‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 338 sur 412 · Fr. Spiegel, Ibidem, p · texte numérisé non relu

Fr. Spiegel, Ibidem, p

h Tenlour, où trouvaient place les scribes et les gardes, il était très bien approprié aux exigences de la vie extérieure et publique du roi ; mais il n'aurait pas suffi à loger ses épouses et ses enfants, ainsi que le nombreux personnel attaché à leur service. Ici, comme dans les autres résidences, anciennes et modernes, des souverains orientaux, le harem formait certainement un quartier séparé; c'est ce que rappelle, à propos de Suse, le Livre dEsther^ où le narrateur distingue à plusieurs reprises la maison royale et la maison des femmes. Cette « maison des femmes », on est tenté de la chercher, pour Persépolis, à Tangle sudouest du plateau, dans un édifice dont il ne subsiste plus que quelques assises d'arasement, quelques fragments de colonnes, et des pans de murailles, avec la partie inférieure des figures que Ton rencontre aux mêmes places dans les autres constructions royales (fig. 290, n"* 4). Il y*a là les débris d'un perron qui faisait face à celui du palais de Darius. Les deux bâtiments se regardent; ils paraissent ainsi se faire pendant, comme s'ils étaient les deux moitiés similaires d'un même ensemble. La position reculée qu'occupent ces ruines, à l'une des extrémités de l'esplanade, convient fort bien au harem.

L'inscription de l'escalier ajouté après coup à l'œuvre de Darius est ici répétée, sans une variante, sur le soubassement. Les deux travaux ont donc été exécutés en même temps. Darius avait ailleurs son harem ; les restes en sont peut-être cachés spus la butte de décombres, non encore déblayée, qui s'élève à l'est du palais de ce roi. Ochus possédait plus de femmes et d'eunuques que son vaillant ancêtre ; on sait, parles historiens grecs, combien, de la lin du sixième au milieu du quatrième siècle, les mœurs s'étaient amollies chez les Perses. L'ancien quartier des femmes était devenu insuffisant. Ochus en bâtit un nouveau plus spacieux et plus riche. Comme, pendant les séjours qu'il faisait à Persépolis, il résidait parfois dans le palais auquel était attaché le souvenir du second fondateur de la monarchie, il voulut ménager, entre les bâtiments, une communication plus rapide ou tout au moins plus commode que celle qui résultait des dispositions primitives; la porte ouverte dans le mur occidental et Tescalier qui y faisait suite permettaient au prince d'aller et de venir sans avoir à passer par la salle hypostyle et par le grand vestibule.

On objectera peut-être que les scènes figurées sur les parois du palais d'Ocluis n'ont rien qui les dislingue de celles que l'on trouverait dans les autres palais. On remarquera d'abord que les seuls bas-rehefs conservés sont ceux du soubassement ; nous ne savons ce qu'il y avait

dans les chambranles. La sculpture perse dispose d'ailleurs d'un si petit nombre de thèmes, elle les ressasse avec une docilité si routinière, qu'il n'y aurait pas lieu d'être surpris si, sans se préoccuper de la destination du bâtiment, l'artiste avait partout répété ici les images que son ciseau était habitué à semer sur la face des escaliers où devait monter son maître et des portes par lesquelles il devait passer.

Ce heu^em, si harem il y a, n'était pas moins voisin d'un autre édifice, de celui que l'on appelle le palais de Xerxès, parce que ce roi y a mis en plusieurs endroits sa signature (fig. 390, n° 5)*. C'était, après les deux grandes salles du trône, le plus vaste édifice du plateau; sa surface était de 2120 mètres carrés. Il n'y a pas lieu de le décrire en détail ; il est, dans son ensemble, moins bien conservé que le palais de Darius et il en reproduit les dispositions, mais à plus grande échelle (fig. 445). C'est ainsi que le portique antérieur a douze colonnes au lieu de huit, et qu'il y en a trente-six au lieu de seize dans la salle hyposlyle^. Des deux côtés de cette salle et du portique il y a des chambres ; mais ici elles sont plus grandes et, dans les deux principales de ces pièces, le toit était soutenu par quatre colonnes. La seule différence notable, c'est que, dans le palais de Xerxès, il n'y a pas d'appartements en arrière de la salle hypostyle. On avait tenu à ménager une terrasse très spacieuse en avant de la façade et, pour obtenir ce résultat, il avait fallu si bien reculer l'édifice sur la plate-forme, que le mur de *ond du salon central est planté presque sur le bord du vide, au-dessus de cette terrasse méridionale qui est de toutes la plus basse. On remarquera le canal souterrain qui court sous le palais dans toute sa longueur, et qui, vers le fond de la grande pièce du milieu, se sépare en deux branches. La pente très marquée qu'il prend au sortir de l'édifice semble indiquer que c'était un égout (fig. 446) ^ Plusieurs rampes donnaient accès à ce bâtiment ; l'une d'elles, à l'angle sud, offre cette particularité que, seule parmi tous les escaliers de l'esplanade, elle est perpendiculaire et non parallèle au mur du terre-plein où elle conduit. Les degrés sont taillés dans le roc ; point de parapet ; aucun ornement.

