‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 35 sur 412 · Vue de Kumhet · texte numérisé non relu

Vue de Kumhet

lesquels ils descendent jusqu'au Pont-Euxin et à la Méditerranée, de grands lacs s'emplirent et se vidèrent par de brusques secousses. Au cours de ces longues périodes pendant lesquelles s'opérèrent les remaniements qui ont donné à la péninsule le relief que nous lui voyons, celte partie du plateau, composée de roches éruptives jadis projetées par les volcans de ce que les anciens appelaient la Phrf/gie brûlée^ aurait été

monomenl de Midas, je Tai montré à M. Miinier-Chalmas, qui me communique la noie suifanle : « La roche que j'ai examinée est le résultat de projections volcaniques de IVpoqoe miocène ou pliocène. C'est un tuf rhyolithique renfermant des fragments de ponce et d'obsidienne. Au microscope, on y voit des cristaux brisés de quartz, d'orlhosc, d'oligoclase et d*amphibole, disséminés au milieu d'une pâle amorphe. On remarque encore un fragment de schiste à séricite ou à mica blanc, arraché à une roche plus ancienne, qui présente un cristal bleu de tourmaline. »

1. Ce dessin a été exécuté par M. Tomaszkievicz, d'après une photographie de M. Gustave Fougères, membre de l'École française d'Athènes. Elle est prise du côté opposé à celui où 5« voit la tombe que nous étudions ot que nous n^pn'sentons plus loin.

parcourue par des couranis impétueux qui s'y seraient creusé désagrégeant et en détruisant les parties les plus tendres d( Les traces d'érosion sont faciles à distinguer, surtout sur les rocs isolés, de ceux qui ont résisté, grâce à leur densité sup à la moindre force du flot, que divisaient et brisaient par obstacles qui en rompaient Télan ; les amas de blocs détach conséquence de l'écroulement des crêtes, minées en dessoui pierre était moins ferme, par les remous ou les coups de béli rent^ ailleurs celui-ci, en longeant ses berges, les a polies et miirà verticaux. C'est par une action analogue des eaux coui la scienfce explique l'aspect que présentent les terrains de la foi taineblêau, aspects qui nous revenaient souvent à la mémoir que nous parcourions les environs de Sëid-eUghazi ,, l'ancienne Avant que les premiers habitants du î)ays fussent armés, le sont aujourd'hui, de bonnes cognées de fer, ils ne résistèrei tentation de creuser leurs demeures dans la roche friable qu'i partout à leur portée. D'ailleurs, alors même qu'ils disposèren ments qui leur permettaient d'abattre rapidement les pins et d ter à la longueur voulue, ils ne renoncèrent pas à s'abriter, pendant la mauvaise saison, dans les flancs des collines ou d isolés qui surgissent, sur plus d'un point, dans la vallée. L'hi très froid ici; on est, dans tout ce canton, à plus de mille n dessus du niveau de la mer; le 12 juin, à Kumbet^ notre the ne marquait, vers six heures du matin, que six degrés au-dessi et, quand nous avons couché dans les cabanes en troncs de pi s'était, depuis quelques jours, établi pour l'été, il nous falFait < le feu toute la nuit; quand la flamme tombait, nous nous réveill sis, et l'un de nous se relevait pour faire à nouveau pétiller la i briller le foyer. Ces demeures, au moins jusqu'aux grandes cli la canicule, sont plus pittoresques que commodes. Entre ces bois qui n'adhèrent pas les unes aux autres, sauf là où elles blent dans les angles, l'air et la bise pénètrent et se jouent par où l'on passerait la main. La terre mêlée de paille avec Iaqu( quelques-unes de ces huttes, on avait essayé de boucher ces in

i. On a hésité sur le nom de la viUe antique que remplace Seid-el-g proposé Prymnessos, qui met sur ses monnaies, à l'époque romaine, la tôt Depuis les recherches de M. Ramsay, il nV a plus de doute à avoir. En i%i l'emplacement de Prymnessos; à l'aide de plusieurs inscriptions qui contienn de la ville, il en a reconnu le site à Seulun, qui se trouve à une lieue au ! à*Afioun-kara-hissar, sur la route de poste qui va de cette ville à Konieh,

ne tient pas; chaque pluie en emporte un morceau. Quant aux étoffes que nous accrochions à la paroi, le vent les soulevait et finissait quelquefois par les détachef.

Dans de telles conditions, il n'est pas surprenant que, tout en vivant dans la forêt, on ait aussi, pendant de longs siècles, gardé ici des habitudes qui paraissent surtout convenir aux contrées où manquent les bois de construction. Vitruve attribue ces pratiques aux Phrygiens, et les expressions qu'il emploie font voir qu'il a en vue la portion de la Phrygie qui confine à la Lycaonie, la partie du plateau central où il. n'y a plus d'arbres que dans les jardins*. C'est en effet de ce côté, c'est dans les districts cappadociens A'Urgiib et à' Utch-hissar qu'on trouve de vraies villes de troglodytes*; ici ce mode d'habitation ne pouvait évidemment pas être le seul employé ; cependant, grâce aux facilités que l'on y trouvait, on n'a jamais cessé, dans tout ce canton, de tailler et d'évider la roche. Tout autour de Kumbet, on voit se détacher en noir, sur les flancs des mamelons de tuf qui l'entourent, les bouches de chambres qui ont été creusées de main d'homme. Certaines de ces chambres ont été des tombeaux et on y lit encore l'inscription funéraire; mais d'autres paraissent avoir été appropriées aux usages de la vie domestique ou à ceux du culte local. C'est ainsi que, vers l'extrémité nord du massif qui porte le village, on distingue les restes d'une maison spacieuse, dont le plan a été relevé par M. Hamsay (fig. 46). Les murs de refend ont encore de deux à trois mètres de haut; la plupart d'entre eux ont été réservés dans l'épaisseur du roc; là où celui-ci faisait défaut, sur le devant, l'ouvrage a été complété au moyen d'assises en pierres de taille. M. Ramsay croit reconnaître l'appartement des femmes dans un groupe de pièces, séparé du reste de l'habitation, auquel on accède par un long corridor couvert (H) ; il y trouve la chambre à coucher (C), le cabinet de toilette (E) et la chambre de bain (F); celle-ci est dallée, et l'on voit encore, percé à travers la paroi

