‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 8 sur 412 · TOMB Y · texte numérisé non relu

TOMB Y

18 LA PHHYGIE.

son sujet l'épopée et la poésie lyrique, c'est qu'il a été j opulent et assez puissant pour provoquer la jalousie < La curiosité de l'historien, qui ne se contente pas à aussi ché, veut-elle aller plus loin, elle n'a guère le choix qu'c hypothèses. Celle (Vune colonie hétéenne, qui se serait él cette sorte de citadelle, est par elle-même peu vraisemblabl toire, ni la légende ne fournissent d'ailleurs aucun indi le plus léger, que l'on puisse invoquer en sa faveur. Au ce déjà du temps d'Hérodote le nom de Phrygie ne s'appli qu'aux hautes terres, situées entre l'Halys et les sources du 1 du Rhyndacos, de l'Hermos et du Méandre, à ce que Ton n Grande Phrygie^ on avait conservé l'impression très nette lointain où les Phrygiens auraient été répandus autour d( mysien, de l'Ida et du Sipyle; au temps de Strabon, le nom Phrygie ou de Phrygie Épictète était encore donné courammer trée que dominent ces montagnes\ C'était là une appellati qui ne correspondait à aucune division administrative ; elle sentait que le souvenir de l'ancien état. Dans cet ordre ( dénomination qui nous intéresse s'étendait jusqu' au golfe d( On en a la preuve dans un passage de Strabon où celui-ci montrer combien il est difficile à l'historien de fixer les li My siens et des Phrygiens. « C'est ce dont témoigne, ajou nom de Phrygie donné par les anciens à la région du Si même... ils ont appelé aussi Phrygiens Pélops, Tantale et Ni Si, comme le croit l'antiquité tout entière, les Phrygiens s d'Europe en traversant les détroits, ces bandes d'émigrants, aj pris pied sur la rive asiatique du Bosphore et de l'HelIespc pas dû s'engager tout d'abord dans les halliers épais qui couvra l'intérieur du pays ; elles ont dû commencer par se répandre h côtes, où l'on voit plus clair, et surtout marcher vers le sud, faisaient, vers le même temps, en Grèce, d'autres tribus thrac

\, strabon distingue « ce qu'on nomme la Grande Phrygie, l'ancien i Midas, dont une partie a été occupée par les Galates » et, « d'autre part, la I gie, ou, comme on l'appelle aussi aujourd'hui, la Phrygie Ëpictète, laquell long de l'Hellespont et du mont Olympe » (XII, viii, 1). Le terme èk-xttjto; ei récente; il ne remonte qu'aux rois de Pergame; il désignait une province q niers avaient acquise en se la faisant céder par les rois de Bithynie (Strabon

2. Strabon, XïI, vni, 2. De même Athénée, qui, avec toute l'antiquité pc Homère, regardait Pélops comme un fils de Tantale, dit qu'on voit dans le F les tombeaux xwv fieià IIAono; <ï>pyYoiv XIV, p. 625). Sophocle {Antigone, ï Niohé : tàv «Ppuyiav Ssvav Tav-otXou.

qui, en suivant la chaîne du Pinde, arrivèrent jusqu'en Béotie et en Altique. Les Phrygiens seraient ainsi parvenus jusqu'à Feutrée de ce riche pays qui porta plus tard le nom de Lydie ; dans cette direction ils ne paraissent pas s'être étendus beaucoup au delà du golfe de Smyrne, car le territoire le plus méridional que Slrabon indique comme compris dans cette Phrygie du littoral qu'il distingue de la Phrygie médilerranée, c'est le district du Sipyle*. Une partie du peuple, celle qui se serait avancée le plus loin dans cette direction, aurait donc occupé ce massif, sorte de citadelle préparée par la nature, qui dominait à la fois les fertiles campagnes de l'Hermos et les eaux tranquilles d'une baie protégée contre tous les vents. Les avantages de cette situation assurèrent au nouveau royaume une prospérité qui s'accrut par l'exploitation des gisements minéraux que renfermaient ces roches soulevées ou remaniées par le feu souterrain; Tantale, racontait- on, avait dû son opulence aux mines du Sipyle*.

