Stolze, PersepoUs, pi. 127, et Bemerkungen
rondes. Sur le sommet de chaque colonne, il y a une vache. On dit que c'a été autrefois un temple du feu. Les bazars l'entourent de trois côtés ^ » Le mur en blocage avec ses contreforts n'est pas autre chose que l'enceinte bâtie après le triomphe de Tislamisme pour entourer les cours de la mosquée. Quant à la partie de celle-ci où étaient établis le mihrab et le nimber, la partie couverte, c'était la colonnade jadis érigée par un prince achéménide; on en a la preuve dans l'observation du narrateur, que les piliers se terminaient par un corps de vache. Les gens d'Islakhr savaient
449. — Istakhr. L'édifice principal. Plan de la partie antique. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. LXI.
que le monument était très ancien, qu'il remontait aux antiques dynasties, adoratrices du feu. Us se trompaient en croyant reconnaître ici un temple; le palais, sous les Sassanides, avec ses grandes pièces voûtées, avait pris un caractère très différent de celui qu'il avait reçu des architectes de Darius et de Xerxès; on s'explique donc aisément cette méprise. Sans le désastre qui a frappé Istakhr dans un temps assez rapproché du nôtre, le voyageur entendrait peut-être aujourd'hui la profession de foi des musulmans retentir sous le toit d'un édifice où, vingt-trois à vingtquatre siècles plus tôt, la piété du monarque avait dâ graver quelque part sur le mur le nom et l'image de son souverain maître, Ahura-Mazda.
1. Cité par Nœldeko dans son article Persepolis de CEncyclopwda britannica, 9'' édition, t. XVIII, p. 5o8.
TOMK y. Oii
45U. — Chiraz. Vue des ruines d'un palais. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. LV.
La plaine fertile où s'élève, au milieu de ses beaux jardins, la capitale moderne du Fars, Chiraz, offre aussi des débris d'un bàtimenl antérieur à Tislamisme. C'est celui que Ton voit à 6 kilomètres vers le sud-est de la ville et que les habitants de Chiraz appellent Taklit-i-
Mader Suleïman ou M edjid'i'Mader Suleïman , <( trône » ou « mosquée de la mère de Salomon ». On y voit encore debout trois grandes portes toutes semblables à celles qui se dressent en si grand nombre sur le
plateau de Persépolis (fig. 450) ; la place de la quatrième est marquée par plusieurs blocs gisant à terre. On retrouve ainsi le plan d'une salle carrée qui avait 13 mètres de côté (fig. 451). Des morceaux de corniche et des gradins d'escalier sont épars aux alentours. Dans l'épaisseur du tableau des baies, on retrouve ces figures des serviteurs portant des serviettes ou des vases avec lesquelles on a fait connaissance dans les édifices du Takht-i'Djemchid (fig. 452). Tous ces débris portent l'empreinte manifeste du style de l'architecture royale des Achéménides. La question est de savoir si ce palais a été construit, comme on serait tenté de le croire à première vue, pendant la durée du premier empire perse, ou bien si, comme l'ont pensé plusieurs des explorateurs qui ont étudié ce site, on aurait là les restes d'un monument bâti plus tard, avec des morceaux arrachés aux ruines de Persépolis, puis transportés et remontés ici pour satisfaire un caprice
451. — Chiraz. Plan de l'édifice. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. LV.
452. — Chiraz. Elévation et coupe de 1 une dos portes. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. LV.
princier'. Les profils des plates-bandes ou linteaux, dans les chambranles des portes, ne se superposent pas exactement, n'étant pas de même dimension, et les baies ont pour seuil des fragments de corniches à canaux. 11 y a aussi des traces de murs construits avec des moellons jetés confusément dans le mortier. On a proposé de trancher la question en allant chercher, dans les édifices de Persépolis, la place qu'y auraient laissée vide ces fragments; mais on ne la trouverait pas, que le problème ne serait pas résolu. Il y a eu, sur l'esplanade du Takht-i-Djemchidy dans la plaine voisine et à Istakhr, plus d'un édifice qui est aujourd'hui complètement détruit et d'où pourraient provenir ces débris.
On ne saurait avoir les mêmes doutes à propos d'un monument que nous avons déjà eu l'occasion de mentionner, de celui dont les traces ont été signalées à Hamadan, l'ancienne Ecbatane^. On y lit le nom d'Artaxerxès II gravé sur le tore des bases, et celles-ci reproduisent un des types qui nous sont connus, ce qui permet de croire à une réplique de l'un des palais persépolitains. Par malheur, le plan n'en a pas été levé; ni Texier ni Coste n'ont vu ces ruines. Le seul édifice antique dont ce dernier explorateur ait reconnu les restes à Hamadan est plus difficile à dater. Point d'inscription, et des formes d'un caractère très particulier. A 2 kilomètres d'Hamadan, vers le sud-est, sur un terrain où nombre de gros blocs indiquent le site d'une construction importante, deux colonnes laissent encore voir en place leurs assises de fondation (fig. 453). L'une de ces assises est presque complètement enterrée; mais l'autre, qui paraît correspondre à un fût d'un plus fort calibre, est dégagée tout entière. Elle est monolithe ; un disque de 56 centimètres d'épaisseur et d'un diamètre de 2^,20 fait corps avec un socle qui, enfoncé dans un creux du roc, a 5 mètres de long et 2 naètres de haut. Entre ce socle et le départ du cylindre, une légère entaille, ce que l'on nomme un grain d'orge (fig. 454 et 455). Ce disque formait-il la naissance du fût, ou plutôt n'était-ce point une sorte de base, un plateau circulaire semblable à celui sur lequel porte la colonne de Pasargade
i. Histoire de VArt, t. V, pp. 579-580. Comme Morier, Niebubr avait aussi déjà jugé que l'édifice était fait de pièces et de morceaux {Voyage en Arabie, tr. fr., t. H, p. 136).