\. ViTROVE, II, I, 5 : <f Phryges vero, qui campestribus locis sunt habitantes, propter inopiam silrarum egentes materia eligunt tumulos naturales eosque medios fossura dislinetites et itinera perfodientes dilatant spatia quantum natura loci patitur. »

2. Histoire de VArtj t. IV, fig. 389. Sur ces villes, voir Mordtmann, Die Troglodyten von Cappadocien, dans les Mémoires de i^ Académie de Munich, 1859. Strabon avait entendu parlerde peuplades du Tauras qui, de son temps encore, habitaient les grottes de la montage (XI!, VI, 5). Nous avons trouvé aussi de ces grottes, qui ont dû servir d'habitation, sur plusieurs points du bassin du Sangarios, à BeWazar par exemple et à Istanos {EœploratUm archéologique, p. 218, 224). Dans ces roches friables, le travail d'excavation est très rapide. A ¥<irMAân^, village du district cappadocien doniUrgub est le centre, Barth, couché dans une de ces chambres, apprend de son hôte que cette pièce avait été creusée par un s^ul ouvrier, en trente jours; or elle avait 25 pieds de long, 13 de large et 40 de haut.

de roc, le conduit par lequel s'échappait l'eau qui avait ser ablutions (G). Cette demeure n'a été désertée que tout récemm Tépoque byzantine, une des pièces (D) avait été changée en c chrétienne; plus tard, Fensemble paratt avoir été habité par

46. — Plan d'une maison creusée dans le roc, à Kumbet. D'après un croquis de R

turc, qui a rebâti certains murs en petites pierres, couverte enduit de plâtre. C'est à cette réparation moderne qu'apparl décoration du manteau des cheminées, décoration que Bart crue antique* : mais les cheminées mêmes, pratiquées dans h vive, seraient bien de travail phrygien (A).

\. Barth, Reise von Trnpezunt nach Srutari, p. 95.

C'est un phénomène intéressant et assez rare que cette juxtaposition, sur un même point, de deux architectures dont le principe est si différent, celle qui n'emploie point d'autre matière que le bois et celle qui façonne les saillies de Técorce terrestre, pour y chercher la place de la demeure des morts ou même de celle des vivants ; d'ordinaire on n'a recours à la maison souterraine que là où les pièces de charpente font absolument défaut. Ici la coexistence des deux méthodes a eu un résultat curieux, qui s'est aussi produit ailleurs, en Egypte, où nous l'avons déjà signalé, mais surtout dans cette Lycie dont nous aurons bientôt l'occasion de visiter les pittoresques vallées*. Pour donner aux façades des hypogées un aspect monumental, on y a plus d'une fois copié, dans l'épaisseur de la roche, des pièces de charpente, des moulures semblables à celles qui se découpent dans une planche; on a ainsi attribué une valeur purement décorative à des formes qui, dans la maison de bois, font partie intégrante de la construction et jouent un rôle actif. Ces motifs ne sont d'ailleurs pas les seuls qui aient été, de cette manière, détournés ici de leur emploi naturel; on trouve encore, dans cette architecture rupestre, d'autres exemples de ces transpositions et de ces adaptations. C'est aux tapis, c'est aux étoffes brodées que l'ornemaniste phrygien a emprunté les dessins qui lui ont servi à remplir le champ de ses frontispices et à en varier l'aspect.

Le district où se rencontrent les monuments dont nous venons d'indiquer les principaux caractères n'occupe qu'une très petite place même sur la plus grande et la meilleure carte de la péninsule que nous possédions, sur la cai*te de Kiepert. 11 se trouve tout près de la limite orientale du pays boisé, entre cette limite et Koutahia; il est compris entre Sëid-el-ghazi au nord et Eski-kara-hissar au sud ; il répond à Tancien territoire de deux villes phrygiennes d'une certaine importance, Nacoléia et Prymnessos; il est surtout voisin de la première. Meros, que l'on trouvera marqué près de Kumbet, n'apparaît dans l'histoire que sous les empereurs d'Orient; c'était, au temps de Justinien, une grosse i)ourgade, siège d'un évêque. Les tombeaux et autres restes de la civilisation phrygienne sont répandus sur un espace qui a environ 20 kilomètres du sud au nord et 40 du sud-ouest au nord-est; aucune carte de ce canton n'avait encore été donnée, et, quand on lisait les récits des voyageurs, il était fort difficile de se faire une idée de la position

\. Histoire de F Art, t. î, p. 507-516; t. V, Uvre ix.

relative des divers monuments qu'ils décrivaient. M. Kams volilu mettre à notre disposition les levés qu'il avait pris sut et revoir ensuite l'esquisse topographique que M. Thuillier d'après ces croquis; grâce aux numéros portés sur celte pourra déterminer avec une approximation suffisante la plac cune des sépultures dont nous aurons à faire mention (fij jetant les yeux sur ce croquis, on remarquera que, s'il y a d<

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