Gel art d'extraire et de travailler les métaux, les Phrygiens n'ont pu l'apprendre qu'en Asie; quand ils avaient quitté l'Europe, c'étaient encore des barbares. Jusqu'à la conquête romaine, les tribus thraces sont restées à demi sauvages, dans la vaste contrée qui a gardé leur nom; s'il n'en est pas de même de ceux des enfants de cette famille qui, pendant que leurs frères demeuraient fixés autour du Range et de THaernos, se sont jetés dans la péninsule anatolique, c'est que les émigrants se sont trouvés aussitôt en rapport avec un peuple déjà plus avancé, qui dès lors s'était approprié, tout au moins en partie, les procédés dont disposaient depuis longtemps les civilisations égyptienne et chaldéenne. Ces intermédiaires, ces maîtres et ces initiateurs n'ont pu èlreque les Hétéens, ces vaillants soldats, ces inventeurs industrieux qui avaient porté leurs armes et répandu l'usage de leur écriture des rives de l'Euphrate et de l'Oronte à celles de la mer Egée, de Gargamich et de Hamath jusqu'aux lieux où s'élèveront plus tard Smyrne et Sardes, Ephèse et Milet. Sur divers points du vaste espace compris entre ces limites, nous avons trouvé, encore nettement marquées sur le sol, les traces de la puissance militaire des Hétéens et de leur activité créatrice, ici, en Cappadoce par exemple et en Lycaonie, les débris

1. On parle pourtant de Mygdoiiiens qui habitaient dans le voisinage de Milel (Élien, ffw/oir« variées, VUÏ, 5) et de Bébryces qui, de concert avec les Phocéens, auraient fait la guerre aux barbares du voisinage (Polten, Stratagèmes, VUI, 37).

1 Callistbènes, fragm. 29 (dans les Scriptores rerum Alexandn dont les fragments ont été réunis par Gh. MuJIer à la suite d'Arrien, dans la collection Didot). De là, chez les Grecs, l'expression proverbiale TavxaXou TaXavta (Thésaurus, s. v. TavraX^Çto).

d'édifices importants et de sculptures souvent colossales, là, er et en Lydie, des figures isolées gravées siir le roc avec de coi scriptions qui sont encore indéchiffrables ; partout enfin, aussi 1 Touest que dans Test de la péninsule, de petits objets, bijoux et où paraissent des types et des motifs originaires de la Syrie S€ nale. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que la civilisation syrocienne, après s'être ouvert par la force les chemins de l'Occi ensuite utilisé pour le commerce ces routes stratégiques qu'el dait, comme nous l'avons vu à Ghiaour-Kaléj au moyen de pos fiés *. Une des voies que suivaient les caravanes aboutissait à AQKarabéliA'on l'on pouvait, à volonté, descendre au fond di déboucher dans l'admirable plaine del'Hermos. Si nous en a\ relevé les étapes et deviné le terme, n'avons-nous pas lieu < que, là où elle atteignait la mer, il a dû s'établir de très bon un de ces marchés où s'échangent les produits et les idées, rail-ce pas là l'explication de cette prospérité précoce que la prêtait à la Tantalis du Sipyle, à l'orgueilleuse cité que Jupil comme ailleurs lahvé avait puni Sodome et Gomorrhe ?

Dans cette hypothèse. Tantale et ses sujets seraient bien c giens, comme le rapportait la tradition, mais ce seraient des F formés à l'école de ces conquérants venus de l'est que no appelés, pour leur donner un nom, les Syro-cappadociens Hétéens? Les relations commerciales suffisent-elles à expli emprunts et ce développement, ou bien les Hétéens, après êti en vainqueurs jusqu'à ces plages où la terre leur faisait ont-ils occupé pendant quelque temps le Sipyle, ont-ils une station, une sorte de colonne dont la population se sera à la longue, avec celle que l'émigration thrace aurait am ces pentes et dans ces ravins? Ni l'histoire ni le mythe m dent à ces questions; mais les monuments de ce distric autre caractère que ceux de la haute vallée du Sangarios; il sent plus anciens ; ils relèvent plus directement de l'art qi les sculptures de la Ptérie et de la Lycaonie ; si le Sipyl pas si loin de l'Âmanus et du Taurus, on pourrait et de les mettre tous au compte des Hétéens. C'est ce que noi fait, pour les deux figures de Karabéli et pour la Cybèle vc Magnésie; mais, quand avec nous on aura gravi les p(

