tome V
après Clésias qui avait parcouru cette région, n'aperçoivent pas de cité qui mérite d être mentionnée, qui soit comparable aux grandes ruches populeuses de la Mésopotamie. Ce n'est pas là seulement Teffet de Téloignement: la vie urbaine n'a commencé que très tard sur les plateaux du Fars. Ce que devaient y être l'état social et les mœurs au temps de Cyrus, on peut s'en faire une idée par le tableau que Layard a tracé de la vie de ces Bakhtiaris chez lesquels, dans sa jeunesse, il a passé un ou deux uns'. Sans doute, une lois l'Orient conquis, la plupart des hommes de ces tribus suivirent le prince dans ses campagnes comme gardes du corps ou comme officiers, résidèrent auprès de lui ou se dispersèrent, en qualité de fonctionnaires, dans les diverses provinces; ainsi transplantés, ils subirent rapidement l'influence des peuples plus riches et plus civilisés qu'ils avaient vaincus; mais la partie de la population qui demeura dans le pays ne modifia ses habitudes que bien lentement. Les seules industries qu'elle pratiquât, c'étaient celles dont le pâtre même et le laboureur ne sauraient se dispenser, et, parmi celles-là, il n'en est qu'une dont les produits, s'ils n'avaient pas disparu sans retour, auraient pu passer pour des œuvres d'art: c'est celle du tapis, qui a de tout temps été nécessaire dans cette contrée, pour couvrir la terre battue de la tente ou de la maison. C'est aujourd'hui de l'Iran et surtout de ses régions septentrionales, du Koraçan, que viennent les plus beaux ouvrages qui se fassent en ce genre; mais rien ne nous avertit que, dès lors, les tissus fabriqués dans ces parages eussent quelque réputation ; il semble même que le Grand Roi tirât de la Lydie et de la Babylonie les tentures qui tapissaient les salles et les cours de ses palais-.
11 est probable pourtant que les modèles ainsi introduits en Perse par le luxe royal y furent bien *vi te copiés avec succès. Le tisserand avait des laines d'une qualité excellente. La disposition même de la demeure royale impliquait un très large usage de la draperie et tendait ainsi à en fkvoriser la production. Dans la description d'une fête donnée à Alexandrie par Ptolémée Philadelphe, il est dit qu'entre les lits splendides dressés pour le festin les pieds se posaient sur des tapisseries perses, où le tissu figurait « des animaux de toute sorte, très bien représentés ))\ L'industrie du tapis était donc déjà implantée en Perse
i . Layard, Early adventures in Peisia.
2. C'est ce qu'Athénée affirme pour les tapis lydiens (XH, p. 514, C). Arrien, dans la description qu'il donne du tombeau de Cyrus à Pasargade, dit que le cercueil était recouvert « de tapis babyloniens » (Àna6«,se, VI, xxix, 5).
3 Athénée (V, p. 197, B).
LES ARTS INDUSTRIELS
SOUS les successeurs d'Alexandre, et depuis lors elle n'a jamais cessé d'y fleurir; mais elle n'y a pas conservé le goût du genre de dessins qui paraîtraient avoir eu alors ses préférences ; elle a fini par adopter exclusivement Tornement végétal et géométrique, ce que Ton appelle, d'un terme général, Tarabesque. Il serait curieux de chercher si, dans les motifs qu'elle répète depuis des siècles, il y en a qui remontent à l'antiquité. M. Houssay croit retrouver sur un tapis un motif qui proviendrait du chapiteau de Persépolis, du groupe des deux taureaux adossés (fig. 521). La conjecture est ingénieuse; est-elle fondée? C'est ce que nous ne saurions décider; au moins méritait-elle d'être signalée. En décrivant les bas-reliefs émaillés de Suse, nous avons indiqué
52i. — Motif tiré d'un tapis d'Ispahan.
que, s'ils appartenaient à la Perse par l'un tout au moins des thèmes qu'y ont traités les peintres émailleurs, la technique en était toute susienne et babylonienne ; l'art de l'émail ne se serait vraiment naturalisé dans cette contrée que vers la fin de la période qui nous occupe. Ce qui confirme cette manière de voir, c'est que, ni dans les fouilles de Suse, ni nulle part ailleurs, il n'a pas été trouvé le moindre débris d'une poterie émaillée qui, soit par la place où elle aurait été recueillie, soit par le caractère de sa décoration, puisse être attribuée avec vraisemblance à l'époque des Achéménides. Parmi les vases qu'il a déterrés, les seuls que M. Dieulafoy fasse remonter à ces temps reculés, ce sont de petites poteries rouges sans ornements; il assigne aux Parthes et aux Sassanides les vases à glaçure bleue dont il a découvert de beaux échantillons. Ce qui prouve qu'il a raison, c'est tout un groupe de vases qui proviennent de fouilles faites soit à 7?^?/, l'ancienne Rhagœ de la Médie, soit sur l'emplacement d'une ville que l'on croit avoir été Hécatompylos, dans le pays des Parthes. Ces monuments faisaient
partie des collections exposées au Champ-de-Mars, en 1889, par MM. Richard et Lemaire; nous avons dû à leur ohligeaner do pouvuir le^ y dessiner*.
i\e qui paraît le plus primilif dans cette poterie, ce sont des vases en terre noire, à parois très épaisses, qui n'ont peutélre même pas été montés au tour. 11 y en a de iDiit à fait lisses (fîg. 522 et fig. 523, à droite), et fl autres qui ont reçu une ornementation rudimentaire, au moyen de lignes incisées dansrargile(fig.524i.
Ce décor n'a d'ailleurs été appliqué qu'à la panse ; celleci a été partagée, par des bandes verticales, en plusieurs compartiments que remplissent des
522. — Vase. Terre noire. ColIcclioQ Richard. Hauteur au goulot, Qm^li. Dessia de Couturat.
523. — A droite, vase de terre noire. Hauteur, O^jOO. A gauche, vase de terre jaune. Hauteur, 0o»,08. Collection Richard. Dessin de Couturat.
triangles dessinés par des hachures grossièrement exécutées. Les formes sont solides et commodes, mais lourdes.