LoFTus, Travels and researches, p
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dans un cloisonnage qui rappelle celui des émaux appliqués sur métal. En général, ces reliefs de Targile ont protégé Témail ; il y a pourtant des dalles où il est tombé et où il ne reste que la cloison ; c'est ce qui est arrivé pour un certain nombre de rosaces. Nos planches XI et XII suffiront à donner Tidée des tons qui chargeaient la palette de 1 emailleur. Us étaient en petit nombre. Point de rouge, pas plus ici que dans les émaux de provenance assyrienne. Pour les fonds, partout un bleu qui tire sur le vert, tradition à laquelle est restée attachée la Perse du moyen
531. — Suse. Dalle émaillée. Frafçment de la robe d'un archer. Graûdeur d'exécution. Dessin de Saint-Elme Gautier.
âge. Ce ton, plus atténué, plus verdi, reparaît aussi dans certains détails, à rintérieur des figures. Il se marie bien avec un brun foncé dont le peintre a fait un large usage et avec les jaunes et les blancs. Ce sont les blancs qui ont le plus changé, soit qu'ils fussent moins stables, soit qu'ils aient été salis par le contact prolongé de la terre; ils ont presque partout perdu leur brillrfïit. Le jaune et le brun se sont mieux défendus. Quant aux bleus, on remarquera que, d'un panneau et même d'une brique à l'autre, la nuance n'en est pas la même. Sans doute ces variations peuvent provenir, dans une certaine mesure, du plus ou moins d'humidité du sol; il est pourtant probable que, même dans son neuf, le bleu du champ n'avait pas partout la même intensité. Cette industrie, telle que l'Orient l'a pratiquée de tout temps et la pratique encore, n'a jamais cessé d'admettre une grande liberté de main-d'œuvre. Là. rien de pareil à ces ateliers où les matières colorantes sont dosées par
un chimisle de profession, et où Ton fabrique, en grande quantité, dans des moules éternisés par l'emploi du procédé mécanique, des pièces toujours pareilles. L'ouvrier asiatique a appris son métier en l'exerçant dès Tenfance; il reste maître du dosage, et ne s'astreint pas à chercher une uniformité de teinte que personne ne lui demande. Il aurait eu ce souci, qu'il lui aurait encore fallu compter avec les accidents de la cuisson, avec les caprices de la flamme, qui aujourd'hui encore, malgré le perfectionnement des appareils et l'éducation scientifique de nos céramistes, ménage à ceux-ci tant de surprises. Quelques degrés de chaleur en plus ou en moins, et l'on obtient une nuance très diflTérente de celle que l'on s'attendait à voir sortir du four. Voyez ce beau bleu turquoise que les émailleurs persans ont excellé à produire sous les Timourides; au témoignage de ceux qui l'ont admiré à Tebriz et ailleurs encore, il présente, dans un même édifice, des diversités de valeur qui sont très sensibles à l'œil. Même indépendance dans le choix des tons ; ainsi, dans la frise des archers, il y a alternance des robes à fond jaune et des robes à fond blanc; mais, dans chacun de ces types, les ornements de l'étoffe ne sont pas toujours exactement semblables; le peintre n'acceptait point d'être l'esclave de son modèle: il s'amusait à introduire, au cours du travail, de légères variantes, tout en se maintenant toujours dans une même gamme de tons. Même observation pour les barbes des archers : le bleu verdâtre est ici assez clair et là beaucoup plus foncé. Si l'artiste prenait ainsi ses coudées franches là même où il lui fallait tenir un certain compte des indications de l'étoffe ou de l'être vivant, à plus forte raison se mettait-il à l'aise sur le terrain du décor géométrique, où l'imagination n'a point à se préoccuper du réel. Là, c'est la fantaisie seule qui décidait du choix des tons, et, tout en prenant soin de respecter la disposition générale du motif, on ne se faisait pas scrupule de remplacer parfois une couleur par une autre dans tel ou tel compartiment de Tensemble. C'est ce que l'on observera dans deux fragments qui paraissent avoir appartenu à la partie supérieure d'un panneau où le décor, tout linéaire, rappelle l'aspect d'un carrelage exécuté en pierres de plusieurs sortes (fig. 532). Ce morceau a une physionomie très particulière ; à première vue on pourrait même être tenté de le croire plus ancien que les archers et que les lions. Avec ses triangles opposés par leur base et inscrits dans un treillis de baguettes qui se croisent à angle droit, il a l'air plus primitif; mais c'est là une illusion qui ne résiste pas à un examen plus attentif. Les tons, ici, ne sont pas autres que dans les panneaux à figures, et le rinceau terminal ressemble fort
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532. — Suse. Terre ëmaillée. La brique inférieare a 0"^,20 de haut et la supérieure 0^,12.
