‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 386 sur 412 · Hérodote, VU · texte numérisé non relu

Hérodote, VU

pu le risquer sans avoir à craindre d'être taxé d'une ridicule exagération, il fallait que déjà, de son temps, l'Asie regorgeât de dariques; on n'aurait pas admis la vraisemblance de l'assertion si, parmi les dynastes de la région et les citoyens opulents des villes grecques, il ne s'en était pas trouvé qui comptaient aussi par millions les pièces de cette sorte qu'ils détenaient dans leurs coffres.

L'hôtel des monnaies de Sardes ne pouvait suffire à des émissions si abondantes ; il est certain que des ateliers furent établis dans plusieurs autres cités, notamment en Cilicie et en Syrie. On a lieu de croire que Tarse et Tyr, notamment, prirent une part très active à cette fabrication*. Elle se faisait certainement sous la surveillance d'officiers royaux, qui fournissaient les lingots à ouvrer, en contrôlaient remploi et prenaient livraison des espèces qui en étaient tirées ; mais les artistes qui gravaient les coins et les ouvriers qui frappaient les flans étaient, suivant les lieux, des Grecs ou' des Phéniciens. Ces artistes, ces ouvriers, on ne pouvait songer à les demander aux pays où Tusage delà monnaie était encore inconnu; là au contraire où il était déjà répandu depuis environ un siècle, on les trouvait tout formés. Dociles serviteurs, ils exécuteraient toutes les commandes qui leur seraient adressées ; mais le style des matrices gravées par leur burin resterait toujours celui dont ils avaient l'habitude. C'est ainsi que les monnaies royales des Achéménîdes ont une physionomie moins franchement orientale que les intailles. A ne tenir compte que de la facture, ce serait dans la série des pièces archaïques de la Grèce et de la Phénicie qu'il conviendrait de leur chercher une place. Si elles ont un caractère national, si elles sont perses, c'est seulement par le choix du type que Darius y a fait imprimer et qui s'y est perpétué jusqu'aux derniers jours de la monarchie, qui lui a même survécu pendant quelque temps *.

Ce type, c'est celui du roi considéré comme l'archer par excellence. Le sculpteur de Béhistoun et celui de Persépolis nous ont déjà montré le roi l'arc en main ; mais, sur le grand bas-relief commémoratif comme sur les façades des tombes, le roi ne se sert point de son arme. Ici il a dompté toutes les résistances et n'a plus qu'à jouir de son triomphe; là, ayant accompli l'œuvre qu'il avait à faire en ce monde, il se recueille et il prie devant la flamme sacrée, sous l'œil de son dieu; aussi, dans l'un comme dans l'autre groupe, l'arc est-il au repos (fig. 469 et 392).

i. Barclay V. Head, The coinage ofLydia andPersia, p. 33. Fr. Lenormant, La motinaie dans Vantiqnité, t. II, pp. 9-10.

Page 1