E. Beulé, l'Acropole d'Athènes, t. I, p. 27, i'jl
3. Nous rappellerons à ce propos les passages secrets qui, dans Tenceinle de la cité des Ptériens, en Cappadoce, passaient sous le mur pour venir déboucher au fond du foss«^ (Histoire de l'Art, t. IV, p. 620-622 et fig. 304-308).
renceinte, dans le voisinage de l'angle sud-est, on remarquera deux éperons intérieurs qui ont été réservés dans la masse du roc (L). Us sont taillés régulièrement, et deux rainures verticales sont creusées sur les faces intérieures. Entre ces deux éperons un enfoncement rectangulaire d'environ 0"*,10 est creusé dans le sol et une sorte d'embrasure est ménagée dans le parapet. Tout ceci semble indiquer un emplacement préparé soit pour une machine de guerre, soit pour un engin qui aurait servi à monter de lourdes charges, à l'aide de cordes.
Cette citadelle n'avait sans doute pas une garnison permanente; mieux valait habiter sur les pelouses de la forêt que siir ce plateau tantôt battu du vent, tantôt chaufTé par le soleil; mais toutes les mesures étaient prises pour que la forteresse pût être promptement approvisionnée et mise en état de défense. Le bois abonde tout alentour; en quelques heures on pouvait y bâtir des huttes semblables à celles que l'on habite encore dans toute cette contrée; mais comme celles-ci, l'hiver, auraient mal défendu leurs hôtes contre le froid, il y avait aussi, pratiqués dans le roc, des logements où l'on était protégé à la fois contre le froid et la chaleur. Trois de ces chambres subsistent sur la face occidentale de l'enceinte (C, C) ; elles ont 3 mètres de hauteur et des parois épaisses de 0",85; le dessus du monolithe est taillé en terrasse ; on y arrivait par des entailles qui servaient de marches.
Sur la surface de l'esplanade, on voit la trace de toute une série de travaux d'appropriation. 11 y a là plusieurs fosses qui n'ont pas toutes mêmes dimensions ni même forme (B, B', B"). Quelques-unes peuvent avoir été des tombes; mais il en est d'autres qui sont trop grandes pour qu'on leur attribue cette destination. Aussi, entre ces pointes de roc brut qui font saillie au milieu du plateau, il y a une excavation rectangulaire qui a 4", 74 de long sur 1",70 de large et 2 mètres de profondeur. Sur ses bords sont visibles les trous d'encastrement des dalles ou des poutres qui recouvraient le caveau. Il doit y avoir eu là un magasin. Ailleurs on voit un trou circulaire (B'"), qui semble l'orifice d'une citerne ou d'un silo, aujourd'hui obstrué et presque comblé. Au point K se trouve un autre creux, maintenant rempli de terre, où la pente très marquée du sol parait indiquer l'entrée d'un souterrain creusé sous la plate-forme. On remarquera encore, à l'est, une sorte de large banquette (E), haute d'environ 0",40, qui a été réservée dans la masse; à Tun de ses bouts, elle est percée d'un trou rond qui doit avoir été un foyer disposé de manière que Ton pût placer au-dessus une marmite.
Sur la paroi extérieure de Tune des chambres (au point D), on lit, gravée en lettres hautes de neuf centimètres, cette inscription :
6IC 0 6OC El; 9e6ç « il n'y a qu'un seul dieu »
Or on sait que cette formule, dont les exemples abondent en Syrie, dans la presqu'île du Sinaï et en Egypte, a été fort à la mode dans les premiers siècles qui ont suivi le triomphe du christianisme ^ En inférera-t-on que Ton ait là, dans ces deux mots, la signature des ouvriers anonymes qui ont taillé, comme au couteau, cette citadelle dans la roche vive? Ce genre de travail, nous n'avons plus à en faire la preuve, était dans les habitudes des plus anciens maîtres de la péninsule, des peuples qui lui ont donné sa première civilisation. Plus tard, dans certaines parties de cette contrée, on a continué d'utiliser, comme tombeaux et parfois comme habitations et comme chapelles, les chambres souterraines que les hommes d autrefois avaient creusées par milliers au flanc de leurs montagnes ; mais on n'a guère ajouté à ce legs du passé, on n'a plus fait un usage courant de procédés dont Temploi ne s'explique que par l'inexpérience du constructeur. On savait bâtir, bi\tir en pierres et en briques, avec ou sans ciment; voulait-on fortifier une hauteur, on avait plus vite fait d'y planter un mur sur le roc et d'élever par derrière des abris que de ciseler péniblement le rempart et tous les accessoires de la défense dans la masse même de la montagne. Ce n'est certes pas les Byzantins, sous la menace toujours présente d'invasions sans cesse renouvelées, qui se seraient engagés dans une pareille entreprise; à cette époque, il fallait faire beaucoup et promptement; c'est en gâchant le mortier à plein baquet que les ingénieurs de Justinien ont construit ou réparé tous ces châteaux dont Procope donne la longue et pompeuse nomenclature. Ce à quoi nous croirions ici, c'est à une restauration hâtive vers le temps des premières incursions barbares; d'alors dateraient les murs grossièrement bâtis et la chaîne de briques qui surmonte le grand appareil à l'angle nord-ouest. Les poutres, encore bien conservées, que l'on voit engagées dans la muraille, suffiraient à prouver que cette portion de l'ouvrage est ce que l'on peut appeler moderne. Pendant le cours de ces longues guerres où les empereurs d'Orient ont disputé l'Asie Mineure aux lieutenants des califes, puis aux émirs turcs, cette citadelle, souvent attaquée, a dû être