‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 66 sur 412 · Histoire de VArt, t. IV, p. 389, fig · texte numérisé non relu

Histoire de VArt, t. IV, p. 389, fig

Hl, — Niche contenant une image de Cybèle. D après un dessin de Ramsay.

aoir sur la surface claire du roc; c'était là qu'on allumait des lampes, là que Ton déposait les offrandes apportées, suivant les endroits, soit aux mânes des parents perdus, soit aux dieux du pays. Malgré les variélés qu'il présente, le grain du tuf se prêtait partout à ce travail, se laissiiil partout complaisamment fouiller et façonner en mille manières. L'ouvrier phrygien ne s'est pas contenté d'y ciseler l'image de ses dieux, d'y tailler leurs autels, d'y creuser leurs sanctuaires et les chambres où reposaient ses morts. Pour offrir des refuges assurés aux habitants des villages semés dans la forêt et aux troupeaux qu'ils nourrissaient dans ses clairières, il fallait des forteresses, et partout le relief du sol offrait d'excellentes positions défensives. Quand on a voulu compléter l'œuvre de la nature et mettre à l'abri d'un assaut les hauteurs que Ton avait choisies pour y placer la demeure des chefs et y garder leurs trésors, on a eu encore recours aux procédés dont nous avons déjà étudié l'emploi. Les pentes qui n'étaient que raides, on les a rendues inaccessibles en ménageant dans le roc de grands pans coupés à pic; escaliers, parapets, corps de garde, on a tout tiré de la masse même du rocher, que Ton a modelé comme le potier fait l'argile humide.

§ o. — l'architecture militaire.

Il y a dans ce canton nombre de hauteurs auxquelles les habitants du pays donnent le nom de kalé, forteresse ; on trouve en effet, sur les points ainsi dénommés, Gheuhyhenz-kalé, Doghanhukale (8 de la carte), Tchonkotirdja'kalê [ii: Ae la carte), Aktché-kalé^ etc.*, des traces du trawil et du séjour de l'homme. On peut prendre comme type de ces ouvrages le curieux château que Ton appelle aujourd'hui Pi/nnichkak, H la forteresse brûlée » (fîg. 100)^

Pichmich'kalé occupe le sommet d'un massif rectangulaire qui se termine par une sorte de table portée sur des rochers- offrant à peu près partout des faces droites et verticales (fig. 112). Le pied du mont est gazonné; au-dessus se dressent de formidables escarpements; on ne peut gagner le sommet que par derrière, en faisant un détour. Au premier moment, quand on commence à monter, on croirait n'avoir

1. Akiché'kal^, « la forteresse de l'argent », n'est pas marquée sur la carte ^^ M. Ramsay. D'après mon carnet de voyage, elle se trouverait à peu de distance vers !♦• aord-oaest de Pichmich-kidé,

2. Perbot et Guillaume. Exploration archéologique t p. 144-14n; 109-170.

affaire qu'à un château byzantin ; on voit au-dessus de soi une brèche du roc comblée par un appareil sans caractère, formé de briques cuites, de pierres de taille, de moellons de toutes grosseurs empâtés dans un bain de mortier; mais de Tautre côté, surtout quand on a pénétré dans Tintérieur, Taspect et l'impression changent. On aperçoit, à Tangle nord-ouest, un mur en grand appareil, fait de blocs assemblés sans ciment. Le plateau tout entier a été aplani, sauf en quelques points peu saillants vers le milieu de Tesplanade, où le tuf est resté

H2. — Pichraich-kalé. Vue de la colline. Dessin d'E. Guillaume. Exploration archéologique, pi. VIII.