2. Histoire de VArt, t. V, p. oOl, note 2. Nous avons retrouvé à l'Exposition universeHe de 1889, dans la section de la Perse, le fragment de base qui porte l'inscription; il y faisait partie de la collection de M. Richard, professeur à l'école militaire de Téhéran. U n'a jamais, comme on l'avait cru, appartenu au musée de Tiflis. M. Ermakov, photographe établi à Tiflis, en avait pris un cliché à Téhéran, et c'est lui qui en a répamlu des épreuves en Europe; de là l'erreur.
(fîg. 391)? Pour choisir entre ces deux hypothèses, il faudrait mesurer le diamètre des tambours qui sont là couchés sur le sol. En tout cas, disques et fûts étaient lisses, autre trait qui rappelle Tunique support encore debout près du tombeau de Cyrus. 11 est permis d'induire de ces
453. — Hamadan. Vue des restes d'un ancien édifice. Flandin et Coste, . Perse ancienne, pi. XXV.
analogies que le monument d'Ecbatane est à peu près contemporain de celui de Pasargade ; il serait de même antérieur au temps où ont été fixées les règles de ce que Ton peut appeler l'architecture classique de la Perse.
Le Grand Roi, à Ecbatane, était bien loin de ses provinces occidentales ; il ne devait guère y demeurer que pendant quelques semaines , pour échapper aux grandes chaleurs de Tété. Suse est celle de ses résidences où il paraît avoir tenu le plus habituellement sa cour. II y était moins loin qu'à Babylone de son pays natal, de cette Perse où sa sépulture était préparée auprès des tombes de ses ancêtres, et les nouvelles lui arrivaient là presque aussi rapidement*; on court vite à
45i, 455. — Hamadan. Plan «t profil d'une base. Flandin et Coste, Perse ancienne ^ pi. XX V,
\ . Strabon, XV, III, 2.
franc étrier, en pays plat, à travers la Mésopotamie et la Susiane. C'était d'ailleurs un merveilleux séjour d'hiver : le climat y reste d'une douceur charmante, alors que le vent glacial du nord promène des ouragans de neige et de pluie sur les hautes terres de l'Iran et se fait même parfois sentir assez durement jusque dans les grandes plaines découvertes de la Chaldée. On est ici moins loin de la mer et mieux protégé contre la bise par le rempart élevé des montagnes voisines*.
Aux yeux des Grecs, Suse était la vraie capitale de l'empire. C'est là qu'Eschyle a placé la scène de sa tragédie des Perses, et là aussi que les exilés et les ambassadeurs grecs étaient reçus par les princes Achéménides. Strabon est pourtant le seul historien qui fournisse quelques détails sur l'étendue de cette ville et sur son aspect. « Suse, dit-il, passe pour avoir été fondé par Tithon, père de Memnon, qui lui aurait donné avec un mur de 120 stades la forme oblongue qu'elle a. Suivant quelques écrivains, les murs, les temples et le palais royal de Suse étaient, comme ceux de Babylone, construits en briques cuites au feu et liées avec du bitume. Polyclète, au contraire, dit que Suse était sans murs, et qu'elle avait 200 stades de tour. Les Perses prirent soin d'embellir Suse plus qu'aucune autre résidence royale ; cependant ils n'estimèrent pas moins Persépolis et Pasargade^ »
Strabon sait aussi que les palais royaux étaient situés, comme la forteresse proprement dite, sur la butte ; il l'atteste ailleurs en termes formels^ Quant au rôle que jouent dans la construction la brique et le bitume, les fouilles ont confirmé ses dires. Enfin on s'explique aisément jusqu'aux divergences des témoignages qu'il a recueillis. Suse devait être entourée de murs, sous ces vieux rois nationaux qui eurent si souvent à la défendre contre les agressions des conquérants babyloniens et ninivites, et c'est bien ainsi que la figure une sorte de plan, tracé par une main assyrienne, qui fait partie des tableaux où les sculpteurs d'Assourbanipal ont représenté les principaux épisodes de ses campagnes en Elam (fig. 456) ;.mais qui aurait pu songer à l'attaquer, alors que, de Cyrus à Darius Codoman, elle était devenue le séjour préféré des maîtres de l'Asie? Pendant ces deux siècles et demi de paix et de prospérité, elle a laissé s'écrouler ses remparts de brique crue et en a brisé la ceinture, bientôt devenue trop étroite. Pour peu que l'on connaisse ces villes de
i. La mission Dieulafoy a passé deux hivers à Suse. Elle n'y a jamais vu, dans le jour, le thermomètre au-dessous de i5 degrés; la nuit, il descend quelquefois jusqu'à 3 ou 4. Une seule fois, on a vu, avant le lever du soleil, une légère pelée blanche.