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plesse féline et de puissance qui caraclérise le roi des fauves. La tête surtout, avec l'épaisse crinière qui Tencadre, avec l'effrayante ouverture de la gueule, avec la saillie des crocs et le halètement de la langue pendante, est un admirable morceau (fig. 492); mais on peut se demander à qui en revient l'honneur. Par les matériaux qui y sont employés comme par le goût de leur ornementation, les monuments de
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492. — Suse. La tète d'un des lions. Dessin de Saint-Ëlme Gautier.
Suse ne sont perses qu'à demi. N'était Tordonnance des bâtiments, qui demeure celle des édifices nés de la pierre, n'était la présence , dans la sculpture, de certains types qui rappellent Persépolis, on croirait, à considérer la plupart des fragments recueillis dans ces ruines, avoir affaire aux débris de quelqu'un des palais de Babylone. C'est l'émail qui a fourni ici tous les éléments de la décoration ; or la Chaldée pratiquait déjà cette industrie depuis de longs siècles quand il n'y avait encore sur les plateaux de l'Iran que des laboureurs et des pâtres, qui se contentaient des métiers de la cabane et de la tente.
Sans doute, lorsque la Mésopotamie et les hautes terres de l'intérieur eurent été réunies sous un même sceptre, Tart de Témail finît par s'implanter sur le sol de la Perse et il y prospéra si merveilleusement que ce pays a pu passer , au moyen âge et dans Tâge moderne , pour sa vraie patrie; mais c'est à peine s'il commençait à s'y introduire lorsque Darius songea à construire son palais de Suse ; alors deux générations seulement s'étaient succédé depuis que les Perses étaient entrés en rapport avec la Chaldée, d'où était originaire cette industrie qui, plus qu'aucune autre, a ses recettes mystérieuses et où le succès dépend du tour de main. Pourquoi aurait-il appelé des ouvriers de Perse en Susiane? Les ateliers de moulage, de peinture et de cuisson qui lui étaient nécessaires, il les trouvait tout montés à Suse; il n'eut qu'un signe à faire pour que se missent à l'œuvre, sur l'heure, les artistes qui habilleraient l'édifice de blanc, d'or et d'azur, ou, s'il les a fait venir du dehors , c'est aux ateliers de Babylone qu'il a été les demander. Susiens ou chaldéens, ces émailleurs étaient assez habiles pour appliquer leurs procédés à n'importe quels thèmes. Avec la même maîtrise qu'ils avaient exécuté jadis , pour leurs rois nationaux , ces tableaux de chasse en briques coloriées, qui, selon Ctésias, ornaient à Babylone les murs du palais*, de même à Suse, quand il s'agit de parer la demeure des nouveaux maîtres de l'Orient, leur ébauchoir et leur pinceau reproduisirent le type qui avait été sculpté dans la pierre à Persépolis, celui des archers de la garde royale. Ils fabriquèrent donc des moules nouveaux; mais ils continuèrent à se servir aussi de ceux qu'ils possédaient déjà. C'est ainsi que les lions marchants des frises, figures purement décoratives, restèrent à Suse ce qu'ils avaient été en Assyrie et en Chaldée. Les lions de Suse
1. Histoire de VArty t. II, p. 298. Un monument de cette industrie chaldéenne, mieux conservé que tous ceux que nous possédons aujourd'hui, existait en France, au xvii* siècle, dans le cabinet de Peiresc. Que peut-il être devenu? Voici la description qu'eu donne son propriétaire : « J'oserais bien dire une autre conjecture (à propos des Thyrses), si j*avais un peu de temps pour Texaminer, c'est qu'en un fragment que j'ai, venu de Perse et trouvé en Bagdad même, il y a sept ou huit ans, qui est la pièce la plus antique de tout mon cabinet, et possible des plus notables, bien que ce ne soit qu'un morceau d'une vieille bricque couverte d'une incrustation quasi à la mode de celle de la Chine, mais esmaillée et colorée de verd azurin comme les vieilles idoles des mum mies des Égyptiens (laquelle brique est possible des Laterculi de Pline où les Babyloniens représentaient leurs observations), il y a des caractères hiéroglyphiques et vieilles figures en peinture linéaire vestûes quasi à Toègyptienne, neantmoing avec quelque différence, lesquelles portent des longs bâtons, quasi comme Thyrses, abouttissants à une houppe toute espanoûye, qui pourrait bien être du papyrus de Babylone, par où Bacchus devait estre passé en son voyage des Indes, et d'où il le pourrait bien avoir rapporté enlr'aultres trophées. » (1628.) — {Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, publiées par Ph. Tamizcy de Larroque, dans la collection des Documents inédits sur VHistoire d€France,i. I, p. 641, 1888).
sont modelés plus hardiment que ceux de Ninive et on y a tiré un meilleur parti de la couleur pour ajouter à Teffet du relief; mais les proportions et la pose sont les mêmes : c'est la même interprétation des formes que donnait la nature*. On attribuera encore à ces mêmes ouvriers les figures d'animaux, en terre non vernissée, qui paraissent avoir fait partie de la décoration intérieure d'une des portes de la fortification'. Leur modelé est d'une élégance et d'une fermeté singulière; il rappelle celui des lions de la frise émaillée. C'est à Babylone que Ton retrouvera, un jour ou l'autre, les prototypes de ces ouvrages. Par malheur, les fragments recueillis à Babylone ne se prêtent pas jusqu'à présent à la reconstitution d'un ensemble : ce ne sont que des miettes; mais, parmi ces menus débris, il y a ceux d'un lion, et l'émail, qui à Ninive était d'une qualité médiocre, offre en Chaldée les mêmes tons, le même éclat et la même solidité qu'à Suse^ S'ils avaient été exhumés plus tôt, les lions que le Louvre montre aujourd'hui avec orgueil dans sa salle perse auraient donc dû peut-être nous servir à combler une des lacunes les plus sensibles de cette histoire que nous écrivons; nous n'aurions pas fait scrupule de les porter au compte de l'art chaldéen, de cet art original et puissant dont l'œuvre, sauf quelques statues récemment découvertes, sauf quelques figurines de bronze ou de terre cuite et le riche trésor des pierres gravées, a disparu presque tout entière.
Quand on compare tous les monuments conservés de cette industrie, qu'ils viennent de l'Egypte ou de la Phénicie, de la Mésopotamie ou de la Susiane, on constate que nulle part, dans l'antiquité, le peintre émailleur n'a eu la prétention de reproduire, avec le petit nombre de tons qui chargeaient sa palette, la coloration réelle des objets ou des êtres vivants. Avec un juste sentiment des conditions dans lesquelles son art s'exerce et des limites qui lui sont imposées, il a fait servir la couleur soit à réjouir l'œil par ses harmonies et ses con trastes, soit à mieux accentuer, par quelques touches franches et vives, le contour et le modelé de la forme. Ici, comme à Khorsabad, la couleur est toute conventionnelle. Sur l'épaule des lions, il y a une plaque bleue; la crinière et le poil du ventre se nuancent de la même teinte, qui, étendue d'un large coup de pinceau, cerne aussi la courbe de l'arrière-train. L'emploi de ce ton varie d'une figure à l'autre. En face