Histoire de l\irt, t. V, pp. ;i28, note 4, t^t p
sur Tesplanade, un seul monument qui porte la marque du style des Séleucides, des Parthes ou des Sassanides. L'œuvre de destruction avait été commencée par les incendies qu'allumèrent les Macédoniens ; dans la Salle aux cent colonnes, le sol est jonché de cendres ; au palais de Xerxès, les pierres paraissent avoir été fendues profondément par une violente chaleur * ; mais les édifices qu'avait épargnés la torche de Thaïs n'ont pas dû survivre longtemps à ceux où elle avait promené la flamme. Ils ont dû périr à peu près de la même manière, par la chute du comble s'abattant à l'intérieur et renversant les colonnes. Quand les toitures n'ont plus été surveillées et entretenues, les eaux qui s'infiltraient à travers ont dû bientôt atteindre et faire pourrir les architraves de bois; un peu plus tôt, un peu plus tard, celles-ci se sont rompues sous le poids du lourd matelas de terre qu'elles avaient à porter. Ailleurs, ce sont peut-être les murs en brique crue, sur lesquels reposaient les extrémités des poutres, qui se sont fendus les premiers et qui ont amené ainsi la dislocation de la charpente. La construction ne présentait pas ici la même solidité, les mêmes chances de durée que dans les temples de l'Egypte et de la Grèce, où l'entablçment est de pierre. Peut-être cinquante années d'abandon suffirentelles à mettre ces bâtiments dans un état qui ne différait guère de celui où nous les voyons aujourd'hui ; car il ne semble pas que les généralions suivantes soient venues chercher ici beaucoup de matériaux. Pour s'en procurer, le plus simple aurait été de commencer par prendre ceux qui étaient disponibles, plutôt que s'astreindre à dépecer, non sans peine, un appareil très résistant et à briser les énormes monolithes des chambranles et des antes ; or on voit encore, gisant à terre sur plus d'un point de l'esplanade, des pierres de taille et des tambours tout préparés, mais qui n'ont jamais servi. Le transport aurait d'ailleurs présenté de grandes difficultés ; on n'arrive au plateau et on n'en sort que par une longue suite de degrés qui ne se serait point prêtée aux charrois. Si les gens d'Istakhr voulaient de la pierre de taille, ils n'avaient pas besoin d'aller si loin pour en trouver; ils en avaient sous la main dans leurs anciens édifices; cependant plusieurs de ceux-ci, la porte fortifiée, les autels du feu, sont restés presque intacts. C'est sans doute que les traditions de l'architecture royale des Achéménides se sont bien vite perdues, après que cette dynastie fut tombée. Dès lors, dans cette province, on employa surtout la brique, qui était d'un usage
1. SioLZE,Persepolis,Beme)'kungen. Texier {Description de l* Arménie et de la Perse, t. ÎI, p. 184) a fait la même remarque.
plus facile et plus expéditif. Istakhr même a cessé d'exister depuis neuf cents ans, et aujourd'hui que feraient de ces beaux blocs les habitants des misérables villages de la plaine, où les placeraient-ils dans leurs huttes aux murs de pisé? Tout ce qu'ils ont pu dérober à ces ruines, pendant de longs siècles, c'est, de temps en temps, une dalle arrachée aux pavages de la plate-forme et destinée à leurs cimetières ; c'est, plus souvent encore, un fragment de fût qui sert de rouleau pour tasser el lisser, après les pluies, la couche d'argile battue qui forme la couverture des maisons. Cette pratique est générale dans toutes les contrées de l'Orient où les toits sont en terrasse; peut-être suffit-elle à expliquer comment ont disparu toutes les colonnes d'un faible calibre, celles par exemple des palais d'habitation.
§8. — LES PALAIS AUTRES CfUE CEUX DE PERSEPOLIS
L'étude des ruines de Persépolis nous a fait connaître l'esprit et les méthodes de l'architecture perse; elle a permis de restaurer les plus importants des édifices que les princes achéménides aient bâtis comme sièges de leur royauté. L'art du puissant empire se trouve donc représenté, dans cette histoire, par trois types différents, celui de la salle du trône ouverte, celui de la salle du trône fermée, et enfin celui du palais d'habitation. A la rigueur, il serait possible de s'en tenir à ces données ; si Ton a cru devoir y joindre ici quelques indications sommaires sur certains restes de monuments du même genre qui ont été découverts sur d'autres points du territoire, ce n'est pas qu'elles changent rien à l'idée que nous avons été amené à nous faire des constructions royales, qu'elles y ajoutent quelque trait vraiment nouveau. Elles ont pourtant un intérêt : elles servent à montrer que l'art officiel de la monarchie achéménide a été partout semblable à lui-même. 11 a pu, suivant les pays, faire dans ses bâtiments une part plus ou moins large à telle ou telle matière, substituer, par exemple, en Susiane, les bas-reliefs de terre émâillée aux bas-reliefs de pierre; mais il n'a pas modifié le caractère de la forme. Si, dans quelques édifices dont le plan n'est pas lisible tout entier, oii trouve des dispositions qu'il est difficile de s'expliquer, partout reparaissent, avec des proportions semblables, les mêmes bases de colonne avec les mêmes fûts et les mêmes chapiteaux, partout les mêmes séries de figures, distribuées dans un ordre pareiL
LES palais; autres que ceux de PERSÉPOLIS. 751
Voici par exemple la ville d'Istakhr; elle a survécu, jusqu'en plein moyen âge, aux palais de Tesplanade voisine*. Sur le site qu'elle occupait jadis, on voit, en plusieurs endroits, des débris de colonnes et de chapiteaux (fig. 383, C) ; or, dans ceux-ci, on reconnaît les deux types, le simple et le composé*. Istakhr avait donc plusieurs édifices qui datent du même temps que ceux de Persépolis ; mais un seul a laissé autre chose que des traces confuses ; on croit y deviner les restes d'un palais (fig. 383, A). Il y a là une colonne encore fout entière debout, avec le torse des taureaux qui la surmontaient; les bases de huit autres colonnes sont encore en place ; plusieurs jambages de portes et de niches se dressent tout auprès, et le sol est jonché de tambours qui se sont couchés à terre sans se séparer (fig.
303). C'en est assez pour attester l'importance du bâtiment ; mais l'embarras commence lorsqu'on cherche à en rétablir le plan. Chambranles et fûts paraîtraient avoir été
1. Après la conquête arabe, les habitants dlstakhr, très attachés au culte du feu, s'étaient plusieurs fois révoltés contre leurs nouveaux maîtres, et la ville avait déjà dû souffrir, au cours dos luttes provoquées par ces insurrections; mais c'est seulement vers la fin du dixième siècle, dans une des guerres qui désolèrent la Perse sous Samsaned-Daulah, qu'elle paraît avoir été détruite et abandonnée (BAnBiER de Meynard, Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Pêne, p. 49).