*Art, t. V, p. 5;i6.

2. Clarac {Musée de sculpture, pi. 195 el Tf'xtCf t. II, p. 28i>) a très- bien saisi ce carac-

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