‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 333 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

crit et restauré. Il y a là plusieurs assises encore en place, des fragments de colonnes, de chapiteaux, de taureaux en haut relief et appliqués contre les murs (fig. 290, n° 9). Dans la vue générale des édifices de Persépolis, ce portique a été restauré dans la donnée du bâtiment auquel il a servi de modèle ou dont il pourrait encore n'être qu'une copie (pi. X). Certains des morceaux d'architecture qui composent cette ruine ne sont qu'épannelés, d'où Ton serait tenté de conclure que la construction n'a jamais été terminée*. Dans ce cas, il faudrait reconnaître là une addition au plan primitif, un ouvrage entrepris par un des derniers souverains de la Perse et que la chute de la monarchie n'aurait pas permis d'achever.

Ce doit être à la Salle aux cent colonnes que s'applique le récit des historiens d'Alexandre au sujet de l'incendie que le conquérant et ses compagnons, excités par la courtisane Thaïs, auraient allumé dans le palais des rois de Perse*; sur le sol, au-dessus du dallage, on a constaté la présence d'une épaisse couche de cendre, et l'analyse microscopique a prouvé que cette cendre était faite de cèdre carbonisé'. L'état dans lequel on a retrouvé le vaisseau confirme cette conjecture. Nulle part ailleurs il n'y avait, dans l'intérieur, un pareil monceau de décombres. La charpente a dû s'abattre tout d'un coup. Lorsque, dévorée par la flamme, elle a cédé sous le poids du matelas de terre et du revêtement de briques qui la recouvrait, cette masse, en tombant, a renversé les colonnes et s'est mêlée à leurs débris.

§ 7. — LES PALAIS d'habitation

Les salles du trône ne servaient que de loin en loin, les jours où le roi se montrait en grande pompe à son peuple; à côté d'elles, il fallait des demeures aménagées en vue des besoins et des plaisirs de la vie quotidienne. Celles-ci paraissent avoir occupé la partie méridionale de l'esplanade. Il y en avait là quatre, peut-être cinq, dont aucun n'était, ni par ses dispositions ni par ses dimensions, la copie exacte d'un autre édifice. Celle de ces maisons royales où Darius a mis partout sa signature n'était ni la plus vaste ni peut-être même la plus richement décorée (fig. 292, n° 3). Ce sera pourtant elle que nous prendrons comme type

i. Flandin et Coste, Perse ancienne, Texte, p, d27. 2. Plutarque, Alexandre, XXXVIII.

n. Stolze, Pcraepolis, Bemerkungen.

du palais d'habitation. Cette préférence est facile à justifier : de tous les Mtiments de ce genre, celui-ci est le mieux conservé (fig. 293). Entre notre restitution (pi. IX) et les restaurations de cet édifice qui avaient déjà été présentées, il n'y a que des différences secondaires, qui portent sur le caractère de la décoration et sur celui de rentablement*.

Le palais de Darius est assis sur une terrasse qui domine d'environ trois mètres celle où Xerxès avait dressé sa prodigieuse colonnade. Comme autour de celle-ci, des bas-reliefs ornent le mur de soutènement et accompagnent les rampes, qui sont au nombre de quatre; il y en a deux à l'occident, et deux au sud. C'est au sud que se trouve la vraie façade, un portique de huit colonnes sur deux rangs, d'où une grande porte, percée dans le mur du fond, conduit à une salle hypostyle, qui comptait seize colonnes (fig. 294, 362 et 441). Ce portique antérieur compris entre ses deux antes, ces portes et ces niches lapidaires, cette salle hypostyle, tout cela nous est connu par la Salle aux cent colonnes ; il en est de même des bas-reliefs ciselés dans l'ébrasement des portes. On croirait donc, au premier moment, n'avoir sous les yeux qu'une copie très réduite de l'édifice colossal. La différence, c'est qu'il y avait ici un certain nombre de pièces, toutes rectangulaires, mais de différentes grandeurs, dont deux, celles qui étaient destinées aux portiers et aux gardes, s'ouvraient sur le porche, et les autres, au nombre de sept ou huit, au fond et sur les Hancs de la colonnade du centre; on distingue aussi, dans la partie postérieure de l'édifice, la trace de couloirs étroits qui communiquaient peut-être avec l'extérieur par de petites portes percées dans le mur de brique. Celles-ci ont disparu ; ce qui subsiste, outre des niches ménagées dans l'épaisseur de la muraille, ce sont de grandes baies bien appareillées, qui ont ceci de particulier qu'elles n'étaient pas closes, comme celles de la salle du trône, par de simples tentures. A la partie supérieure des faces internes de toutes les embrasures, on voit des refouillements qui n'ont pu servir qu'à recevoir les gonds de portes à deux battants. Une rainure circulaire de 0°*,22 de largeur sur 0",06 de profondeur règne dans toute la hauteur du chambranle et indique la place où étaient logés les pivots sur lesquels tournait le vantail (fig. 442, 443, 444).

La disposition tient de celle que la maison orientale a gardée jus-

1. Texier appeUe ce palais le Harem {DeHcription, t. II, pp. 180-181), parce que c'est, (lit-il, le nom sous lequel le désignent les habitants du pays; mais il n'allègue aucune raison qui justifie cette dénomination.

qu'à présent. Tous les appartements donnaient sur la grande salle couverte qui occupait le centre de Tédifice; ceux qui les habitaient se trouvaient ainsi protégés contre une trop vive lumière, contre la chaleur et la poussière du dehors. Les chambres à coucher et la salle à manger devaient être tout au fond ; c'est de ce côté que semblent avoir été ménagées les pièces les plus spacieuses et les mieux isolées. Plus petites, les pièces latérales peuvent avoir été destinées aux officiers de service et aux secrétaires. Ce qui.contribuerait à faire croire qu'elles n'avaient qu'une importance très secondaire, c'est que leurs baies ne s'ouvrent pas, comme celles de la façade et du fond, sur un entre-colonne-

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442. — Plan du pied-droit d'une porte. Flandin et Coste, Perse ancienncy pi. CXVIII.

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