{. Histoire de VArt, t. IV. p. 71'*, fiff. 351 et 3o2,

Sipyle, quand on aura constaté qu'il y reste encore d'autres ouvrages d'uoe facture toute primitive, on sera tenté de se demander si tout cela, même le prétendu Sésostris et la prétendue Niobé, n'appartiendrait pas aux Phrygiens du Sipyle plutôt qu'à des envahisseurs qui n'auraient fait que passer. Ceux-ci peuvent être les auteurs d'images qui, parleur donnée même et par la place qu'elles occupent, semblent se prêter a cette explication; mais il semble difficile d'attribuer à d'autres mains qu'à celles des habitants mêmes de la contrée un travail qui, comme celui de la Cybèle, a coûté certainement un long et patient effort. A cause de l'inscription qui l'accompagne, nous avons rattaché la Buiuk-souret à la série, que nous voulions offrir aussi complète que possible, des monuments hétéens; peut-être eût-il mieux valu lui réserver sa place dans l'ensemble que constituent les monuments du Sipyle, ensemble qui parait représenter l'œuvre et le legs du premier état policé qui se soit fondé sur la côte occidentale de l'Asie, à portée des îles de l'Archipel et en face de la péninsule hellénique.

Il va sans dire que ces Phrygiens du Sipyle n'ont pas été les premiers habitants de ces côtes tournées vers l'Europe. Avant que se fût fait sentir jusqu'à cette distance Faction des industries et des arts de l'Orient, il y avait déjà là, dans cette région hospitalière et tempérée, des peuplades qui formaient des groupes assez denses près de l'embouchure des fleuves ou dans le voisinage des sources vives. A quelle race appartenaient-elles et quel était leur nom? Ne le demandez ni à l'histoire ni à la légende; cette dernière même ne remonte pas jusque-là; ce sont les récentes découvertes de M. Schliemann en Troade qui ont révélé aux archéologues l'existence de ces populations, vraiment /îr^hisloriques, dans toute la force du terme. Du fond des tranchées que la pioche a ouvertes dans les flancs de la colline d'HissarliA, on a vu sortir ce que l'on peut appeler, si ces deux mots ne paraissent pas contradictoires, une civilisation de la pierre. Dans les étages inférieurs de cet amas de débris où se sont entassés et superposés les instruments de toute sorte que chaque génération a laissé tomber de ^s mains, on ne trouve pas le métal, ou, du moins, il apparaît si nirement, que là où, de loin en loin, la présence en est signalée, on a toujours le droit de supposer soit une erreur commise dans la rédaction du journal des fouilles, soit quelque accident, un éboulement où Aurait glissé jusqu'au plus creux du fossé tel fragment qui, jusqu'au premier coup de pioche donné dans le tertre, reposait depuis des siècles tout près de la surface. Quant aux types divins et aux motifs d'orne-

ment, originaires de TÉgypte et de la Chaldée, que nous \ contrés jusqu a présent un peu partout, soit sur les côtes < lies de la Méditerranée, où ils ont été portés par les Phéni dans Tintérieur de la Svrie et de l'Asie Mineure, où ils ont dus par d'autres intermédiaires, on ne les aperçoit nulle p sarlikj du moins dans les pièces qui appartiennent sans co couches profondes. Là, l'industrie et l'art sont rudimentaires Y sent partout un effort indépendant, celui par lequel les p riveraines de la mer Egée se sont essayées à se dégager de la avant le moment où, par les routes de la mer et par celles du elles ont commencé d'avoir des relations suivies avec les na lisées de l'Asie antérieure. L'étude des produits de cette in de cet art primitif formera l'introduction naturelle à l'histoii grec; nous passerons par Hissarlik pour arriver à Myc Tirynthe.

