‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 33 sur 412 · Buste taillé dans le roc. Dessin de A. Martin · texte numérisé non relu

Buste taillé dans le roc. Dessin de A. Martin

Des deux côtés des joues, à la place des oreilles, des cornes qui rappellent les cornes d'Ammon. Aucune trace de barbe. Ainsi placée, audessus de la porte d'un lieu consacré, celte ligure ne peut guère être que l'image d'une divinité ; mais quel nom lui donner? En Grèce, c'est à Pan, c'est aux nymphes qu'aurait été dédié ce temple souterrain; mais ici ne sommes-nous pas dans Tempire de cette Cybèle qui est toujours restée la maîtresse du Sipyle et de tout le pays montueux qu'il couvre de sa grande ombre? Sans doute il n'y a aucune indication certaine du sexe, quoique le visage soit imberbe, et nous sommes plus habitués à voir les cornes portées par des dieux mâles, tels qu'Ammon, Hercule et les fleuves personnifiés ; mais les cornes

li LA PHRYGIE.

sont un emblème de la force, et elles peuvent avoir été parlb buées à la déesse qui domptait les fauves et qui se faisait par eux sur son char, à Téternelle et puissante créatrice ; en! figure dont tout le corps est resté caché dans la roche, d'oi dégagent que sa tète et ses bras, ne se prête-t-elle pas bien j senter l'être divin auquel on ne pouvait songer sans penser ei temps à la montagne qu'il habitait, celui que Ton appelait « la i la montagne », (irnnop opeia?

Nous ne saurions tenter, en ce moment, d'émettre même une ture sur l'âge des monuments que nous a offerts le district compi la basse vallée de l'Hermos et le golfe de Smyrne ; si nous Tes ce sera seulement après avoir étudié les monuments que renl Phrygie proprement dite, la contrée où la race phrygienne eut, \ capitale — elle ne posséda jamais de ville à qui l'histoire puisse ce titre — tout au moins son centre politique et religieux, ses pales forteresses, ses principaux sanctuaires et ses nécropoles Là, sur le haut Sangarios, les monuments sont bien plus nomb surtout ils ont, si l'on peut ainsi parler, un commencement d'éi ils portent des inscriptions qui, malgré les obscurités qu'elles tent encore, permettent pourtant de dire, avec toute certitude peuple appartiennent ces ouvrages et de leur assigner une date î mative. Quand nous reviendrons de cette exploration, nous se mesure de donner un plus haut degré de vraisemblance à l'hj que nous ont suggérée les indices fournis par l'histoire et par ! de la justifier par des comparaisons fondées sur la ressembl style, des dispositions générales et des procédés d'exécution. Ne chirons donc, sans nous y arrêter, de vastes espaces où il n'a trouvé jusqu'ici de monuments qui paraissent appartenir à la p civilisation de la péninsule et nous irons, comme d'un seul bo qu'à ces hautes terres où s'est si longtemps continuée la vie par de ces races diverses qui avaient les premières peuplé l'Asie B où elles ont maintenu si tard, contre les entreprises du gén l'originalité de leurs pratiques, de leurs traditions et de leurs

§ 2. — LA PHRYGIE DU SANGARIOS ET LES CARACTÈRES GÉNÉRAI DE SON ARCHITECTURE

Il n'y a pas dans toute l'Asie Mineure de plus charmant f celui auquel songeait Strabou, là où, en termes qui, par malhe

bien courts et bien vagues, il parle de ces bourgs qui, non loin de Pessinunte, sur le Sangarios, c'est-à-dire sur la branche occidentale du fleuve, conservaient encore le nom des anciens rois phrygiens et en perpétuaient ainsi le souvenir*. D'ordinaire, c'est de Koutahia que Ton part pour visiter ce curieux district; il n'en est qu'à deux jours de marche. En quittant cette ville, dans la direction du sud-est, ou traverse d'abord la plaine crayeuse et blanchâtre, puis, avant le soir, on commence à rencontrer, sur les pentes grises, des pins encore clairsemés, mais d'une assez jolie venue. On monte, on monte toujours, car entre Koutahia et le village de Kumbet^ où Ton arrive aisément vers la fin delà seconde étape, il y a une différence de niveau d'environ 150 mètres*. A mesure que l'on avance, l'aspect de la contrée devient plus aimable ; les arbres (il n'y en a guère d'autres que les pins) grandissent et se rapprochent ; ils couvrent toutes les hauteurs ; dans les parties basses du terrain, ils sont semés, par bouquets, sur de fraîches pelouses; quoique Teau soit rare, l'herbe est encore ici verte et drue au milieu du mois de juin; on croirait par moments cheminer dans un parc anglais. De grands troupeaux errent paresseusement dans la prairie; une tribu de luruks ou pâtres nomades qui nous a donné l'hospitalité possédait à elle seule un millier de bêtes à cornes. Dans cette saison, les maîtres de ce bétail campent eux-mêmes au milieu des prés, les uns sous des lentes de feutre en forme d'oeuf, les autres, en plus grand nombre, dans des cabanes bâties en pin non équarri, en bois de grume ; la toiture est formée de planchettes ou bardeaux du même bois. 11 n'entre d'ailleurs pas un clou dans la construction de ces maisons; les troncs, posés alternativement dans un sens et dans l'autre, de manière à se couper à angle droit, sont assemblés, aux quatre coins de la hutte, par des entailles à mi-épaisseur de bois. L'extrémité de chaque tronc, la portion qui est en dehors du point où ces pierres s'emboîtent, fait saillie sur la cage de l'habitation (fig. 43, 44) ^

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