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Histoire de VAH, t. V, pp

Quant aux grandes salles du trône, leur caractère même exclut toute idée d'un second étage. Chacun de ces énormes vaisseaux forme, à lui seul, un ensemble complet; il n'exige, il ne suppose même aucune dépendance. Rien de plus arbitraire et qui supporte moins Texamen que les restaurations de Fergusson, qui place au-dessus du plafond des salles hypostyles un second ordre supportant une plate-forme sur laquelle le roi serait venu adorer le feu. Où placer, dans l'économie de ces bâtiments, un escalier monumental semblable à ceux du palais et dont les volées eussent assez de champ pour atteindre une hauteur de 15 à 25 mètres? On n'imagine sans doute pas le roi grimpant, comme les ouvriers chargés de réparer la couverture ou de manœuvrer les tapisseries, par des cordes ou par des échelles.

La restauration de la façade principale, telle que nous la présentons (pi. IX), n'offre pour ainsi dire pas d'éléments qui laissent place au doute, comme on peut s'en convaincre en examinant les vues de l'état actuel données par Coste et par d'autres explorateurs *. Des morceaux du crénelage de l'escalier ont été retrouvés sur les côtés (fig. 340). Le perron existe jusqu'à la naissance de la frise formée de ces plantes à palmette terminale qui caractérisent la décoration perse (fig. 345, 346, 349). On aperçoit aussi la partie inférieure des griffons et du globe ailé. Les deux antes monolithes qui limitent le porche sont encore debout; l'une a gardé toute sa hauteur, 6",80; l'autre est tronquée. Le grand appareil du soubassement qui portait les ailes est encore en place jusqu'à la hauteur de l'escalier; il laisse voir la légère saillie du ressaut qui, aux angles, sert de base à une sorte de pilastre. Nous avons dit quelles traces avait laissées le portique, qui est double en profondeur. Quant aux portes et aux niches que l'on voit indiquées, au fond et sur les flancs de ce vestibule, elles sont toutes intactes (fig. 294). Le caractère de l'entablement est déterminé par le profil de la crémaillère que garde celle des antes qui est demeurée entière et par la place qu'occupent sur le sol les bases du premier rang de colonnes (fig. 293). Relevez les fûts; les chapiteaux se trouveront sensiblement en arrière des entailles où viennent s'appuyer les extrémités des poutres du toit. C'est cette singularité même qui révèle la vraie nature de cet entablement. Étant donnée la situation relative des têtes de murs et des supports, il faut que la couverture ait fait une forte saillie sur les colonnes, à la manière d'un auvent, et les dessins de M. Chipiez mon-

1. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. 114-117. Texikr, Description, pi. 417-118; DiEULAFOY, r Art antique, pi. 15, 16, 17 et 22.

trent comment ont dû être assemblées les pièces d'une charpente qui répondît à ces conditions (fig. 305 et 306)*. Cette disposition de la couverture ainsi projetée en avant est un caractère propre à Tarchi lecture orientale; on ne trouve rien de pareil dans les temples grecs même les plus anciens.

La part de la conjecture est donc bien faible dans notre restitution. Au-dessus du perron, nous faisons régner un crénelage d'un genre particulier : il fallait que les habitants de ce palais, lorsqu'ils se tenaient sous ce porche, pussent s'accouder sur cette rampe. Sur l'assise terminale des antes, nous avons placé un lion en arrêt. L'ante monolithe, sorte de pilier, appelait un couronnement, et l'on a retrouvé, parmi les ruines des édifices de la Perse, les débris de figures en ronde bosse qui ont dû jouer dans la décoration ce genre de rôle*. Si ces figures ne sont pas indiquées dans l'architecture simulée des tombes royales, c'est que, dans les façades funéraires, l'entablement supporte l'estrade sur laquelle sont placés le roi et l'autel ; devenu ainsi une sorte de socle, il s'est simplifié pour s'accommoder à cette fonction spéciale ; il a perdu ses membres supérieurs. Les parois du mur de briques où s'encadraient les baies du vestibule sont divisées en panneaux; audessus de ceux-ci court une frise formée de figures d'archers semblables à celles qui ont été retrouvées à Suse (pi. XII) ; toute cette décoration est en terre émaillée. Le faîte du pavillon central dépasse celui des pavillons latéraux ; ceux-ci ne renferment que des chambres, pièces qui n'ont pas l'importance du portique extérieur et de la salle hypo-

1. Le plan de Coste n'accuse pas moins cette particularité que celui de M. Dieulafoy, qui a été reproduit plus haut (fig. 293); mais Coste n'a pas su trouver dans l'auvent la solution du problème. Dans la restauration de cet édifice qu'il a présentée, il a légèrement avancé les colonnes ; il les a mises dans l'alignement des têtes de mur. Cependant il s'est gardé de modifier les résultais que lui avaient donnés les relevés exécutés sur Je terrain; il a mieux aimé laisser subsister entre son état actuel et sa restitution une contradiction qui témoigne à la fois de sa sincérité et de son embarras (voir Perse ancienne, pi. 121 et 121 bis).

2. Histoire de i^Ait, t. V, pp. 710-711. Nous indiquerons, à titre de curiosité, un rapprochement qui pourrait contribuer à justifier l'emploi que nous avons fait de ces figures isolées d'animaux en les plaçant au sommet des antes ou sur des socles. Une colonne d'Açoka,Ie célèbre réformateur bouddhiste de l'Inde, porte à son sommet l'image en ronde bosse d'un lion (E. Soldi, les Arts méconnus, p. 326). Or, quand Açoka bâtissait ses édifices deux cent cinquante ans environ avant notre ère, on n'était pas loin du temps où les palais de Persépolis étaient encore debout, et l'on sait quelles relations prolongées ont existé entre la Perse et la vallée de l'Indus au temps des Achéménides; une partie du bassin de ce fleuve formait ime satrapie de l'empire de Darius. Par cette voie, certaines formes caractéristiques de rarohitecfure royale des Perses auraient pu s'introduire jusque dans l'Inde, et, dans ce qui subsisterait de ces imitations, on pourrait parfois retrouver tel trait qui aurait disparu dans ce qui reste des modèles.

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