‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 345 sur 412 · Strabon, XV, m, 2L · texte numérisé non relu

Strabon, XV, m, 2L

rOrienl, avec leurs vastes faubourgs, avec leurs maisons cachées dans des jardins, s'étonnera-t-on que deux voyageurs, à quelque cinquante ans de distance, aient pu évaluer de manière très différente l'espace sur lequel était répandue la population urbaine agglomérée autour de la colline artificielle qui en formait le centre?

Cette butte n'a jamais perdu le nom qu'elle a reçu du premier chef de tribu qui a décidé de placer là le château d'où il dominerait et gouvernerait ces riches campagnes. Aujourd'hui encore, on appelle Shush le large tertre qui, à quelques lieues de Dizful, couvre une superficie de plus de 100 hectares et s'élève à 22 mètres, sur quelques points même à 36 mètres, au-dessus du niveau de la plaine (fig. 286).

456.— Plan assyrien de Suse. Layard, A second séries ofthe monuments o f Nineveh fpl.XLlX,

Grâce à la persistance de cette appellation, il a été facile de fixer le site de Suse. D'après ce que l'on savait de cette ville, de son passé si long et si brillant, on était fondé à croire que la butte cache dans ses flancs les débris de plus d'une construction importante, qui s'y seraient superposés par ordre chronologique, comme l'ont fait, sur la surface de la planète, les lits successifs des dépôts sédimentaires. Suse ayant perdu pour toujours, après la conquête macédonienne, son rang de capitale, on avait lieu de penser que les restes des édifices de la période achéménide forment la couche supérieure, celle que l'on rencontrerait la première en attaquant le tumulus par en haut. Ces prévisions se sont pleinement réalisées. Dès les premiers coups de pioche qu'il a donnés sur l'un des points culminants du tertre, Loflus a mis au jour des bases où l'on a bientôt lu les noms de Darius et d'Artaxerxès (fig. 292). D'autres tranchées lui révélaient un édifice qui lui parut avoir la plus étroite ressemblance avec la grande salle hypostyle de Xerxès qu'il avait vue h Persépolis; mêmes dimensions colossales, mêmes éléments figurés

(fig. 457) \ Trente et quelques années plus tard, M. Dieulafoy a pu reprendre dans de meilleures conditions, avec plus de temps et d'argent, le déblayement commencé par son prédécesseur. Si, contraint de partager entre plusieurs chantiers les bras dont il disposait, il n'a pas achevé de dégager complètement l'édifice grandiose sur lequel s'est porté son principal effort, du moins en a-t-il découvert de nouvelles et plus considérables parties. En même temps, il cherchait à se faire une idée de l'ensemble des constructions qui s'étaient groupées en cet endroit et du

4:i7. — Suse. Fût de colonne et fragment de chapiteau. D'après une photographie

de M. Houssay.

caractère de l'enceinte qui les enveloppait ; les tranchées qu'il a ouvertes sont marquées sur le plan général que nous lui avons emprunté (fig. 286). Enfin, il a réussi à enlever et à rapporter jusqu'en France des fragments nombreux et variés de divers édifices, depuis Ténorme chapiteau de pierre qui fait si noble figure au Louvre jusqu'à ces centaines de briques émaillées qui ont été une surprise et une révélation pour le

I. LoKTUs, Travels and researcheSy ch. xxv-xxxi. L'impression que Loflus^un des voyageurs les plus intelligents et les plus sagaces <[u'il y ait jamais eu, avait gardée de ses fouilles, c'était que la salle hypostyle de Xerxèsà Persépolis et celle d'Artaxerxès à Suse, dont la ressemblance Tavait frappé, n'avaient jamais été closes de murs, n'étaient fermées que par des draperies {Travels, p. 374-375). IIMéclare avoir cherché en vain, au moyen de plusieurs tranchées, la trace d'un mur^interposé entre le quinconce et les portiques latéraux.

gros du public et même pour les artistes, sinon pour les archéologues bien informés.

Nous avons amplement profité des matériaux que Ton doit à l'énergie et à rhabileté de M. Dîeulafoy; nous nous en sommes servis pour représenter par des dessins pris sur les originaux des types qui jusqu alors, comme celui du demi-taureau de la colonne, n'étaient guère connus que par des interprétations plus ou moins fidèles (fig. 463-i66j; nous en avons surtout usé pour faire comprendre quels effets le décorateur perse a su tirer du modelage de l'argile et des vives couleurs qu'il y incorporait par la cuisson. Cependant nous n'essayerons pas de faire pour le grand palais de Suse ce que nous avons fait pour les principaux édifices de Persépolis; il convient de laisser à M. Dieulafoy rhonneur et les périls de l'entreprise. A défaut même de ce scrupule, ce qui nous aurait arrêté, c'est que l'auteur de ces découvertes n'a pas encore publié l'ouvrage où il compte exposer les résultats de ses fouilles, réunir tous les levés qu'il a faits sur le terrain et justifier les partis qu'il prendra dans ses restitutions.

