HÉRODOTE, I
5. C'est à Crésus qu'Hérodote (l, 28) attribue la subjugation de toute jusqu'à l'Halys ; mais elle avait dû être commencée par Alyatte, car Hérodote ii faisant la guerre pendant six ans à Cyaxare (I, 74) et c/est la vallée de TH^ teau central qui durent être le théâtre principal de cette lutle; rien n'in Mèdes aient alors poussé jusque dans le voisinage do la Méditerranée.
(l'attache, tels que le règne de Gygès, les incursions des Cimmériens, les guerres d'Alyaite et de Crésus. Gordios, Midas et les monuments ou se lisent leurs noms, sur le rebord occidental du grand plateau, appartiennent donc à ce que Ton peut appeler la période historique. 11 n'en est pas de même d'un autre royaume qui, lui aussi, a laissé, dans la mémoire des Grecs, des souvenirs de puissance et de richesse; nous voulons parler d'un État qui, riverain de la mer Egée, avait sa capitale, ses forteresses et ses sanctuaires sur les lianes el dans les gorges du mont Sipyle, entre la vallée de l'Hermos elle golfe de Smyrne. Plus tard, ces hauteurs furent abandonnées pour le bas pays ; des cités populeuses se fondèrent dans la plaine, comme Magnésie, ou, comme Smyrne, sur le bord de la mer; mais, alors même que le Sipyle fut redevenu désert, il ne perdit pas son prestige aux yeux des habitants de la contrée ; on le vénérait encore comme UD des séjours préférés de la grande déesse asiatique, de Rhéa ou Cybèle; on allait visiter, avec une pieuse curiosité, les monuments qu'y avaient laissés les générations qui s'étaient les premières essayées à la civilisation sur ce sol où le génie grec avait ensuite porté de si beauxfruits* ; mais il n'était plus ici question de chronologie à établir, de synchronismes à chercher. Les traditions qui avaient trait à cet empire disparu avaient pris la forme du mythe ; elles reportaient l'esprit à cet âge fabuleux où les dieux descendaient sur la terre, où les hommes vivaient mêlés aux dieux; elles se résumaient tout entières dans deux noms, les noms de ce Tantale et de cette Niobé qui passaient pour avoir provoqué, par l'éclat de leur insolente prospérité, la colère de divinités jalouses. De là d'étranges et subites catastrophes : la montagne aurait tremblé sur sa base ; il s'y serait ouvert des gouffres béants où la ville royale, Tantalis, aurait été engloutie, avec son prince et avec ses habitants, sous la chute des rocs qui, de toutes parts, s'écroulaient à grand bruit; des torrents auraient jailli de l'abîme, et, là où s'élevait autrefois la fière cité, il n'y aurait plus eu qu'un lac au fond duquel, quand les eaux étaient basses, on croyait apercevoir les décombres des palais de Tantale et des maisons de son peuple*. Dans le mythe de Niobé, fille
1. C'est ce que l'on devine à l'insistance avec laquelle Pausanias mentionne à tout propos les curiosités du Sipyle; il y revient jusqu'à dix fois, et se sert souvent de cette formule : a Comme je l'ai vu moi-même dans le Sipyle. »
2. L'Odyssée (SA, 582) place Tantale dans le Tartare, mais sans dire par quelle faute il a mérité le châtiment devenu célèbre sous le nom du « Supplice de Tantale ». Pindare ^^Imi^iques, !, 54-64, éd. Bergk) indique comme son crime le vol du nectar et de Tamkom. Sur la destruction de la ville de Tantalis ou Sipylos par un tremblement de terre,
i6 LA PHRYGIE.
de Tantale, dont tous les enfants sont frappés sans qii'el sauver un seul, on peut voir encore une allusion à cette d'une nation vaillante et orgueilleuse, qui se voit souclaii retranchée du nombre des nations par le massacre de I nesse.
Nous venons de rappeler ici la forme la plus populaire c celle qui était le plus généralement acceptée; ces mythes ( de Niobé comportaient d'ailleurs de nombreuses variai parmi toutes celles qui sont arrivées jusqu'à nous, une se au moins d'une manière implicite, l'époque à laquelle les portaient le règne de Tantale et la domination qu'il aurait tout le pays qui s'étend du Sipyle à l'Ida : c'est le récit llos, prince des Dardaniens, comme le vainqueur de T destructeur de son empire*. llos passait pour le fondateur pour l'aïeul de Priam. Sans doute il ne peut être questioi pour un fait historique une guerre que l'on disait s'êtr propos de Ganymède, l'échanson de Jupiter ; mais ce que ce à prouver, c'est que l'on attribuait à Tantale et à son royauii une antiquité bien autrement reculée qu'au royaume phryg garios. Pour les chroniqueurs, placer un événement plus rations avant la guerre de Troie, c'était le rejeter dans les o passé où se perdait tout compte du temps.
Si l'on n'avait que ces traditions, peut-être serait-on te tenir que très peu de compte; mais il se trouve qu'elles son accord avec les monuments. Nous avons eu déjà l'occasion et de figurer trois sculptures rupestres qui ont été découver région du Sipyle, les deux bas-reliefs de Karabéli et cette si sale deCybèle où l'on a cru longtemps reconnaître Niobé l i cru devoir rattacher ces trois ouvrages à la plus ancienne civ l'Asie Mineure, à celle que nous avons nommée hétéenne ou padocienne ; nous y retrouvions le même type, le même style, signes graphiques que dans les monuments des bassins de
Aristote, Meteorologica, II, 8; Strabon, I, m, H; XII, viii, 18; Pline, H. 1 II, 93; V, [31. C'est Pausanias, qui raconte que pendant longtemps les rui visibles au fond du lac (Vil, xxiv, 13).
i . On trouvera toutes ces traditions recueillies et discutées dans le livre de Niobc und die Niobiden in ihrer Hterarischen, kunslleiischen und mylhologisch 8^, Leipzif?, 1863 (464 pp. et 20 planches).
•i. DlODORE, IV, 74.