Bas-relief du Louvre. Hauteur
Ces tentures ne devaient pas toujours tomber droites entre les colonnes, comme nous les avons représentées dans nos restaurations; de grosses cordes servaient à les manœuvrer, à leur donner, suivant l'heure du jour et la position du soleil, en avant de telle ou telle façade, une direction oblique. Il n'est d'ailleurs pas probable que ces belles tapisseries restassent suspendues aux architraves pendant toute l'année; elles auraient trop souffert de la mauvaise saison. On les posait quand le roi devait venir ; on les déposait après son départ. L'opération pouvait avoir ses difficultés; cependant il fallait bien monter plus haut encore pour réparer les combles, pour tenir en état le matelas de terre battue qui les recouvrait, et lui conserver les pentes qui conduisaient les eaux de pluie vers ces déversoirs, que l'on voit indiqués dans nos planches IV et V, déversoirs auxquels nous avons attribué la forme du taureau, pour laquelle l'architecte et le sculpteur perse ont une prédilection si marquée. A cette légère inclinaison près, la terrasse était unie et tout d'une venue; la salle étant ouverte sur toutes ses faces, on n'avait pas eu à chercher le moyen de l'éclairer par des jours verticaux, ménagés dans la toiture.
Ce palais avait des dimensions plus considérables que tous les autres bâtiments de Persépolis; c'était un des édifices les plus grandioses et les plus vastes que l'homme ait jamais construits, jusqu'au jour où l'emploi du fer a mis à sa disposition des ressources nouvelles. Il s'en faut de peu que les soixante-douze colonnes qui portent ici les plafonds atteignent la hauteur des douze énormes colonnes qui, à Karnak, forment la nef centrale de la célèbre salle liypostyle. Si l'on compare les surfaces bâties, l'œuvre de Xerxès l'emporte de beaucoup sur celle des Pharaons de la dix-neuvième dynastie. Le pavillon central n'occupe, il est vrai, sur le terrain que 2500 mètres carrés, tandis que l'aire de la colonnade égyptienne est de plus de 5000 mètres; mais si l'on fait entrer en ligne de compte, outre ce pavillon, les trois ailes et les passages qui les séparent de la salle du trône, on arrive, pour cet ensemble qui avait son unité bien définie, à une superficie totale de 7 300 mètres carrés. Il n'y a pas de cathédrale gothique, hors celle de Milan, dont les murs enveloppent et couvrent un pareil espace.
Cet édifice, lorsqu'il se dressait, encore intact, au centre du plateau, n'était pas fait seulement pour étonner l'œil par son extraordinaire grandeur ; il le charmait aussi par son élégance, par sa beauté singulière. Telle est, nous l'espérons, l'impression que laissera l'étude de nos des-
1ère du bas-relief qu'il publie. Je ne sais pourquoi il inclinerait à voir là une copie il'uu étendard; les anciens n'avaient pas de drapeaux en étoffe.
sins, celle surtout de la vue perspective qui le montre comme l'aurait aperçu, du milieu de la terrasse où donne accès le grand escalier, un spectateur placé entre les Propylées et le coin de la salle aux Cent colonnes (pi. V) *. Nous ne pouvions choisir un point d'où le bâtiment se montrât sous un aspect plus favorable et d'où Ton saisît mieux l'unité du plan, d'où l'on sentît mieux aussi quelle part il fait, dans l'élévation, à la variété du détail. Vus sous cet angle, les portiques des ailes font un cadre merveilleux à la masse imposante du pavillon royal; ils la précèdent et l'annoncent sans la cacher au regard. La sévère simplicité du soubassement construit en grand appareil fait un heureux contraste avec les moulures des bases, avec la richesse des sveltes colonnes, toutes striées de fines cannelures, avec les lignes compliquées, l'étrange et puissant contour des chapiteaux, enfin avec la forte saillie de cet entablement où brillent les appliques de métal et les notes vives des émaux. Étendues sur le sol, dressées comme des murs entre les supports, suspendues à l'architrave, les tapisseries les plus somptueuses apportent à cet ensemble la diversité de leurs motifs et l'éclat de leurs teintes, que fait encore ressortir le ton gris du calcaire de Persépolis. Ce qui complète cette harmonie, c'est le fond de verdure sur lequel se détache l'édifice entouré de jardins, ce sont les feuillages clairs ou sombres que l'on découvre au loin, entre les fûts et derrière les intervalles plus larges qui séparent les différents portiques (pi. IV). A ces éléments fixes du décor ajoutez l'élément mobile, la foule qui, les jours de fêtes et d'audience, se pressait parmi ces colonnades, revêtue de ses plus beaux habits, les costumes des gardes rangés autour du trône et les reflets de leurs armes où se jouait le soleil, la pompe enfin et le magnifique appareil du cortège royal ; ranimez pour un instant toutes ces figures qui sont sculptées le long des rampes d'accès, et parez-les des couleurs qui se sont conservées sur les vêtements et les accessoires, dans les bas-reliefs de Suse ; groupez ces personnages, suivant leur rôle et leur fonction, aux abords et dans l'intérieur du bâtiment. Si votre imagination réussit à évoquer, ne fût-ce que pour un instant, toutes ces formes disparues M toutes ces teintes évanouies, l'édifice lui-même et le peuple qui l'a rempli de son mouvement et de sa vie, vous aurez la rapide vision de l'un des spectacles les plus splendides qu'ait jamais pu offrir aux regards le génie de l'architecte.