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Ces vases ont été acquis par le Louvre

LES ARTS INDUSTRIELS

• Vase. Terre noire. Hauteur, 0»,095. CoUecliou Richard. Dessin de Couturat.

Même rusticité dans un vase en terre rouge, qui n'a reçu aucun ornement (fig. 525); mais les parois sont déjà plus minces, ce qui marque un certain progrès. Celui-ci s'accuse plus franchement sur plusieurs vases d'une argile d'un rouge ou d'un jaune pâle, par l'apparition d'un décor géométrique qui est peint avec une couleur mate, d'un brun plus ou moins foncé. Ce décor est parfois très gauche encore (fig. 526) ; mais, d'une pièce à l'autre, il semble s'affermir et s'étoffer. Le principe est la division de la panse en un certain nombre de champs, où des espaces blancs alternent avec des remplissages obtenus par le tracé soit de lignes droites serrées les unes contre les autres, soit de lignes sinueuses destinées peut-être à imiter des flots. C'est ce motif qui a servi pour une sorte de jarre qui ressemble à ce que les Grecs appelaient lepitkos (fig. 527). Ce sont au contraire les hachures parallèles qui dominent dans un vase dont la forme a déjà coûté un plus grand effort d'invention, mais a un grave défaut (fîg. 528). Le vase semble pouvoir être indifféremment posé sur Tun ou

l'autre des deux cercles qui le terminent; à le regarder, on ne sait quel en est le haut et quel en est le bas. Il a pourtant un fond; mais ce n'en est pas moins une maladresse que de l'avoir ainsi composé de deux moitiés sensiblement pareilles. Les formes et l'ornement sont

523. — Vase. Terre rouge. Hauteur, 0«n,07. Collection Richard. Dessin de Couturat.

mieux compris dans les deux pièces suivantes. 11 y a une tasse d'un galbe vraiment heureux; elle est décorée, le long de son bord supérieur et près du pied, de triangles qui s opposent par leur sommet (fig. 529). Enfin le chef-d'œuvre de ces potiers, c'est une autre tasse qui ressemble à celles où Ton prend aujourd'hui le café en Turquie et en Perse (fig. 523, à gauche). Un chevron court entre deux bandes d'un treillis où les lignes qui se coupent dessinent de menus losanges; les différentes zones sont nettement séparées et se font bien équilibre. L'ensemble, dans sa simplicité, a son élégance.

11 n'y a rien, dans toute cette poterie, même dans ses meilleurs exemplaires, qui annonce la faïence, ses tons éclatants, le goût capricieux et charmant de son décor.

Ce que rappellent ces vases, avec leurs couleurs ternes et leurs ornements linéaires, gravés à la pointe ou appliqués au pinceau, c'est ceux dont les fragments ont été recueillis danslesruinesdespalaisussyriens, dans les plus vieux tombeaux de Cypre, dans les couches les plus profondes des substructions du temple, à Jérusalem , en Lydie et en Carie ' . Avant que, de l'Egypte, de la Phénicie et de la Chaldée, le goût et les procédés de la faïence se répandissent et s'acclimatassent dans l'Iran, il y a donc eu ici une poterie sans couverte colorée, analogue à celle qui a été en usage dans toute l'Asie Antérieure, durant de longs siècles, et à celle que nous trouverons en Grèce, pendant le cours de la période dite mycénienne. De cette céramique primitive, le génie grec a tiré le vase peint où, tout en laissant à l'argile sa couleur naturelle, l'artiste fait du vase une œuvre d'art qui, par la noblesse des ornements et des figures qu'il y dessine, est souvent de premier ordre. Le génie de l'Orient, incapable d'aspirer

1. Histoire de VArt. t. U, fig. 373-379; t. 111, fig. 478, 479, 485-488; t. IV, fig. 244-248; t. V, fig. 194-202; 226-231.

Îi26. - Vase. Terre jaune. Hauteur, O^jias. Collection Richard. Dessin de Couturat.

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haut, s'engage dans une autre voie ; il y cherche et il y trouve une beauté d'un autre genre, dans les effets et les contrastes de la couleur, dans la variété des motifs où se joue la fantaisie de sa riche imagination.

Puisque cet art de Témail devait faire en Perse une si belle fortune, il ne saurait paraître hors de propos d'insister encore ici sur les monuments qu'il a laissés, sinon sur le sol même de la Perse, tout au moins dans un édifice bâti par les ordres d'un roi de Perse, d'après un programme dont les traits généraux ont été les mêmes à Suse qu'à Persépolis. Les émaux qui décoraient la plus célèbre des résidences royales ont un double intérêt : ils montrent l'art oriental de la haute antiquité

sous un aspect que l'on ne soupçonnait pas jusqu'à de récentes découvertes, et d'autre part ils font connaître les modèles qui ont servi de point de départ aux céramistes de la Perse médiévale et moderne.

Il ne fallut pas longtemps, sous les Achéménides, pour que l'on appréciât ces terres émaillées que les ouvriers susiens et chaldéens étaient venus poser sur les murs et les entablements des palais; on eut bien vite senti quelle merveilleuse harmonie donnait la rencontre de ces tons à la fois si vifs et si doux avec le bleu profond d'un ciel presque toujours sans nuages et avec les teintes grises des lointains de la plaine poudreuse ou des hautes chaînes de rochers arides ; l'émail seul réussit à égayer ces paysages grandioses et mornes, auxquels manque si souvent le charme de la verdure. On s'empressa donc de s'initier aux procédés d'une industrie qui convenait si bien au climat et au milieu ; on avait sous la main les matériaux nécessaires ; on apprit à manier ces couleurs chaudes et vibrantes qui s'appliquaient aussi bien aux bijoux, aux meubles et à la vaisselle qu'aux parois et aux toitures des plus énormes bâtiments. Au moyen âge, cet art se répandit, de la Perse, dans la Transoxiane jusqu'aux frontières de la Chine, et, d'un autre côté, dans l'Afghanistan et dans Tlnde ; mais ses plus beaux ouvrages sont

529. — Vase. Terre rouge. Hauteur, 0n»,09. Collection Richard. Dessin de Couturat.

