LA SALLE AUX CENT COLONNES
Le plan de la Salle aux cent colonnes est le même que celui des édifices royaux de Pasargade; la différence n'est que dans la dimension, et c'est ce qui nous porterait à croire, en l'absence de tout renseignement historique ou épigraphique, à l'antériorité de ce monument. La salle d'audience bâtie par Xerxès est plus compliquée de disposition, et l'art, dans ses créations, va toujours du simple au composé. Il y a aussi un indice à tirer de la hauteur des colonnes ; après qu'un prince aurait eu donné aux siennes une longueur de vingt mètres, son successeur, traitant le même thème, ne se serait probablement pas résigné à poser ses plafonds sur des supports qui n'auraient guère dépassé la moitié de cette élévation ; il aurait craint de paraître moins hardi que son devancier. Enfin les sculptures du palais anonyme paraissent être les plus belles qu'il y ait à Persépolis, celles dont l'exécution est le plus soignée et le style le plus noble ; or, à en juger par ce qui s'est passé dans d'autres pays, l'art national a dû atteindre son apogée au moment .même où l'empire était le plus prospère et le mieux gouverné, sous le plus grand prince de la dynastie, et la décadence de la monarchie perse, qui a commencé aussitôt après la mort de Darius, a dû se faire sentir promptement jusque dans les œuvres de la plastique. Les vraisemblances sont donc en faveur de l'hypothèse qui attribuerait à Darius la construction de la Salle aux cent colonnes. Sur cette terrasse dont il a choisi le site et élevé les substructions, il s'est bâti ce palais d'habitation que nous essayerons aussi de restituer (pi. IX); en même temps qu'il s'y ménageait ainsi une demeure spacieuse pour ces mois d'automne qu'il donnait à son pays natal, il aurait tenu à doter sa résidence d'une salle dont les proportions et la magnificence lui permissent de se montrer à ses sujets avec un appareil et dans un cadre qui fussent dignes d'un monarque auquel obéissaient tant de milliers d'hommes, des bords de l'Indus aux rivages de la mer Egée. Plus tard, Xerxès, dans l'enivrement de son orgueil, aurait conçu l'ambition de surpasser et d'éclipser son glorieux père, d'ériger un monument qui fût plus grandiose encore et plus merveilleux que le chef-d'œuvre du règne précédent. C'est de cette fantaisie que serait née la salle hypostyle au quadruple portique, avec ses beaux propylées.
Ces propylées mêmes étaient peut-être une imitation d'un type déjà créé par les artistes de Darius. La Salle aux cent colonnes, elle aussi, parait avoir eu son avenue monumentale, placée en face de son porche. Au nord de celui-ci, à 58 mètres de distance, on voit les ruines de ce qui semble avoir été un portique analogue h celui que nous avons dé-