‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 75 sur 412 · Tombeau près de lasili-kala. Plan. Texier, pi. LVIl · texte numérisé non relu

Tombeau près de lasili-kala. Plan. Texier, pi. LVIl

frappé*; un croquis de M. Guillaume en donnera Tidée (fig. 126). Du bâtiment, l'imitation s'étend jusqu'au mobilier. Dans la tombe dont nous venons de

figurer l'intérieur, il y avait pour les morts des lits taillés dans le roc '%. 123); ceux-ci sont <le forme trop simple pour qu'il y ait lieu d'y ^oir, comme dans les lits funéraires que M. Heu- ^^y a retirés des tumulus

"^ Pydna, la copie des JJ^^^bles de luxe, de ces *^^5lv\x lits plaqués de tûèialqui servaient dans

les festins*; on a pris

ici modèle sur les lits

ordinaires, sur ceux que

renfermaient les demeures dont ces hypogées reproduisent l'aspect. Parmi les détails de l'ornementation qui sont imités des bâtiments

en bois, on signalera encore ces ronds en saillie qui, dans le fronton

de l'une des tombes,

font songer à des têtes

de clou faisant saillie

sur un battant de porte

(fig. 58) ; il semble même

que, dans le milieu du

panneau, on reconnaisse

la poignée qui servait à

tirer le battant. On a

voulu voir des bouts de

madriers ou de chevrons dans les losanges que l'outil a ciselés en grand nombre sur plusieurs de ces frontispices 'fig. 48, 58, 59); peut-être en effet convient-il de leur attribuer cette valeur là où, comme dans le monument de Midas, ils garnissent les

Toml>caii près de lasili-kaia. Coupe Iransversah- Texier, pi. LVII.

l. Perrot et GiîiLLArME, Exploration nrrfu'olouv/uj, t. I, p. I4(i-I47. -. Hf.l7.ey et Daumet, Mission (irchf'ologiquc de Mnci^doinr, pi. XX et XXI.

TOHE V.

ISt)

LA PHHYGli:.

rampants du froalon; quant à ceux qui, sur celle même façade, sonl disposés en croix, cinq par cinq, dans le cadre rectangulaire qui entoure le champ, il est plus naturel de les considérer comme appartenant à la catégorie des motifs copiés sur le décor des tapis et des étoffes brodées. Losanges, damiers, croix, méandres, tous les dessins qui, dans ces frontispices sculptés, constituent Tornementation du champ sont de ceux qu'aujourd'hui encore la navette et laiguille pro diguent sans effort, en Asie Mineure, sur ces tapis dont les plus re nommés se fabriquent dans la contrée qui répond à la Lydie et à la

Phrygie d'autrefois, sur les chemises de grosse toile et les tabliers de laine que se brodent les femmes de la campagne. On Irouve aussi sur ces étoffes les rosaces qui parfois se rencontrent sur ces devantures (fig. 59)*.

Voici donc comment on peut comprendre l'arrangement et la décoration de ces façades monumentales taillées dans le roc. La tombe avait imité, comme elle Ta fait ailleurs, les formes de la maison; mais la maison qui lui servait de modèle n'élait close que par des pans de bois, et ceux-ci, poutres assemblées avec les poteaux d'angles ou planches clouées sur les moulants, n'offraient point d'éléments décoratifs qui se prêtassent à meubler les larges espaces compris dans l'intérieur du cadre et à en varier Taspect. Ces motifs que le bois ne donnait point, on n'eut pas à les chercher bien loin. Dans ce pays qui, chez les anciens, fut toujours vanté pour l'habileté de ses tisserands et de ses brodeurs, les étoffes de luxe et les tapis abondaient; on les employait à couvrir le sol, à garnir ces divans dont nous avons vu la copie dans les tombes (fig. 126), à cacher le nu des murs; on les tendait le long des parois de la chambre, et on les suspendait, en guise de rideaux, devant les portes que l'on voulait laisser ouvertes aux allants et venants, tout en les fermant au soleil et à la poussière du dehors. C'est un de

1. Celte analogie entre les ornements des tombes et ceux des tapis avait déjà été remarquée par Stewart {Description, p. 9); elle a frappé aussi Ramsay (S/wdies, p. 27).

126. — Tombeau près de lasili-kaïa. Vue perspective de la chambre principale. Hf.i'zey, Hccherches sur les lits antiques considért^s particulièrement comme forme de la sépulture. (Gaz?tte des lieau.r-Arts, 1873.)

ces rideaux que Ton supposait appliqué, avec la diversité de ses couleurs et de ses dessins, sur le frontispice du monument commémoratif ou funéraire, et cette hypothèse fournissait à Tornemaniste un thème dont il lui était facile de tirer un heureux parti. Peut-être même Timilalion du tapis a-t-elle été poussée plus loin qu'on ne serait tenté de le croire d'après Tétat actuel des monuments ; peut-être les dessins géométriques qui composent cette décoration ressortaient-ils sur le fond, en rouge et en bleu. On n'a pas, il est vrai, signalé sur ces frontispices de vestiges d'une ornementation polychrome; mais la couleur n'a pas dû tenir longtemps sur ces grandes surfaces, oii Tornement n'a qu'un faible relief et que battent le vent et la pluie. Ce qui est certain, c'est qu'à Delikli-tach et à Kumbet^ sur les deux seules tombes phrygiennes dont les détails aient été relevés par un architecte, avec le soin que l'homme du métier porte dans un travail de ce genre, M. Guillaume et moi avons fait des observations qui confirmeraient la conjecture ci-dessus énoncée.

kDeltkli'tachy toute la façade était revêtue d'un stuc sur lequel était appliquée la peinture encore apparente dans les parties les mieux abritées* (fig. 56); à Kumhet^ aucun reste de stuc; mais pourtant on dislingue encore dans certains creux, surtout aux palmettes des angles, des traces très nettes de couleur rouge; à l'intérieur du caveau, une sorte de gorge égyptienne, qui fait partie de la corniche située au-dessus de la deuxième porte, est décorée de bandes verticales rouges (fig. 89)*. Dans d'autres tombes voisines du même village (7 de la carte), nous avons remarqué, sur la paroi de la chambre, des compartiments que dessinent et que divisent des bandes de la même nuance. L'ornemaniste phrygien savait donc faire usage du pinceau pour compléter le travail de Toutil ou pour y suppléer, pour mieux faire valoir certaines moulures ou pour les indiquer sur une surface plate. Ceci constaté, ne devient-il pas au moins vraisemblable que l'ouvrier a dft recourir à ce même expédient pour donner plus de caractère et d'effet à ces ensembles où la saillie du dessin était si légère? Il lui suffisait de trois ou quatre couleurs pour obtenir une décoration très brillante et visible de très loin, une décoration qui, par son aspect et par sa tonalité, joufit la tapisserie, figurât un voile splendide, que la piété des survivants aurait étendu sur le roc dans les profondeurs duquel reposait la dépouille d'un mort vénéré.

!. Voir nuunni de l'Art, t. V, p. 97.

Page 1