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à celui qui encadre la frise des archers et celle des lions; le tracé en est même d'une élégance plus raffinée (fig. 348 et pi. XI).
Tous ces ouvrages sont donc bien du même temps; mais comme ils étaient destinés à occuper dans l'édifice des places différentes, l'artiste n'a pas pris partout les mêmes partis; il a su utiliser toutes les séries de motifs que peut employer ce genre de décoration. L'émailleur persan n'est pas sorti de l'ornement végétal et de l'ornement géométrique; il a renoncé à la figure, et ce qui l'a décidé à ce sacrifice, c'est sans doute la sévérité avec laquelle l'islamisme condamne la représentation des êtres animés. Son prédécesseur n'était pas gêné par ce préjugé; il a eu le goût plus large. Ses figures, par la noblesse de leur style, rivalisent avec celles que le ciseau a taillées dans le calcaire. Les formes qu'il a tirées de la libre interprétation du feuillage et de la fleur ont plus de variété que celles du répertoire de l'ornemaniste persépolitain ; on en a jugé par ses différents types de palmettes (fig. 346 et 347), de rosaces (fig. 344 et 531) et de rinceaux (fig. 348 et 533, pi. XI). On y trouve en même temps les éléments les plus simples de l'ornement linéaire, la dent de scie (fig. 347), les triangles opposés (fig. 533), les barres et les cercles avec des anneaux concentriques de plusieurs couleurs (fig. 347), les têtes de flèche (fig. 342). Le décorateur passe sans cesse d'un système à l'autre. Ainsi, sur l'une des faces d'une rampe d'escalier, il y avait, à l'extérieur (fig. 458), cet empilage de fleurs de lotus que Ton rencontre en ce même lieu à Persépolis (fig. 345 et 346); mais le parement interne de la rampe était orné de grandes volutes, disposées dans le sens vertical, comme celles du chapiteau de la colonne et des pieds du trône royal (fig. 312 et 325); il y en a alternativement une bleue et une brune (fig. 533). Enfin les inscriptions en blanc sur fond bleu ajoutaient encore à la diversité de ces ensembles (fig. 354).
Le mobilier des palais royaux et de la maison des principaux personnages de l'empire devait répondre par sa richesse à la splendeur du décor qui en couvrait les parois et le sol*; mais il n'y a aucune raison de croire qu'il présentât quelque originalité. C'était l'industrie des peuples sujets qui se chargeait de défrayer ce luxe. Dans les formes de sièges que présentent les bas-reliefs, il n'y a rien que nous n'ayons rencontré en Assyrie et en Phénicie. C'est à quelqu'un de ces meubles qu'a appartenu le petit cône d'ivoire orné de feuilles de trèfles et de
1. Sur lerluxe du mobilier chez les Perses, sur les lits dorés et argentés dont ils se servaient, voir Hérodote, IX, 80, 81; Xénophon, Cyropédie, VIII, viii, 16. Sur leur vaisselle d*or et d'argent, Hérodote, IX, 80 ; Xénophon, Cyropédie, I, vin, 18; Sthabo.n, XV, m, 19.