Dans la longue carrière que nous avons entrepris de nous n'en sommes pas encore arrivé à ce tournant du chen d'aborder la Grèce, il faut que nous ayons achevé de passer les créations de l'art oriental. Les civilisations de l'Egypte Chaldée ont précédé de plusieurs milliers d'années celles qi ensuite développées sur les rivages européens de la Méditerrî ce que nous avons travaillé à faire comprendre en remonti loin que possible, dans ce passé mystérieux dont, hier encoi soupçonnait même pas les lointaines profondeurs. Grâce ai vertes et aux recherches dont nous avons résumé les principe tats, on mesure aujourd'hui l'importance et l'originalité di qu'ont accomplie, dans les vallées du Nil et de l'Europe, les i nations policées ; nous avons visité les capitales où elles aval de si beaux monuments, Memphis et Thèbes, Babylone et Nii et Sidon ; nous avons dit par quelles voies s'étaient propag la direction de l'Occident, les méthodes inventées dans ces puissantes cités. Il nous reste à suivre les effets de ces exerap cette influence chez des peuples qui, sans avoir jamais jou^ prépondérant, ont néanmoins contribué, d'une manière plus \ efficace, à élaborer les matériaux que l'Asie a transmis à 1 c'est à ce titre que nous étudierons successivement les Phryj Lydiens et les Lyciens. Ces peuples, à partir du sixième siècle leur indépendance: ils deviennent sujets des princes Aché Par le fait même de cette conquête, qui met face à face la (îr^

LES MOEURS ET LA RELIGION DES PHRYGlEiNS. 43

blicaine et une monarchie asiatique plus vaste que toutes ses devancières, nous nous trouverons conduit à nous occuper de Tart perse, le plus jeune et le dernier des arts qui relèvent de la tradition orientale. Pour bâtir et décorer ses monuments, cet art a disposé des ressources d'un immense empire ; il nous retiendra donc plus longtemps que ces arts provinciaux et secondaires auxquels, pour ne pas déroger à Tordre «chronologique, nous aurons dû d'abord accorder notre attention.

En vertu de ce même principe, c'est par la Phrygie que nous commençons; de lensemble des traditions que nous avons rappelées, il résulte que les Phrygiens ont formé un corps de nation avant les Lydiens, dont Homère ne connaît pas encore le nom. Notre étude sur l'art phrygien se divisera d'elle-même en deux parties : une première sera consacrée aux monuments de ce royaume du Sipyle qui a déjà cessé d'exister quand naît l'épopée grecque, et l'autre à ceux de cet État de la Grande Phrygie qui, au moins par les règnes de ses derniers souverains, appartient aux temps historiques. C'est à ce second groupe que nous rattacherons celui que forment un certain nombre de tombeaux qui ont été récemment découverts en Paphlagonie ; de part et d'autre, au nord comme au sud de la chaîne des Olympes, l'architecture funéraire offre les mêmes dispositions, tout au moins dans les sépultures qui datent du temps où la langue et les arts de la Grèce n'avaient pas encore pénétré dans le centre et dans le nord de la péninsule. Les Paphlagoniens étaient-ils, comme les Phrygiens, un rameau issu de la î^ouche thrace? Nous l'ignorons; mais la ressemblance des monuments justifie le rapprochement que nous avons cru devoir établir.

§ 2. — LKS MŒDRS ET LA RELIGION DES PHRYCilENS.

Quand on désire se faire une idée du caractère de la civilisation phrygienne, de ses croyances religieuses et des rites qui les traduisaient, on est forcé de consulter et d'employer, dans une très large mesure, rfes textes de date assez récente, des données qui semblent ne pas se nipporler à la période où nous cherchons, pour le moment, à nous renfermer. Ce qui justifie pourtant cette méthode, c'est une remarque déjà plusieurs fois présentée et sur laquelle nous ne saurions trop insister : la culture hellénique n'a vraiment pénétré dans linlérieur de la péninsule, n'a achevé de s'y répandre qu'après l'ex- P^^dilion d'Alexandre, et encore y a-t-elle subi, alors même, l'in-

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fluence des cultes locaux, de mœurs et de traditions qi pour elles le . prestige d'un passé déjà tr^s long; il a fall dication et le triomphe du christianisme pour tuer les vieille! nationales et pour frapper de désuétude les cérémonies quelles on les honorait. Sous Tempire romain, les temples de la Cappadoce et de la Phrygie, ceux de Zéla, de Com Pessinunte, pour ne parler que des plus connus, gardent, grands domaines qui en dépendent, leur peuple d'esclaves s deux sexes et de prêtres eunuques : ce sont toujours h fêtes qui y attirent, chaque année, à certains jours, de de pèlerins, et l'antiquité même dont elles se targuent c empêcher que l'on songe à les rajeunir, à y introduire k changement. De même aussi, dans les limites du territoir cienne Phrygie, c'est encore en langue phrygienne que, sur de tombes qui datent du premier et du second siècle de i on grave les formules d'imprécation qui doivent défendre les i contre les impies auxquels viendrait la pensée de troubler des morts *,

