Ramsay, Studies, p
minces » *. Or ces proportions élancées ne rentrent pas non plus dans les habitudes de la sculpture asiatique, ni, en général, dans celles de la sculpture archaïque, qui préfère les proportions ramassées et trapues. On ajoute que, dans ce qu'on distingue de plusieurs de ces iipages, il y a (( une certaine aisance et une certaine grâce, particulièrement dans la ligne du dos ». Tous ces traits, ainsi que la variété des poses, paraissent devoir faire écarter Tidée d'une haute antiquité. Nous inclinerions donc à penser qu'il n'y a là qu'une seule figure vraiment ancienne, celle qui est sur le plateau môme, près de l'autel (fig. 101); tout le reste serait de la sculpture gréco- romaine, mais de la sculpture provinciale ou, si l'on veut, de la sculpture rurale.
L'habitude de ciseler des basreliefs au flanc des rochers a persisté très tard en Asie Mineure, comme en SjTie et en Perse ; nous avons signalé nous-même plus d'un ouvrage de ce genre*, et il serait facile d'en alléguer de nombreux exemples tirés des ouvrages de Texier, de Le Bas et autres explorateurs de la péninsule.
En revanche, c'est bien une œuvre de l'art national, du véritable art phrygien qu'il convient de reconnaître dans le bas-relief qui décore à l'extérieur la face septentrionale de cet hypogée que nous avons appelé la tombe brisée (fig. 65). Ce groupe représente la lutte de deux guerriers contre un monstre (fig. 117 et 118). Les guerriers sont debout, aux deux extrémités de la paroi. Leur bras gauche supporte un lourd bouclier; leur bras droit, très haut levé, brandit une longue lance dont le fer va s'enfoncer dans la tête de l'ennemi. Nous ne connaissons pas assez la religion phrygienne pour donner un nom à ces personnages; mais on devine le sens du symbole ; il met en scène une victoire du bon principe sur le mauvais. Les deux combattants jouent là un rôle analogue à celui que les cylindres chaldéens et les bas-reliefs placés à la porte
H 8. — Bas-relief de la tombe brisée. Dessin de Saint-Elme Gautier d'après le croquis de Ramsay.
\ . Ramsay, Studios, p. 7.
2. Perrot et Gl'illaumk, Exploration arrht^ologique , pi. XH.
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des palais de l'Assyrie et de la Perse prêtent aux dieux ou aux héros qu'ils figurent étranglant le lion ou enfonçant leur glaive dans la gorge du griffon. Ici leur fonction est bien définie par la place qu'ils occupent; ce sont des génies prolecteurs de la tombe; ils défendent le mort contre les embûches et les attaques du démon. De celui-ci on ne voit qu'une large tête de face, qui semble être le prototype de la tête de Méduse des sculpteurs grecs. Les yeux ne sont même pas indiqués. Ce caractère sommaire et brutal de l'image est certainement voulu; les autres parties du bas-relief sont d'une exécution bien plus avancée.
Un seul des deux guerriers subsiste; sur le pan de roc à gauche de la porte (fîg. 117); l'autre moitié de la paroi a été brisée; il n'en reste que le morceau qui avait été vu par M. Ramsay, et dessiné par M. Blunt en 1881 (fig. 118). Tout petit que soit ce fragment, il suffit, avec la pointe de la lance qui se voit à droite de la baie, pour rendre certaine la restauration^ Les deux auteurs de la scène étaient exactement pareils; de l'un à Tautre, les poses correspondaient trait pour trait. Le bras nu est d'un bon dessin ; il s'étend et s'allonge bien. Le bas des deux figures manque ; l'une était coupée au milieu de la poitrine par la table de pierre qui occupait l'angle nord-ouest, et l'autre, un peu audessus du genou, par la ligne de terre. Dans le croquis que nous repro* duisons, le contour s'arrête à une certaine distance de cette ligne, par suite peut-être de l'usure du bloc. Nous ne savons donc pas si le guerrier avait les jambes protégées par la cnémide; mais les autres parties de son armure sont bien celles que l'épopée et les plus anciens ouvrages de la céramique grecque autorisent à prêter aux héros d'Homère. Le glaive est attaché à la ceinture; une courte et mince poignée sort d'un large fourreau. La poitrine est protégée par une cuirasse. Le large bouclier circulaire répond aux descriptions de V Iliade. De même le casque, avec son couvre-nuque, ses joues, son nasal et la crête qui le surmonte*. C'est surtout le cimier qui attire l'attention; il se compose de deux pièces, d'une tête d'oiseau et d'une longue lame de métal, en forme de croissant. Cet appendice d'une forme si particulière, c'est ce que le poète appelle le <pa>.o;, et je ne sais pas de monument hellénique qui fasse aussi bien comprendre des vers comme ceux-ci, où est décrite la phalange que Patrocle va conduire contre les Troyens : « Le bouclier s'appuyait contre le bouclier, le casque contre le
I. Voir lIcLBiG, TUia Homn-hf^he Eiton ans den Denkmâlern erlaiitert, 2* édition, 1887, p. 298-300.
LA PllHYGlE.
casque, l'homme contre l'homme; avec leurs cimiers étincelants, au dessus desquels flottaient des crins de cheval, les hommes du second rang, quand ils baissaient la tête, touchaient les casques du premier rang, tant les soldats étaient serrés les uns contre les autres*. » Le cimier fait ici, en arrière et surtout en avant, une plus forte faillie que celui qui est représenté sur les vases grecs à figures noires; il s'en distingue aussi par un autre trait. Dans les peintures, la courbure de la lame épouse celle du timbre, du front à Tocciput (fîg. 119); ici, le cimier ne tient à la calotte du casque que par un étroit pédoncule,
mode d'insertion qui, ce semble, ne devait pasdonner à cette pièce de l'armure h même solidité.
Il y a aussi, dans la manière dont est traité le visage, des particularités curieuses à relever. Le globe de l'œil n'est pas indiqué; c'est sans doute pour aller plus vite que le sculpteur s'est dispensé de prendre celle peine. Le nez est droit; il ressemble à ce que l'on appelle le nez grec. Point de moustache; la lèvre supérieure est rasée; mais une barbe poinlue descend et s'allonge sous le menton. C'est la mode qui, dès le temps de la dix-huitième dynastie égyptienne, régnait chez tous les peuples de la Syrie et de l'Asie Mineure, et elle a été adoptée par les Grecs, chez lesquels elle a persisté jusqu'à l'entrée de l'âge classique*. Sur les masques d'or de Mycènes, le bas du visage offre le même aspect que dans notre bas-relief.
Le groupe occupait une surface de 5", 78 de long sur 2"*, 20 de haut. Si les figures avaient été représentées complètes, elles auraient de 2", 40 à 2", 50. Elles sont donc d'une proportion très au-dessus de la nature. Grâce à ces dimensions et surtout à la justesse du mouvement et à son ampleur, le bas-relief ne devait pas manquer d'effet et de noblesse, malgré ce qu'il y a de conventionnel dans sa trop exacte symétrie. Il traduisait bien l'idée qu'il était chargé d'exprimer ; il y avait un heureux contraste entre la tête énorme et grimaçante du démon et la fière attitude des deux héros dompteurs de monstres. La Gorgone est de plus grande taille que ses deux ennemis; elle les dépasse de toute la
1, Iliade, xvi, 215-218.