figures de pélicans qui a été ramassé à Suse, avec une lampe de bronze, sous les briques de la frise des archers; mais qui pourrait dire où a été
ciselé cet ivoire? C'est sur de bien légères présomptions que Ton a proposé d'attribuer à la Perse un objet d electrum qui aurait été trouvé en
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Grèce, près de Sparte, et qui a passé du cabinet de Caylus au Louvre (fig. 534). Cette tête appartenait à une figure de taureau couché, les jambes repliées sous le ventre*. Le corps a été volé au Louvre. Ce qui reste du monument est un ouvrage exécuté au repoussé, en pièces rapportées à la soudure. Les yeux et le poil sont exprimés par des globules appliqués après coup ; sur le dos et sur Tépaule il y avait un travail du même genre. Les cornes, très allongées, sont rapprochées par le sommet et forment un anneau; elles sont percées de six trous. Le grénetis qui a servi à rendre les détails rappelait à Caylus le travail des petites boucles frisées des colosses de Persépolis. On pourrait aussi trouver quelque rapport entre la pose de ce taureau et l'attitude de celui du chapiteau perse ; mais ces analogies restent trop peu marquées pour qu'il y ait lieu d'en être très frappé. Il est possible que ce soit là un ouvrage phénicien ou grec archaïque.
Au contraire, on regardera comme fabriqués dans le pays des objets en bronze qui ont été trouvés à Rey^ avec les vases de la collection Richard. Il y a un bracelet; ce n'est qu'une tige ronde, qui faisait six fois le tour du poignet. 11 y a plusieurs grandes épingles, à corps triangulaire; elles ont pour tète une double spire, qui rappelle les enroulements si communs sur les dalles et les bijoux de Mycènes. Ce sont là des formes qui ont un assez haut caractère d'antiquité, mais que l'on retrouve chez d'autres peuples. Bracelet et épingles devaient servir à des gens de condition inférieure; il y avait plus d'art dans les bijoux que portaient non seulement le roi et les seigneurs, mais mêmeles soldats des corps d'élite*; leurs colliers, leurs bracelets étaient en or ou en argent. Ces bracelets, on les voit tenus à la main, comme présents, dans le défilé de la Salle hypostyle (fig. 474) ; ils se terminent par des
534. — Tête de taureau. Élcctrum. Louvre. Grandeur d'exécution. Dessin de Saint-Eime Qautier.
{, Caylus, Recueil iV antiquités, t. II, 1" partie, pi. XI et p. 42. Longpkrier, Notice des antiquités assyriennes, babyloniennes, perses, hébraïques, etc. (3<» édition, 1854), n" 556. 2. Hérodote, VU, 83.
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têtes d'animaux. Ce sont là des types que nous connaissions par les monuments assyriens.
Ce qui frappait surtout les Grecs dans leurs relations avec les Perses, c'était la richesse de leur costume, c'était la singularité de ces vêtements qui tombaient jusqu'aux pieds et que décoraient des bouquets de feuilles et de fleurs, des figures d'animaux réels ou factices; il y avait un contraste marqué entre la variété de ces images brillamment colorées et la simplicité sévère du costume grec. Nous verrons comment les peintres de vases, quand ils mettent en scène des princes et des guerriers orientaux, s'attachent à les distinguer des Hellènes parle caractère de leur habit: ils ne manquent jamais de leur prêter des robes longues et flottantes, qu'ils font aussi bariolées que possible; mais il y a beaucoup de convention dans ce pastiche qu'ils tentent des ouvrages du tisserand et du brodeur de l'Asie. Pour nous représenter ces étofles telles que les portaient les rois et les seigneurs perses, ce n'est pas aux vases attiques qu'il faut nous adresser, c'est à ces bas-reliefs assyriens où le ciseau a copié avec une si étonnante patience toute la complication de ces dessins d'une si étrange fantaisie. Qu'on en rapproche les descriptions du costume royal des Achéménides qui ont été données par les écrivains grecs ; on se convaincra que si la dynastie qui commence avec Cyrus a réussi à provoquer la naissance d'une architecture et d'une sculpture qui ont leur part d'originalité, ce mouvement de rénovation et d'invention ne s'est pas étendu jusqu'aux arts mineurs. L'industrie s'est à peine ressentie du changement de souverains; elle a continué à travailler et à produire, jusqu'à la conquête macédonienne, à peu près dans les mêmes conditions et dans le même esprit que sous le sceptre des maîtres assyriens, mèdes et chaldéens.