Peut-être s'étonnera-t-on de ne pas trouver ici, à défaut de cette élude personnelle dont les éléments n'étaient pas entre nos mains, quelques renseignements sur la restitution du principal édifice de Suse telle que M. Dieulafoy l'a montrée, en 1889, aux visiteurs de l'Exposition universelle; on se demandera pourquoi nous n'avons pas transcrit tout au moins son plan restauré. Voici les raisons qui nous ont décidé à nous abstenir.

Ce n'est pas un plan unique, c'est trois plans que M. Dieulafoy a successivement présentés de son Apaddna, comme il l'appelle, trois plans qui se distinguent l'un de l'autre par des différences notables*. Dans le plan de 1884, point de portique antérieur, mais seulement deux portiques latéraux. M. Dieulafoy avait déjà vu Suse, mais il n'y avait pas fait de fouilles quand il a publié ce premier croquis : celui-ci ne compte donc pas; mais où l'embarras commence, c'est quand on compare le plan de 1887 à celui de 1889. Dès 1887, M. Dieulafoy disposait de toutes les données que lui avaient fournies ses travaux sur le terrain, et le plan qu'il communiquait au critique très compétent charge d'annoncer ses découvertes dans la Gazette archéologique n'était autre

1. Dieulafoy, VAH antique de la Perse, II, fig. 17. A. Ciioisy, Lea fouilles de Si«f ei Vart antique de la Perse, p. 12, Vv^. 1 {Gazette archéologique, 1887, pp. 8-18). Voir enfin le modèle en relief que renferme la salle réservée aux missions, dans Texposilion du ministère de l'instruction publique, au premier étage du Palais des arts libéraux.

que celui qui a été proposé par Fergusson pour la salle hypostyle de Xerxès à Persépolis (fîg. 431) ; il n'en différait que par un trait, par la suppression des pièces que Fergusson a ajoutées sur la façade pour remplir des vides triangulaires qui sont d'un aspect fort désagréable. Deux ans après, on se trouve en présence d'une tout autre conception. Il y a bien encore trois portiques ; mais celui qui formait autrefois la façade a été rejeté par derrière le quinconce. La salle hypostyle, au lieu d'être close par un mur sur ses quatre côtés, ne l'est plus que sur trois; par devant, point de muraille, rien qu'une colonnade ouverte, comprise entre deux antes qui affectent l'apparence détours assyriennes \ Lequel de ces deux plans contradictoires fallait-il reproduire? Avec celui de 1889, Fauteur a-t-il dit son dernier mot, ou n'y doit-on voir qu'un expédient inventé pour éclairer la salle, qui autrement eût été plongée dans une obscurité profonde, et pour mieux faire jouir le spectateur du coup d'œil de l'intérieur et de ses longues nefs qui fuient entre de hautes colonnes *? Après avoir déjà une première fois changé d'avis, M. Dieulafoy ne reviendra-t-il pas à la disposition qu'il avait adoptée tout d'abord? Celle-ci avait l'avantage d'être conforme aux habitudes de l'architecture perse ; avec deux ailes de plus, c'était, trait pour trait, le plan de la Salle aux cent colonnes.

Faute de documents, nous ne chercherons pas ici laquelle des deux restaurations proposées s'accorde le mieux avec les traces de construction que les fouilles ont mises à découvert ; mais il est une observation sur laquelle nous ne pouvons nous dispenser d'insister. Quoi que l'on puisse penser du parti très imprévu auquel semble s'être arrêté M. Dieulafoy, il n'y a aucun compte à en tenir lorsqu'on restitue les édifices de Persépolis. Pour ce qui est de ceux-ci, il est démontré, par la comparaison de tous les plans, que la salle hypostyle y était toujours précédée d'un portique. Il ne saurait y avoir doute à ce sujet, ni pour les palais d'habitation ni pour la Salle aux cent colonnes ; celle-ci a évidem-

1. Nous doutons fort des rainures que M. Dieulafoy a mises sur les faces de ses pîUers. Si ce genre d'ornement avait été dans la pratique courante de Tarchitecture perse, pourquoi ne le retrouverions -nous pas sur les antes de pierre qui subsistent encore en avant de la Salle aux cent colonnes, du Palais de Darius et de celui de Xerxès? Ces antes sont lisses ; on remarquera de plus que leur masse est entamée, vers son pied, par le corps des taureaux, au moins dans le premier de ces édifices, ce qui exclut ridée d'un panneau ainsi ménagé sur la paroi. Ce panneau aurait été tronqué; le motif aurait perdu tout son effet.

2. M. Dieulafoy pouvait obtenir ce résultat à moindres frais, en supprimant, par convention, le portique antérieur et le mur de façade, en présentant une section transversale analogue à celle qui, pour la Salle aux cent colonnes, nous a donné notre vue perspective de Tintérieur (pi. VUI).

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