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encore les revêtements des mosquées de la Perse et ses plats, ses assiettes et ses flacons. Cette faïence persane, qui est aujourd'hui si admirée, diffère, à certains égards, de celle qui a élé rapportée de Suse; le style et les motifs d'ornement n'y sont plus tout à fait les mêmes ; mais elle n'en est pas moins la fille et Théritière directe de l'industrie très ancienne dont les produits, arrachés aux ruines de l'Assyrie, de la Chaldée et de TElam, sont aujourd'hui conservés au Musée Britannique et surtout dans la salle perse du Louvre*. Nous ne saurions entreprendre ici cette comparaison; mais il était nécessaire d'appeler sur ce point l'attention des futurs historiens de la faïence et de leur indiquer jusqu'où ils devraient faire remonter leurs investigations et leur enquête.

Ce n'est pas la brique proprement dite qui forme les dessous de la plupart des émaux de Suse, de ceux qui constituent la frise des archers et celle des lions; la matière qu'ils recouvrent est une sorte de frite sableuse, très riche en silice. Les émaux sur brique ne se rencontrent que par exception ; il avait sans doute élé reconnu que, pour obtenir une adhérence durable de la couleur, il fallait donner à la pâte une composition un peu différente de celle qui convenait pour les matériaux à bâtir. De cette frite on n'a d'ailleurs pas fait des carreaux posés à plat sur les surfaces murales. Le carreau a un grand inconvénient : avec quelque soin que l'on se soit appliqué à le fixer, il finit par se desceller sous l'influence des agents atmosphériques ; il branle, puis, à la moindre secousse du sol, il se détache et il tombe. C'est ce que j'ai constaté par exemple à Brousse, où , à la suite d'un tremblement de terre, les plaques vernissées qui faisaient la gloire de la Mosquée verte s'étaient abattues par centaines ; les imams vendaient aux voyageurs celles qui ne s'étaient pas brisées dans leur chute. 11 en est de même pour mainte mosquée de la Perse, qui est aux trois quarts dépouillée de sa parure; mais les édifices qui ont subi cette injure ne sont pas, comme on pourrait le croire, les plus anciens; ce sont au contraire les plus modernes. Les architectes appliquèrent d'abord l'émail sur la tranche des briques qui constituaient le mur; l'emploi du carreau de revêtement ne commencequ'avec la dynastie des Séféviehs; c'est un des indices d'une décadence qui se trahit par bien d'autres signes.

La méthode qui a été suivie en Perse, jusqu'au seizième siècle de notre ère, n'était autre que celle des céramistes chaldéens. Les éléments

1. Loftus avait déjà rapporté on Europe des fragments do la décoration émaiUéo du palais de Suse, qu'il a déposés au Musée Britannique. On peut s/étonner qu'ils n'y aient pas été plus remarqués, il signale, parmi les motifs qui se trouvent sur ces terres vernissées, le globe ailé, que je ne retrouve pas sur les dalles qui appartiennent au Louvre [Tnivels and researches, p. 396-398).

TOMK V. ilO

dont se composent les décorations en couleur des palais de Suse ne sont pas des carreaux, ce sont de larges dalles qui font queue dans le mur. Par exception, celles qui formaient, dans les escaliers, la crête des rampes, sont émaillées sur leur face supérieure et sur celles de leurs tranches qui restent apparentes (fig. 344 et 530) ; les autres, engagées dans la construction, n'ont reçu de couleur que sur leur tranche externe; mais toutes, celles qui servaient de couverture aussi bien que les autres, étaient maintenues en place, d'abord par leur propre poids, puis par le bitume inséré dans les joints verticaux et dans les horizontaux. L'espèce de mosaïque que composaient ainsi les ornements adaptés aux faces

530. — Suse. Dalle émaillée. Dimensions «les cùiés, 0«>,3'j sur 0™,33. Hauteur de la tranche, 0«>,09. Dessin de Saint-Elme Gautier.

libres de ces dalles ne risquait donc rien ; elle devait rester intacte tant que serait debout la muraille dont elle était comme Tépiderme. Ce résultat n'était obtenu qu'au moyen d'un travail préparatoire qui ne laissait pas d'avoir sa difficulté. La tranche des plaques de terre cuite n'avait en moyenne que neuf centimètres de haut; dans chacune des figures d'archers il entre une cinquantaine de ces dalles. Pour répartir entre toutes ces briques les différentes parties de l'image et pour rapprocher tous ces morceaux, il fallait des ouvriers très expérimentés; mais on ne risquait pas d'en manquer, et ce qui leur facilitait d'ailleurs l'opération, c'étaient des signes qui, tracés à la pointe dans l'argile, leur indiquaient les pièces destinées à se trouver en contact. Loflus a relevé un certain nombre de ces marques de tâcherons*.

Ce qui ajoute à l'effet de ces émaux et ce qui en a augmenté la résistance, ce sont les nervures saillantes qui cernent le contour de chacun des éléments du dessin (fig. 531). Les couleurs ont été posées

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