à Tétat brut. Sur ce court et étroit plateau, on trouve des chambres, des citernes, des meurtrières taillées dans le roc (fig. 113). Lorsqu'on entreprit le travail de ravalement qui devait créer Taire où Ton se proposait d'installer une garnison, on réserva sur tout le périmètre, une cloison de roc qui forme, vue du dedans de la forteresse, une sorte de parapet dont l'élévation varie entre l'°,25 sur la face méridionale et 7 à 8 mètres vers le nord; il a cette hauteur sur la face nord, là où est la porte, si l'on peut appeler ainsi le passage que laissent entre eux deux énormes blocs écartés à leur partie inférieure et qui se rejoignent à leur sommet (fig. 114)*. On arrivait à l'espèce de chemin de ronde qui régnait au-dessus de ce rebord par des degrés qui sont encore praticables en maints endroits; on les voit indiqués dans notre croquis. Delà

t. La vue est prise du point H.

plate-forme où conduisaient ces marches, la garnison pouvait faire pleuvoir pierres et traits sur la tête des assaillants, qu'ils tentassent de gravir le glacis extérieur ou bien qu'engagés dans le chemin tournant ils fussent déjà près de forcer l'entrée. Celle-ci, située au nord, était pro-

113. — Piclimich-kalé. Plan. Exploration archéologique^ pi. VIII.

légée par un ouvrage extérieur que l'on rencontre un peu plus bas, à quelques mètres en avant de la porte; c'est une tour découpée dans le roc, à laquelle l'outil a donné une forme circulaire (I du plan) ; en arrière de cette tour, il y a une sorte de casemate creusée dans le tuf. Là se tenaient les soldats qui montaient la garde auprès de la polerne.

TOMK V.

Il n'y a de murs bâtis que là où le roc n'avait pas assez de corps et de saillie pour que Ton pût y trouver la matière du rempart; c'est le cas à Tangle sud-ouest. Dans la partie inférieure de la muraille qui a été construite sur ce point, les pierres, de grande dimension, sont disposées par assises à peu près réglées ; mais les joints ne sont pas verticaux. Cela rappelle les murs de Tacropole voisine de Smyrne, sur la pente méridionale du Sipyle (fig. 12 et 13).

L'entrée principale était au nord (en G); mais il y avait aussi une autre entrée, ou plutôt une autre sortie. A Tangle nord-est du plateau, on voit un escalier (A du plan) descendre et s'engager sous le sol; il aboutit h une fissure cachée entre les rocs qui forment la base de la forteresse. Cet escalier a vingt-quatre marches, dont les deux tiers sont à ciel découvert; le rocher, taillé en forme de voûte et en partie écroulé, recouvre le reste \ Là où cessent les degrés (M du plan), on distingue, sur les parois verticales de la cage, deux rainures de 0",06 de largeur, qui correspondent à une ouverture de même dimension dans la voûte et dans le sol supérieur; elles paraissent avoir servi au jeu d'une sorte de herse qu'on laissait tomber ou qu'on relevait, suivant que l'on voulait fermer ou ouvrir cette entrée. Le corridor qui, du bas des marches, conduit au dehors, semble à l'état brut; c'est peut-être l'existence de cette fente qui a donné l'idée de creuser Tescalier. Cela fait songer à la grotte d'Aglaure, située au pied de l'acropole d'Athènes, grotte au fond de laquelle s'ouvrait une faille qui permettait d'arriver dans l'intérieur de la citadelle ^ Ce fut, on le sait, par là qu'y pénétrèrent les Perses de Xerxès. L'escalier dérobé devait servir aux défenseurs pour s'échapper la nuit, s'ils se sentaient serrés de trop près, ou pour tomber à l'improviste sur l'assiégeant ; mais il ne fallait pas que celui-ci, instruit par quelque traître, pût mettre à profit ce passage secret. Grâce à la clôture mobile, on pouvait se croire à l'abri d'une surprise ^

Moins bien conservé, l'autre escalier, celui du nord (G), n'a pas le même caractère; il ne s'enfonce pas dans les entrailles du roc et ne sert qu'à racheter la différence de niveau entre la porte, qui est légèrement en contre-bas, et le centre de l'esplanade. Sur la face opposée de

1. L'escalier a 1*^,53 de largeur en haut et 1"»,30 en bas; du pied de la dernière marche jusqu'au sol de la forteresse il y a 7», 20, ce qui donne une moyenne de 0™,30 pour la hauteur de chaque marche.

Page 1