Si la conquête macédonienne et même la conquête c nistration romaines n'ont eu qu'une faible prise sur les p( habitaient les provinces méditerranées de la péninsule, à raison l'état social ne s'était-il pas modifié d'une manière dans toute cette région, pendant les deux siècles et den duré la domination perse. Sous le nom de satrapes, les dynasties locales avaient presque partout conservé leur pou ditaire ; ailleurs, là où il y avait d'illustres sanctuaires, l prêtres avaient continué de régner dans leurs petites pri théocratiques. Malgré l'apparente disparition des anciens r les différentes nations qui se partageaient l'étendue di central avaient continué à vivre de leur vie propre, sous la s dition de payer le tribut et de fournir des soldats en cas d Jamais il n'y eut gouvernement qui gouvernât moins que

\, Ou trouvera de nombreux échantillons de ces formules, dont Morilz S premier reconnu le véritable caractère (Neue Lykische Sludien, p. 132-136), il cente dissertation de M. Ramsay, intitulée Phrygian inscnptions of the B( [Zeitschrift fur vergleichendc Sprachfwschung, n. s. t. VHI, p. 381-400). Ce! surtout à Test et au nord de l'ancienne Phrygie que se rencontrent ces textes pas encore trouvé dans les districts occidentaux, dans ceux qui avoisinent l qui fut plus tard le royaume de Pergame; là Taction des idées et de Fidiome s'était Tait sentir bien plus tôt et avait abouti à une assimilation plus complr

Achéinénides, qui gênât moins la liberté de ses sujets. Nous étudierons bientôt ces façades monumentales, taillées dans le roc vif, que renferment en si grand nombre les nécropoles de la Phrygie orientale ; or il résultera decetexamen que, depuis le huitième siècle avant notre ère jusque peutêtre sous les Séleucides, rarchilecture funéraire, dans ce district, n'a guère changé de procédés et de motifs. A la longue, Tart grec a fini par faire sentir son influence dans les proportions des colonnes et dans le dessin de leurs chapiteaux, dans le caractère des entablements et dans le détail de leur modénature ; mais les dispositions principales et les thèmes décoratifs sont restés les mêmes qu'au temps des Gordios et des Midas. Partout et toujours les conceptions religieuses, qui ont leurs racines au plus profond de Fâme humaine, offrent une bien autre persistance que ces formes de Tart, où les imitations et les emprunts sont si faciles; ici, ces formes mêmes ne se sont altérées et renouvelées quavec une extrême lenteur; combien donc a dû s'y conserver plus fidèlement encore tout l'appareil de ces cultes qui répondaient aux plus secrets instincts des races dont ils avaient exprimé les premières idées et les sensations premières! Pas plus que celles de la Syrie, ces religions de l'Asie Mineure ne s'évanouirent point au contact du polythéisme grec; elles se défendirent avec bien plus d'énergie et de succès que ne le firent en Occident les religions italiques et celles de la Gaule; plus poétiques, quand le rapprochement s'opéra, elles donnèrent peut-être plus qu'elles ne reçurent; leur étrangeté frappa vivement l'esprit des Grecs. Pour retrouver le vrai sens de ces croyances et la physionomie de ce culte, on est donc fondé à se servir, en toute confiance, des renseignements que fournissent les historiens, depuis Hérodote jusqu'à Strabon et Diodore ; on peut de même utiliser ceux que des écrivains postérieurs ont empruntés aux érudits d'Alexandrie et de Pergame, à tous ces curieux qui, au moment où la Grèce cessait de créer dans l'art et dans la poésie, entreprirent de dresser l'inventaire du passé, celui des œuvres de la race hellénique et des différents peuples dont elle avait recueilli et classé l'héritage.

Un premier trait par lequel se distinguent les Phrygiens, quand on les compare soit à leurs voisins de la Lydie, soit aux Grecs de la côte, c'est que les Phrygiens sont surtout un peuple de pâtres et de laboureurs. Dès le temps de Midas, les prairies où nous avons dressé notre lente devaient déjà nourrir ces vastes troupeaux de bœufs, de moutons et de chevaux que nous avons vus errer dans les clairières de la forêt de pins et, là même où celle-ci nous avait abandonnés, sur les rives plates

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