i. Flandin et GosTE, Ferse ancienne, Texte, pp. ilO-dfS.

2. C'était la roche vive qui formait le sol de cet édifice. Là ofi se dressaient les colonnes, il y a des saillies du roc qui en marquent la place, saillies auxquelles adhèrent encore quelques fragments de bases.

3. C'est l'existence de ce canal qui avait induit Texier à appeler cet édifice les Bains, Nous avons vu qu'il y avait des canaux de ce genre sous la grande salle hypostyle de Xerxès, à laquelle on ne rêvera jamais de prêter cette destination. Ici, dans un palais habité, iJ fallait des conduits qui emmenassent les eaux vannes, les immondices.

La décoration sculpturale de cet édifice ne sort pas de la règle commune, sauf qu'ici la lutte symbolique du roi et des monstres, motif pour lequel les sculpteurs de Darius semblent avoir eu une prédilec-

4i5. — Le palais de Xerxès. Plan. Flandia et Coste, Pe}*»e ancienne^ pi. CXXXI.

tion très marquée, est remplacée dans les chambres latérales, aux fenêtres et au tableau des portes, par des figures de serviteurs qui tiennent des serviettes et des vases à parfums, substitution que Ton

pourrait expliquer par le développement graduel du faste de la vie royale.

Le palais de Darius fait face au midi; comme toiis les autres édifices de Tesplanade, le palais de Xerxès regarde le nord ou, pour parler plus exactement, le nord-ouest. Peut-être faut-il chercher là une des raisons qui ont décidé Xerxès à ne pas se contenter de la maison bâtie par son père. C'était une habitation d'hiver que celui-ci s'était préparée ; il l'avait tournée de manière qu'elle s'ouvrît largement aux rayons du soleil, dans la saison où ceux-ci sont les bienvenus. Xerxès voulut pouvoir résider à Persépolis dans un autre temps, alors même que l'astre puissant est un ennemi contre lequel on se met en garde, et

446. — Le palais de Xerxès. Coupe longitudinale sur Taxe du canal. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. CXXXV.

il revint à l'orientation qui, sous ce ciel de feu, est de beaucoup la plus favorable pendant la plus grande partie de l'année*.

Si le plan des deux palais élevés par les premiers princes de la deuxième dynastie perse en laisse deviner la destination et le caractère, si les textes qui y sont gravés en nomment les fondateurs, on ne sait trop, en revanche, à quel prince attribuer le petit édifice dont les restes se trouvent à 55 mètres vers l'est du palais de Xerxès, ni quelle idée s'en faire (fig. 290, n** 6)*. Pas d'inscription; quant au plan, il est singulier. L'édifice n'a pas été déblayé; la construction y est enterrée jusqu'à une assez grande, hauteur (fig. 304 et 447); on reconnaît pourtant

1. Persépolis devait, moyennant certaines précautions, être très habitable même pfMidant Tété. On y est déjà à 1 699 mètres au-dessus du niveau de la mer. M. Houssay y a st'journé au mois de juillet; le thermomètre y marquait à l'ombre, vers deux heures de raprès-midi, de 40 à 41 degrés; mais c'était à l'ombre en plein air. La chaleur- irradiée du sol que le soleil chauffait à quelques pas de là se faisait naturellement sentir au thermomètre. Dans les vastes salles des palais, derrière leurs murs épais, quand tout<*s les tentures étaient baissées, la température devrait être inférieure d'au moins 10 ou 45 degrés à celle du dehors. On avait d'ailleurs, pour se reposer des fatigues du jour, les nuits qui sont d'une exquise fraîcheur. Le matin, il n'y a guère plus de l.H à 20 degrés.

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