Spiegel, Die altpersischen Keilinschnflen, p. i
rhistorien soit en mesure de saisir les traits particuliers qui font l'originalité de cette sculpture et qui la distinguent de celle des peuples chez qui elle a pu chercher des modèles et des inspirations.
Un premier caractère par lequel cet art se rattache à la tradition des arts de l'Asie, c'est qu'il ne sépare pas le corps du vêtement, c'est qu'il ne le voit et le représente que sous l'habit. Seule en Orient, l'Egypte, grâce à la chaleur constante dont elle jouit et à la finesse de ses étoffes légères, avait senti et rendu la beauté de la forme nue. Comme Tarchitecte, le sculpteur perse aurait pu faire des emprunts à cette Egypte qui était une province de l'empire des Achéménides; mais il vivait dans un milieu analogue à celui où s'était développé l'art assyrien, et il avait à figurer des hommes que les inégalités de leur climat forçaient à porter des vêtements de cuir et de laine, qui les protégeassent aussi bien contre les froids de l'hiver que contre les ardeurs de Tété. 11 a donc suivi, à cet égard, les exemples de son prédécesseur, le statuaire de Ninive, On ne rencontre pas, dans toute son œuvre, une seule'figure nue. Le nu se montre seulement dans les parties du corps que l'habit laisse à découvert, quand il est court, dans les bras et dans les jambes. Là le modelé n'est pas celui des sculptures assyriennes; il est plus sobre et moins violent (fig. 486). Si les veines y ont encore parfois un relief exagéré (fig. 477), on ne retrouve pourtant pas ici ces traits durs et saillants qui accusent, avec une brutalité voulue, la place des articulations et les attaches des muscles. Ici ce serait plutôt le défaut contraire que l'on pourrait signaler par endroits. Il y a, dans le rendu de la forme, une certaine mollesse, une certaine rondeur qui trahissent un peu la hâte. Cependant le corps humain se fait mieux sentir sous la draperie que dans les ouvrages même les meilleurs des artistes de Ninive. Regardez, par exemple, les archers susiens (pi. Xfl). L'œil est agréablement surpris de la svelte élégance de leur tournure ; la veste courte accuse la cambrure des reins ; la tunique collante s'arrondit sur la hanche; enfin, sous le cuir du brodequin, la cheville dessine sa fine attache et la courbe rentrante de la base du pied laisse deviner dans la chaussure tous les contours du nu '.Le dessin des mains est aussi d'une heureuse précision. C'est à propos des figures de Suse que nous faisons ces remarques, pour mettre le lecteur à même d'en vérifier de
1. C'est ce qu'a très bien vu et très bien dit M. E. Pottier (Les antiquités de Suse rapportées par la mission Dieidafoy ait Musée du Louvre, clans la Gazette des Beaux-Arts, novembre 1886). Nous lui avons emprunté plusieurs des expressions par lesquelles il définit ce caractère de la sculpture perse.